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Billet de blog 21 janv. 2022

Ce jour là, 21 janvier 1793

Ce jour là, sous un ciel gris et dans une atmosphère brumeuse, le peuple de Paris escortait le carrosse de Louis XVI jusqu'à la place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde) où était dressée la guillotine. Deux-cent-vingt-neuf ans après ne serait-il pas salutaire de s'interroger sur la signification fondamentale de cette exécution emblématique ?

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Car celui qui était devenu le citoyen Louis Capet avait été jugé par la Convention, constituée en tribunal pour l'occasion. Accusé de haute trahison pour avoir joué double jeu face aux assemblées nées de la Révolution, il avait tenté de s'enfuir à l'étranger en juin 1791 pour rejoindre l'armée des émigrés (fuite à Varennes) ; comme le confirmera sa correspondance secrète avec Mirabeau, il avait comploté avec le duc de Brunswick et les monarques européens...

Le 3 décembre 1792, Robespierre avait réclamé la tête de Louis XVI qu'il avait stigmatisé en le traitant de "criminel envers l'humanité".

707 députés présents à la Convention, jugèrent que le roi était coupable de conspiration contre la sûreté de l'Etat. Par un vote qui dura 36 heures, 387 députés se prononceront pour la peine de mort. A une voix de majorité.

On a beaucoup glosé sur le courage et la dignité de Louis XVI sur l'échafaud, face à la terrifiante machine à raccourcir, soit. Mais en dehors de l'horreur légitime qu'inspire l'exécution d'un être humain condamné à avoir la tête tranchée, il faut nécessairement considérer pourquoi les sans-culottes se sont laissés convaincre du bien-fondé de cet acte.

C'était un 21 janvier à 10 h 22. En réalité, il s'agissait ni plus ni moins de fonder la république en interrompant physiquement et symboliquement un système patriarcal inique, qui durait depuis un millénaire et maintenait le peuple en situation d'esclavage, avec une monarchie de droit divin.

En plus de cette raison historique incontestable, je crois qu'on peut y ajouter celle du refus d'un pouvoir personnel, de la politique du bon-vouloir,  induite par l'hostilité des sans-culottes au pouvoir régalien. D'ailleurs ce fut le grand mérite de la Convention de jeter les bases d'une gouvernance collective horizontale, qui aurait pu féconder la république en un régime totalement orienté vers la justice sociale.

La Seconde République (celle issue de la Révolution de 1848) et la Commune de Paris de 1871 ont suivi cet exemple

Mais cette voie de la véritable émancipation démocratique fut par deux fois confisquée et accaparée par la dictature napoléonienne. Puis, après le massacre des Communeux, Adolphe Thiers et Versailles ont édifié une république conservatrice aux mains de la bourgeoisie d'affaires...

Aujourd'hui où le gaullisme nous a laissé en héritage une monarchie élective, nous n'avons plus le choix de nous exprimer en face d'un système pseudo républicain, qui privilégie la gouvernance verticale de l'homme-lige des classes dominantes.

Alors on peut se désoler lorsque l'opinion publique crie " vive le roi ! " après avoir dit "le roi est mort".

Le 21 janvier 1793 est une référence constitutionnelle.

Ni roi ni président !

Ni dieu ni maître !

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