Ce trentième numéro de la revue trimestrielle dirigée par Regis Debray, qui tente un bilan oblique de l'année 2011, nous indique avec pertinence et humour que l'ère du recyclage a commencé. C'est en tout cas la substantifique moelle de l'article édito du rédacteur-en-chef de la revue, Paul Soriano qui nous affirme qu'au XXIe siècle "plus que jamais, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Du coup les "fin de" et "retour de" se succèdent précipitamment."
Et de parcourir les péripéties de notre vécu récent en passant par toutes les vidéosphères...avec ce pronostic : "le recyclage serait à l'ère nouvelle ce que le progrès fut à la précédente, étant entendu que le progrès peut lui-même être recyclé." Alfred Jarry n'aurait pas mieux dit.
Dans ce numéro 30, je me contenterai de relever deux articles qui m'interpellent directement. Le premier, signé par Daniel Bougnoux, est relatif au film d'Hazanavicius, "The Artist", qui a le grand mérite de transformer le spectateur en cinéphile ; une oeuvre* qui nous montre cette royauté d'une enfance de l'art ou du cinéma qui surplombe d'assez haut ses développements futurs."
Le second article, page 71 de MEDIUM, intitulé "Réception d'un Goncourt", est d'Antoine Perraud. La plume de ce brillant journaliste analyse l'accueil fait par la critique littéraire à un auteur inconnu, Alexis Jenni, dont les éditions Gallimard venaient de publier L'Art français de la guerre. Il narre avec délectation la genèse de ce prix Goncourt, une sorte de sweepstake qu'il commente comme un reporter sportif... au micro de France Culture. Jubilatoire !
Dans le "Pense-bête" de Régis Debray qui clôt cette livraison, je me permets de citer ce paragraphe : "Qui a dit qu'on vit difficilement une "réduction de puissance" ? Elle peut en fait se vivre comme une promotion par alignement sur le plus up to date, une habilitation par la tête d'affiche, une fièvre de petits rattrapages et une fierté otanienne de boutonneux qui a réussi son bac. Il y a de l'ivresse dans un crépuscule. La vieillesse d'un pays, loin d'être un naufrage un peu glauque, peut résonner comme une rave party, le heavy metal à la sono remplaçant le "plus près de toi, mon Dieu" de l'orchestre sur le pont".
* pour mon vote des Cesar, j'ai choisi le trio "The Artist", "Le moine" et "Intouchables". Et "La brindille" comme meilleur premier film.
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