Mon Eurovision, l'hymne des Communeux

Cette chanson, écrite par Joseph Darcier et Jean-Baptiste Clément, a été, tout au long des 72 journées de la Commune de Paris, fredonnée par tout un peuple qui en fit son hymne ; elle a été lancée par Marie-Rosalie Martin - dite la Bordas - "montée" de son Vaucluse natal où elle était l'amie de Frédéric Mistral. Elle la popularisera de sa voix rauque et puissante...

"Dans la vieille cité française / Existe une race de fer / Dont l'âme comme une fournaise / A de son feu bronzé la chair. / Tous ses fils naissent sur la paille,/ Pour palais ils n'ont qu'un taudis / C'est la canaille, et bien j'en suis.

Ce n'est pas le pilier du bagne, / C'est l'honnête homme dont la main / Par la plume ou le marteau / Gagne en suant son morceau de pain / C'est le père enfin qui travaille / Des jours et quelquefois des nuits. / C'est la canaille, et bien j'en suis.

C'est l'artiste, c'est le bohème / Qui sans souffler rime rêveur, / Un sonnet à celle qu'il aime / Trompant l'estomac par le coeur. / C'est à crédit qu'il fait ripaille / Qu'il loge et qu'il a des habits. / C'est la canaille, et bien j'en suis.

C'est l'homme à la face terreuse, / Au corps maigre, à l'oeil de hibou, / Au bras de fer, à main nerveuse, / Qui sort d'on ne sait où, / Toujours avec esprit vous raille / Se riant de votre mépris. / C'est la canaille, et bien j'en suis.

C'est l'enfant que la destinée / Force à rejeter ses haillons / Quand sonne sa vingtième année, / Pour entrer dans vos bataillons. / Chair à canon de la bataille, / Toujours il succombe sans cris. / C'est la canaille, et bien j'en suis.

Ils fredonnaient la Marseillaise, / Nos pères les vieux vagabonds / Attaquant en 93 les bastilles / Dont les canons / Défendaient la muraille / Que d'étrangleurs ont dit depuis / C'est la canaille, et bien j'en suis.

Les uns travaillent par la plume / Le front dégarni de cheveux / Les autres martèlent l'enclume / Et se saoûlent pour être heureux, / Car la misère en sa tenaille / Fait saigner leurs flancs amaigris./ C'est la canaille, et bien j'en suis.

Enfin c'est une armée immense / Vêtue en haillons, en sabots / Mais qu'aujourd'hui la France / Appelle sous ses drapeaux / On les verra dans la mitraille, / Ils feront dire aux ennemis : / C'est la canaille, et bien j'en suis."

Cette chanson est intitulée "L'éveil de la classe ouvrière". Je la préfère à l'eurovision de Pierre Nora "Veillons au salut de l'Empire".

Nb/ on pourrait citer aussi ce vieux "tube" prolétarien : l'Internationale, qui n'est pas un chant bolchevique mais un hymne socialiste libertaire

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