«Le roman vrai des Raspail» par Ludovic Frobert

A notre époque où dominent les faux-semblants, les mémoires falsifiées, la manipulation du passé, et les ratiocinations idéologiques stériles, un jeune historien vient opportunément et avec brio, remettre les pendules à l'heure en évoquant la grande figure républicaine de François Vincent Raspail...

...car il s'agit bien d'un véritable héros de la République, celle qui a été fondée le 21 septembre 1792 par la grande Révolution française aux lendemains de Valmy, dont nous assistons aujourd'hui à l' inéluctable et désolante faillite puisqu'elle est en train de disparaître au profit d'un ersatz de monarchie élective, à mi-chemin entre l'autocratie et la démocrature.

Ludovic Frobert qui avait déjà publié un remarquable essai sur "les Canuts ou la démocratie turbulente, Lyon 1831-1834" vient avec bonheur de braquer le projecteur de l'Histoire sur la saga républicaine des Raspail * dont les quatre fils, Benjamin, Camille, Emile et Xavier sont les fleurons dans le douloureux et glorieux sillage de leur père, François Vincent Raspail (1794-1878).

Précurseur de la théorie cellulaire, de l'histochimie et de la cytochimie, il est avant tout un biologiste et un chimiste. Mais cet homme de science a une conscience qui le porte non seulement à soulager et à guérir les autres, mais aussi à prendre en compte leur destin social. C'est ainsi qu'il participe à la révolution de 1830 et qu'il fonde un journal le Républicain tout en poursuivant ses travaux scientifiques. Accusé injustement d'avoir participé à un attentat contre Louis-Philippe, il subit le même sort que son disciple Auguste Blanqui et fut jeté en prison. Et en 1848, il fut l'un des premiers à proclamer la République dont il fut le candidat des socialistes à sa présidence, mais il fut battu. Exilé en Belgique, il est élu député après son retour en France. Vigoureux opposant au second Empire, il tenta vainement de fédérer toute la gauche républicaine dont il se distinguera par son courage politique et ses inébranlables convictions pour l'instauration d'une justice sociale.

Car il est le symbole exemplaire de l'honnêteté qui est requise d' un digne représentant du peuple et un parangon de l'engagement politique et moral pour l'édification d'une République sociale conforme à la Constitution de l'an II...ce qui lui a donné l'auréole d'une tête de gondole républicaine, dont le souvenir subsiste encore de nos jours... grâce à un boulevard parisien.

Le récit de ce parcours militant est fait par le fils aîné du héros, Benjamin Raspail, dont Ludovic Frobert tient la plume, ce qui confère à cette évocation de la "petite République des Raspail" une authenticité et une humanité sans pareilles : la monographie historique oscillant entre Michelet et Jules Vallès, devient absolument passionnante car elle nous restitue un passé vivant avec ses émotions et ses joies, qui ne se planque pas derrière les mots savants !

Une histoire de l'intime incrustée dans la grande histoire.

Par ailleurs, étant moi-même pour un impératif retour aux fondamentaux idéologiques du XIXe siècle, je salue cette exhumation affectueuse des Raspail comme étant un acte historien salutaire pour la démystification idéologique des graves erreurs politiques du XXe siècle et la recherche analytique des premières pensées socialistes.

Un grand merci à ce jeune historien qui ringardise, avec rigueur heuristique et talent d'écriture, la plupart des pontifs de la "politologie" et tous ces "maîtres à penser" universitaires, qui jargonnent en rond.

* "Des Républicains ou le roman vrai des Raspail"  est édité par les éditions LIBEL, 9 rue Franklin 69002 LYON

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