lire ou relire PROUDHON

A conseiller aux leaders de gauche,une oeuvre qui devrait les inspirer. Et en tout cas,leur donner matière à réflexions. Car cet homme dont on a célébré fort discrètement l'an dernier le bi-centenaire,est l'auteur d'une philosophie politique importante. En effet,comme Fourier ou Saint-Simon il a affirmé le primat de l'économique sur le politique, mais il a été plus loin avec son analyse du concept de propriété,dont la source légitime est le travail,qui "est la seule force qui puisse servir de contre-poids à l'Etat". Il s'oppose aussi bien aux économistes classiques qu'aux penseurs collectivistes. Il se veut l'apôtre d'un socialisme libertaire,qui prendra la forme de "l'anarchie positive" ou du "fédéralisme autogestionnaire". Ce socialisme libertaire devrait mettre l'homme (et son épanouissement) au centre de ses préoccupations.

Proudhon préconise une "démocratie économique mutualiste" : les agriculteurs sont propriétaires d'une parcelle qu'ils exploitent et ils s'associent avec d'autres au sein d'ensembles coopératifs,eux-mêmes inclus dans une fédération agricole. Le secteur industriel devrait quant à lui,être composé de multiples propriétés collectives concurrentes entre elles mais associées en une même fédération industrielle.

Sur le plan politique,la "démocratie politique fédérative" serait fondée sur douze régions qui s'auto-administreraient et seraient associées dans le cadre d'une république fédérale. Mais elle n'aurait "qu'un rôle d'institution,de création,d'installation,le moins possible d'exécution". Il y aurait deux chambres : une chambre des régions,et une chambre des professions. Le suffrage universel serait fondé sur une division régionale et socioprofessionnelle.

Des nations pourraient former ensemble des confédérations,notamment en Europe. Ainsi,en 1863, Pierre-Joseph Proudhon faisait le même rêve qu'Henri Frenay,180 ans plus tard,avec son projet de "mouvement fédéraliste européen"...

L'originalité de la pensée de Proudhon ,qui apparait bien dans "Philosophie de la misère",a été occultée par le pamphlet de Marx "Misère de la philosophie". Mais il ne faudrait pas que "ce petit bourgeois,balloté constamment entre le Capital et le Travail,entre l'économie politique et le communisme" soit relégué dans le musée Grévin de l'Histoire. Il est l'ancêtre du socialisme français,celui de Guesde et de Jaurès. Le grand peintre communard Gustave Courbet lui avait d'ailleurs rendu hommage,juste avant sa disparition en 1865.

 

Outre les oeuvres majeures ("Qu'est-ce que la propriété ? ou Recherche sur le principe du Droit et du Gouvernement" et "Les confessions d'un révolutionnaires"),les éditions de l'Herne viennent de réediter "Les femmes dans les temps modernes"

et "La célébration du dimanche"

à noter égament,chez Armand Colin, "Proudhon,l'enfant terrible du socialisme" par Anne-Sophie Chambost

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