Pour rester dans le sillage de Jacqueline de Romilly,je fais référence aujourd'hui,au mot grec "aporia",qui signifie "absence de passage,difficulté,embarras" et qui concerne en fait tout problème insoluble. Et ce n'est pas Jacques Derrida qui me contredira si je donne au mot "aporie" le sens d'impasse.
En cette fin 2010,la vie politique française souffre d'une double aporie. Cette remarque n'est pas trés originale,mais elle doit être rappelée afin que chacun prenne bien conscience des enjeux de la prochaine élection présidentielle :
- à droite,un pouvoir essoufflé et discrédité,de plus en plus menacé par le Front national. Ce pouvoir de droite ferait bien de méditer ce texte de la "République" de Platon :
"...nous avons fondé la meilleure cité que nous pouvions,sachant bien que c'est dans la bonne cité que la justice pouvait se trouver. Dès lors,ce que la justice nous est apparue être dans la cité,transférons-le à l'individu ; et si cela est reconnu être la justice,tout ira bien. Si en revanche elle apparaît être quelque chose d'autre dans l'individu,revenant à nouveau à la cité,nous la mettrons à l'épreuve ; et peut-être qu'en confrontant ces réalités et en les frottant l'une contre l'autre,comme on fait avec un briquet,nous arriverons à faire jaillir la lumière de la justice. Et une fois que nous l'aurons mise en évidence,nous pourrons la consolider en nous-mêmes."
Il est évident que le grand philosophe grec interpelle ici directement,Brice Hortefeux.
- à gauche,une opposition multiple et divisée,dont l'addition des forces électorales n'est pas majoritaire (44% dans le meilleur des cas). Une gauche qui penche de plus en plus vers la droite afin d'attirer les voix du centre,en perdant ainsi toute chance de rester la gauche : cruelle aporie historique dans une nation qui s'est identifiée à la République.
Ainsi DSK pourra dire à la cantonade : "Aporie ? aporie ! Est-ce que j'ai une gueule d'aporie ?"