Le désespoir fait la force du pouvoir

Le petit livre de Raoul Vaneigem, intitulé "Appel à la vie contre la tyrannie étatique et marchande", est un viatique pour s'opposer au mal-être qui gagne sans cesse du terrain en cette période de mensonges, de confusion, et de répression...

...en voici des extraits :

"Le constat n'est, trop souvent, que l'alibi de l'immobilisme. Ce qu'il y a de déplorable dans l'opinion selon laquelle l'homme est le pire ennemi de l'homme tient moins à la teneur du propos qu'au sentiment sournois qu'il véhicule, celui d'une vérité inébranlable, d'une fatalité inhérente à la prétendue nature de l'homme.

Or, derrière cette agressivité, faussement naturelle, qui dresse un être, faussement humain, contre lui-même et contre ses semblables, qu'y a-t-il ? Quelle est la vraie cause des guerres, quelle est l'origine de la danse macabre qui rythme les sanglantes bacchanales de notre histoire ?

Longtemps infesté par le conservatisme patriarcal, le savoir imprégné d'un virilisme arrogant a méprisé dans tous les domaines la part de féminité qui tendait à se manifester dans les moeurs, dans l'histoire, dans la culture, dont on découvre bien tardivement qu'elle eut aussi sa chasse aux sorcières...il est désormais permis d'affirmer de façon plausible que la barbarie des guerres, de la violence destructrice, de la misogynie est le produit d'une société hiérarchisée, d'une économie exploitant la nature terrestre et la nature humaine, d'une civilisation fondant sa spécificité sur la transformation du monde en marchandises...

C'est cette vieille tyrannie du pouvoir et du profit qui s'étouffe mondialement sous nos yeux, non sans voiler notre regard en nous agrippant de toutes parts dans ses sursauts d'agonie et en nous suffoquant.

En ce grand collecteur où le pouvoir absolu de l'argent emporte tout à l'égout, comment ne pas se ressaisir, bondir hors du cloaque, gagner une rive où reprenne enfin son souffle cette volonté de vivre qui est restée enracinée en nous en dépit des pires répressions ?

Rétablir la prééminence de l'humain, c'est prendre conscience de cette puissance secrète dont irradie tout désir authentique, tout désir de vie."

Quel beau devoir de vacances !

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