Le monstre froid du pouvoir d'Etat

Il faut qu'apparaissent dans les faits divers, les inductions perverses des dérives du pouvoir d'Etat pour que sa nocivité structurelle s'étale au grand jour, dans l'ignominie de sa justification régalienne...qui devrait être conchiée non seulement pas les cosaques Zaporogues mais aussi par tout un chacun ...

...ainsi cette "affaire Benalla" qu'analyse avec pertinence Edwy Plenel comme il a su, à une autre époque, pointer celle des "irlandais de Vincennes", vient après la séquence ultra-démagogique de la glorification des bleus à l'Elysée , jeter un éclairage brutal sur la barbouzerie indigne et  l'autocratie répugnante du pouvoir macronien.

Ce grave incident de parcours du nouveau quinquennat qui remet en cause l'esprit démocratique qui devrait baigner la vie républicaine, est un signal d'alarme pour tous les citoyens : il signifie que le pouvoir d'Etat échappe désormais à tout contrôle et qu'il a sans doute été illusoire de prendre la Bastille puisque nous sommes revenus, aujourd'hui, au temps des lettres de cachet...

Mais la présence de ce nervi dans l'alcôve de la présidence est aussi une indication sur la nature délétère du pouvoir, un pouvoir qui se moque de la raison et de la morale collectives, un pouvoir qui empoisonne le bien public, un pouvoir qui est la négation de la République.

Le bonapartisme de la Ve République qui privilégie la verticalité du pouvoir politique, accentue le risque d'un retour à la monarchie absolue, c'est à dire à un modèle de gouvernance autant obsolète que haïssable...

Pour éloigner ce spectre épouvantable, les Communeux avaient en 1871, élaboré un phalanstère de gestion publique qui répondait à leur devise : "ni Dieu ni Maître !"

C'était l'apanage d'une responsabilité collective à la fois horizontale et transversale, le sang républicain circulant de la base citoyenne aux mandataires et vice versa.

Ils avaient ainsi, dans le sillage fructueux du bouillonnement extraordinaire de la pensée politique sociale au XIXe siècle, inventé un système pour remplacer l'Etat et rendre au peuple la réalité du pouvoir qui lui avait été volé.

Ce fut "l'ébauche d'un ordre libertaire"*...

* sous-titre du tome 2 des "72 Immortelles" (à paraître en octobre)

 

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