Pâques 1871, sous la Commune

Vingt-troisième « journée de la fraternité », cette grande fête religieuse eût lieu un dimanche 9 avril (decadi 20 germinal an 79) avec des messes dans toutes les églises de Paris y compris à Notre-Dame où l’assistance fut particulièrement nombreuse...

...car l'histoire officielle oublie de mentionner que les "72 Immortelles" ont probablement été l'un des plus grands moments de tolérance pour la société française, "la liberté sans rivages" exaltée par Jules Vallès garantissant à toutes et à tous liberté de croyance, liberté d'expression, liberté de réunion !

C'est ainsi que la fête de Pâques a été célébrée comme à l'accoutumée, et je dirais même mieux qu'à l'accoutumée car elle intervenait au sortir d'un siège éprouvant pour la population, dans un contexte de fraternité retrouvée, sous le chaud soleil du printemps.

Le dimanche 9 avril 1871 à midi, toutes les cloches des églises des vingt arrondissements de Paris, ont sonné à toute volée...en espérant que ce message "urbi et orbi" pourrait toucher les Versaillais  afin qu'une conciliation républicaine intervienne entre la ville insurgée et l'Assemblée à majorité monarchiste.

Une semaine auparavant, un décret majeur avait été publié par la "belle équipe" de l'Hôtel de Ville :

"La Commune de Paris, considérant que le premier des principes de la République française est la liberté ; considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ; considérant que le budget des cultes est contraire au principe, puisqu'il impose les citoyens contre leur propre foi ; considérant en fait que le clergé a été complice des crimes de la monarchie contre la liberté,

Décrète : Art 1 : l'Eglise est séparée de l'Etat.

Art 2 : le budget des cultes est supprimé

Art 3 : les biens dits de main-morte, appartenant aux congrégations religieuses, meubles ou immeubles, sont déclarés propriétés nationales.

Art 4 : une enquête sera faite immédiatement sur ces bien pour en constater la nature et les mettre à la disposition de la nation."

Cela pour répondre aux élucubrations des chaînes TV* qui exhibent des "historiens bien-pensants" qui mentent, et donc pour apporter un démenti formel à la légende noire d'une "Commune bouffant du curé et interdisant les cultes" : les Communeux furent en majorité anti-cléricaux mais ils respectèrent scrupuleusement les croyances. A preuve le fonctionnement des "clubs rouges" dont les réunions avaient lieu en soirée dans les églises qui étaient, le matin et l'après-midi, dévolues au culte.

Quant à Notre-Dame de Paris, elle ne fut jamais investie comme Club rouge car les Communeux l'avaient jugé trop grande et peu propice au débat populaire. Lors de la Semaine sanglante, les Fédérés vinrent y chercher les bancs et les chaises afin d'édifier une barricade pour barrer l'accès de l'Hôtel de Ville aux Versaillais ; cet obstacle fut incendié par les obus à pétrole de l'artillerie de Mac Mahon.

Pour plus d'information, lire page 183 et suivantes du volume 1 des "72 Immortelles"**

* notamment BFM

**éditions du Croquant

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