Restaurer le mot "socialisme"

Etant donné ce qu'il a désigné autrefois, il est insupportable de le laisser à l'état de charogne : il nous empoisonne cependant qu'il nous tente encore, car rien ne pourra changer s'il ne nous est pas rendu...

Cette élection présidentielle destinée à couronner un monarque quinquennal de notre république bourgeoise ne sera sans doute qu'une péripétie cosmétique de la vie politique française, figée dans son conformisme consumériste et condamnée à subir les contrecoups du néolibéralisme.

Pourtant, quelques lignes ont bougé. Un peu. Ce ne sont pas les turpitudes des politiciens qui en sont la cause, mais un début de prise de conscience de la nature réelle du pouvoir, dans le cadre d'une démocratie formelle, vidée de son éthique civique.

A force d'être utilisés à tort et à travers, à force d'être bradés ou salis, les mots eux-mêmes sont devenus des maux.

C'est malheureusement le cas du mot "socialisme" dont le Robert nous donne cette définition : "doctrine d'organisation sociale qui entend faire prévaloir l'intérêt, le bien général, sur les intérêts particuliers, au moyen d'une organisation concertée...dans un but de progrès social". Ce mot-clé de la raison de vivre en société, ce paradigme de l'humanisme politique, cet héritage des luttes populaires contre la rapacité des classes qui vivent de l'exploitation de l'homme par l'homme, est devenu le paravent de toutes les compromissions, de toutes les hypocrisies.

Car avec cet étendard, un parti a réussi à enfumer une partie de la population, à l'entraîner malgré elle tantôt dans la sale guerre coloniale algérienne, tantôt dans la collaboration avec le patronat, et même en la persuadant qu'il n'y avait point de salut hors de l'Europe des banquiers !

La "vieille maison" est ainsi devenue le lupanar des notables ainsi que celle des élites sortant d'écoles où on enseigne le marketing politique plutôt que la morale civique et les devoirs de l'humain. Ce qui apporterait un cinglant démenti à l'honorable Paul Claudel qui avait déclaré à propos des bordels :

"la tolérance ? Il y a des maisons pour cela."

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