Vingtras (avatar)

Vingtras

historien,auteur-réalisateur de films

Abonné·e de Mediapart

2603 Billets

2 Éditions

Billet de blog 19 septembre 2010

Vingtras (avatar)

Vingtras

historien,auteur-réalisateur de films

Abonné·e de Mediapart

il y a 218 ans...VALMY et la naissance de la République

Vingtras (avatar)

Vingtras

historien,auteur-réalisateur de films

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

C'est aussi le titre d'un triptyque de télévision,réalisé par Abel Gance et Jean Chérasse en 1967,qui dort au cimetière de l'INA. Et qui risque de tomber dans l'oubli puisque la télévision condamne désormais tout ce qui relève du noir et blanc, et se permet même de faire coloriser les archives des années noires...Et pourtant,en 1968,dans le numéro 200 des "Cahiers du cinéma",J.B.Fagès écrivait à propos de la collection "Présence du passé" (dont "Valmy" est un des numéros) :"L'une des tentatives les plus originales et les plus intelligentes de la TV."

Pourquoi attacher autant d'importance à cette bataille de Valmy,qui fût à proprement parler,une simple canonnade ? Pourquoi Goethe aurait-il dit que "de ce lieu,de cette date commencait une ère nouvelle dans l'histoire du monde" ? Le triptyque précité répond à ces questions avec,dans un premier volet de 90 minutes,un survol de la Révolution française réalisé par un des plus grands cinéastes français - Abel Gance - qui utilise pour cela des extraits de son génial "Napoléon" de 1925. Le film débute avec Johnny Halliday qui chante "La carmagnole",et va de la déclaration de guerre le 20 avril 1792,à la chûte de la Royauté après la prise du château des Tuileries,le 10 août 1792. Le deuxième volet relate les massacres de septembre avec le journal de Restif de la Bretonne (témoignage partial corrigé par les historiens François Furet et Albert Soboul). Et la troisième et dernière partie (90 minutes) est consacrée à la bataille elle-même,qui est réalisée par Jean Chérasse.

Ce film commence avec le célèbre discours,prononcé par Danton,après la chûte de Verdun : "Tout s'émeut,tout s'ébranle,tout brûle de combattre...le tocsin qui va sonner n'est point un signal d'alarme,c'est le pas de charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre,Messieurs,il nous faut de l'audace,encore de l'audace,toujours de l'audace,et la France est sauvée." La bataille n'est pas conçue comme une reconstitution,mais comme un schéma,comme une indication documentaire. Elle va être racontée,en contre-point,par le canonnier Bricard,un simple volontaire (interprêté par Leny Escudero) et sera l'affaire d'un grand stratège,le général Dumouriez,qui n'hésitera pas à livrer bataille "à front renversé"...Le 20 septembre au matin,en arrivant devant la colline de Valmy,l'avant-garde prussienne est accueillie par un tir d'artillerie. Puis,vers midi,les soldats prussiens passent à l'attaque,et les canons français semblent impuissants pour enrayer cette avance.C'est alors que le général Kellermann,qui commande les volontaires groupés autour du moulin de Valmy,tire son sabre et s'écrie : "Vive la Nation !" Les sans-culottes reprennent en choeur ce mot d'ordre et chantent le "ça ira". L'infanterie prussienne,surprise,hésite...puis fait demi-tour tandis que reprend la canonnade.

En fait,Valmy est une bataille politique,c'est la victoire d'une idée,laquelle est symbolisée visuellement par ce moulin délabré dont la carcasse se détache sur un tertre dénudé qui domine un petit village des confins de la Champagne et de l'Argonne. "Chaque fois que les fusils se trouvent en face d'une idée,ils tremblent dans la main des soldats,qui voient bien que les officiers hésitent avant de lever leur épée pour commander le massacre. C'est qu'ils sentent,les porte-épaulettes,que l'Histoire a les yeux sur eux." (Jules Vallès)

Le jour même de Valmy,la Législative cédait la place à la Convention. Et ses premiers actes portaient cette date : "An 1 de la République française". Ce régime à propos duquel Germaine de Staël (la fille du banquier Necker,dont le renvoi par Louis XVI avait provoqué une émeute à Paris qui s'était achevée par la prise de la Bastille) écrivait cette phrase que ferait bien de méditer notre président actuel :

"Si la puissance de la morale n'est pas,pour ainsi dire,le pouvoir constituant d'une république,la république n'existe pas."

NB/ la collection "Présence du passé" ,qui a produit huit sujets (c'est à dire une douzaine d'heures d'antenne) a été conçue et dirigée par Jean Chérasse (ENS St Cloud,agrégé d'histoire),Jean Mauduit (normalien et journaliste),et Bernard Revon (scénariste,notamment du film "Baisers volés")

Les conseillers historiques de "Valmy" furent Jean Tulard (Ecole pratique des hautes études) et le colonel Bernard Druène (Service historique de l'Armée). Le "tactic-club" de la bataille (sur maquette) a été animé par le journaliste Georges Penchenier.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.