«Versailles», une série TV macronienne

Ayant été à l'origine d'un téléfilm-culte sur Louis XIV que réalisa jadis Roberto Rossellini, j'ai succombé à la curiosité (malsaine) de jeter un oeil sur le début de la 3e saison de la série «Versailles» que propose Canal + et... j'y ai trouvé une vitrine parfaitement bien aménagée de notre présent !

Chacun sait que les représentations audiovisuelles du passé sont contingentes de la période au cours de laquelle elles ont été réalisées : par exemple "La Marseillaise" de Jean Renoir nous en apprend plus sur l'état d'esprit des militants du Front populaire de 1936 que sur la cristallisation révolutionnaire des sectionnaires sans-culottes de 1792...

Ainsi, la luxueuse série "Versailles", tournée dans de magnifiques lieux historiques avec un souci constant de la vraisemblance des costumes, des accessoires et même des moeurs courtisanes, est en réalité un tableau réaliste de la société macronienne.

Ne serais-ce que par le choix du jeune comédien anglais, une "gravure de mode", qui est censée incarner le roi-soleil, on pourrait parfaitement imaginer qu'elle se métamorphosât en Emmanuel Macron, le temps d'une harangue à ses affidés ou bien à la table du Conseil des Ministres, un lieu emblématique où se décident comment on va pouvoir lever de nouveaux impôts et saigner le bon peuple.

Ne serais-ce que par l'opposition des agapes raffinées de la noblesse avec la rugosité des coups de gueule du bon peuple qui manifeste sa colère en lançant des pavés sur le bonimenteur du monarque.

Ne serais-ce que par l'arrogance du roi proclamant à son invité autrichien qu'il désire absorber la moitié de l'Europe puisque la France est "un grand pays" et que rien ne saurait lui résister...(I'll make France great again)

Comment l'histoire-spectacle peut-elle relayer à ce point la politique-spectacle ?

Les étranges lucarnes françaises, pilotées par les "experts" du marketing, n'offrent désormais au grand public que des ersatz ou des copies en polychrome de notre morne et désolante actualité.

Et je n'aurai pas la cruauté de pointer la dernière série-vedette de France 2 sur les téléspeakerines, dont la nullité est affligeante.

Née à Versailles, la République sera-t-elle toujours celle des ducs ?

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