Mon ami Marc Ferro

Grande-gueule colérique, mais convivial et généreux, le secrétaire général des « Annales » Marc Ferro a marqué notre époque par sa pertinente analyse de la révolution soviétique d'octobre 1917 mais aussi par sa prestation débonnaire sur la chaîne Arte dans l'émission « Histoire parallèle »...

...étant mon aîné de huit ans, il me reçut en toute confraternité lorsque je rejoignis l'école des Annales. Mais il était le chouchou de Fernand Braudel et faisait bien sentir la volonté du patron à tous les bizuths qui venaient participer aux agapes de cette mouvance historienne, créée par Lucien Febvre et Marc Bloch , dont le but était de privilégier l'étude des comportements et des mentalités.

Nous étions condisciples, nous sommes devenus des amis ; car son rayonnement personnel ajouté à une faculté heuristique à nulle autre pareille firent la conquête de mon admiration...

Marc Ferro était le fils d'une slave juive, déportée et morte à Auschwitz. Etant replié à Grenoble pour échapper aux scélérates lois anti-juives de Vichy, il était entré adolescent dans un réseau de résistance et avait rejoint le maquis du Vercors afin de ne pas être requis par le STO.

"Je dois ma carrière à Pierre Laval !" disait-il dans un éclat de rire, lorsqu'on le branchait sur les années noires...

Mais il se consacra ensuite à une analyse objective et impartiale de la grande révolution soviétique, dont il est probablement l'un des spécialistes mondiaux les plus éminents...

Pour ma part, je lui communiquais mon virus du cinéma et il en fit son profit en créant à l'Institut historique des Sciences Sociales (IHSS) un séminaire récurrent "Cinéma et Histoire". J'en ai d'ailleurs inauguré les travaux en venant y présenter mon film "Dreyfus ou l'intolérable vérité" qui venait d'être interdit par la censure pompidolienne.

Nous nous sommes retrouvés dans les années quatre-vingt lorsque j'étais le Conseiller du Président de l'INA. Donnant suite à un concept d'émission de Louisette Neill, j'ai fait appel à Marc Ferro pour animer cette série, qui s'est intitulée "Histoire Parallèle".

Une émission qui permettait la confrontation des archives, et qui faisait donc appel au sens critique du téléspectateur au lieu de lui asséner comme l'a fait Costelle avec ses "Apocalypse" une histoire qui se donne en spectacle...

Adieu mon cher Marc, je t'embrasse.

Jean A.Chérasse

La faucille ne quitte pas le marteau.

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