...car si cet incomparable combattant de la résistance aux nazis a incarné la radicalité de la lutte contre l'occupant, il a délivré au seuil de sa mort le plus sublime message qu'un être humain peut exprimer : celui de la fraternité.
Je prends cet exemple extrême car il devrait pouvoir nous éclairer aujourd'hui où la crispation des humeurs et des mentalités est en train d'atteindre un seuil critique, dans tous les aléas de la vie politique comme dans toutes les péripéties de la vie quotidienne.
En épilogue de mon dernier essai "Le zéphyr au gai menton", mon ami Raoul Vaneigem a intitulé son texte "La radicalité de Mai 68".
Le propos de ce penseur, qui fut l'un des prophètes de la "Commune étudiante", a le grand mérite de bien remettre les choses au point en indiquant les limites de cette radicalité politique qui ne doit jamais perdre de vue le champ de la conscience humaine.
"Il faut du rouge pour sortir du noir" disait-on à Censier ; sans doute faut-il aujourd'hui de la fraternité pour sortir de la radicalité ?
Ce "retour à la base" nécessite un effort permanent de clairvoyance et d'autodéfense contre tous les bourrages de crâne de "la société du spectacle" et de ses faux semblants. La guérilla démilitarisée que nous devons mener contre la rapacité, la connerie et l'intolérance, exclut tout recours à la violence physique ou morale : l'altérité est fondamentale.
Nos ancêtres les Communeux nous avaient pourtant montré cette voie sublime de "la fraternité sans frontières" en dehors de. laquelle l'humanité est condamnée à rancir dans le ressentiment et la haine.
Fin mai 1968, on pouvait lire sur le rideau de l'Odéon : "Attention les cons nous cernent. Ne nous attardons pas au spectacle de la contestation mais passons à la contestation du spectacle !"