La séparation des pouvoirs permettra-t-elle de rendre enfin justice ?

"Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution" (Article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789)

La mise en garde à vue de l'ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy, est une bonne nouvelle dans la mesure où elle révèle qu'il existe encore en France - malgré tous les coups de boutoir de l' exécutif avec sa propension à monarchiser la république - un équilibre entre les trois pouvoirs de l'Etat : le législatif, l'exécutif et le judiciaire. Du moins, entre l'exécutif et le judiciaire.

Cette règle de la "séparation des pouvoirs", qui prévaut dans la plupart des régimes démocratiques, est le fruit des réflexions d'un philosophe anglais du XVIIe siècle, John Locke, puis des travaux de Montesquieu qui en développa les articles dans "l'esprit des lois" (1748).

Dans l'esprit du philosophe français, cette règle était un moyen de garantir la liberté des citoyens face au pouvoir absolu de l'autocratie étatique. Car il était indispensable de trouver le moyen d'équilibrer les pouvoirs en les contraignant à un contrôle mutuel qui réduisait ainsi le risque d'abus de part et d'autre : "Pour qu'on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir".

La clairvoyance civique de Montesquieu va-t-elle permettre à la démocratie française de surmonter le péril mortel de la forfaiture d'un pouvoir abusif et voyou ?

Car il s'agit bien de cela, depuis que les dignes héritiers des Versaillais ont confisqué le régime républicain à leur profit, et qu'ils ont transformé l'Etat français en conseil d'administration de société anonyme où le patronat distribue les jetons de présence, le hold-up de la gouvernance d'un pays au profit des élites bourgeoises et des oligarchies.

Conserver le pouvoir, l'accaparer...à n'importe quel prix, même s'il faut dissimuler, mentir, voler ou trahir...

L'affaire libyenne est à la Ve République, un scandale aussi important que le fût l'affaire Dreyfus à la IIIe !

Il suffit de se reporter à la liste des soixante questions que posent Arfi et Laske à Sarkozy pour prendre délibérément conscience du bien-fondé de l'accusation terrible mettant en cause l'ancien chef de l'Etat...

Juges, il faut extirper le furoncle de la forfaiture !

Nettoyer les écuries d'Augias.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.