Notre-Dame de la sueur ouvrière

Après avoir tenté avec mon précédent billet intitulé «la pendule à Salomon»- à contre-courant semble-t-il - d'attirer l'attention sur les charpentiers Compagnons du Devoir dont l'admirable travail collectif a été anéanti par le grand incendie de Notre Dame de Paris, je souhaite rendre hommage à tous les ouvriers qui ont contribué à l'édification de la cathédrale...

... et ils sont nombreux ces maçons, ces couvreurs, ces tailleurs de pierres, ces charretiers, ces manoeuvres...simples ouvriers de la base ou techniciens qualifiés qui, du XIIe au XIVe siècle, puis au XIXe siècle à l'occasion d'une première restauration (Viollet le Duc) ont mis leur peine et leur savoir-faire pour construite ce magnifique monument religieux.

Alors que se déchaîne un indécent téléthon de milliardaires avides de communication et de publicité frelatées ainsi que la salve officielle de la bien-pensance d'Etat, les médias bruissent de gloses savantes sur la soi disant métaphore induite par l'événement qui serait auréolé d'une consécration littéraire et poétique depuis l'oeuvre éponyme de Victor Hugo...

Mais quoi qu'en disent les anti-complotistes qui vont sans doute hurler quand ils liront ces lignes, le grand incendie est survenu pile poil juste avant l'intervention du Président pour dénouer la crise sociale, et il révèle en tout cas et de manière parfaitement évidente, que la bourgeoisie est riche, même très riche, et qu'elle n'hésite pas à donner des sommes colossales pour la restauration des pierres, alors qu'elle reste frileuse voire insensible devant la souffrance ou la détresse des hommes !

Car le véritable symbole de la cathédrale détruite par le feu, c'est la négation du travail et des efforts de centaines voire de milliers d'ouvriers anonymes : ils ont de génération en génération, construit ce monument impressionnant dans le grand mouvement de foi chrétienne qui a parcouru le Moyen Age, une époque où la religion était encore en symbiose avec la fraternité humaine...

C'est à cette "fédération des douleurs"* que je veux rendre hommage : l'énergie, la peine et la sueur de nos ancêtres.

La longue durée de la condition humaine.

* Jules Vallès

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