Le césarisme en marche

Néron avait dit "Rome ne porte point ses regards curieux / Jusque dans des secrets que je cache à tes yeux"...cette réplique célèbre du "Britannicus" de Racine aurait pu servir d'exergue à cette pitoyable affaire Benalla qui vient de révéler, si besoin en était, la redoutable nature du quinquennat Macron

Car cette "république exemplaire" qu'on nous avait promise va probablement ressembler au royaume de France sous Charles X, c'est à dire à un pays muselé, caporalisé, brutalisé dans ses structures même les plus intimes...

De plus le pouvoir absolu du Président exclut toute transparence car il veut commettre ses forfaits dans l'ombre scélérate de l'impunité.

Mais son désir forcené de masquer et de rester muet, n'a pas tenu compte de l'extrême fluidité de l'information qui est devenue le paramètre de la vérité publique ; ainsi les journalistes sont-ils aujourd'hui les sentinelles de la démocratie menacée par la dictocratie...

L'affaire des nervis de l'Elysée prouve que le temps des janissaires et des barbouzes est revenu : le coup de poing américain ou la trique sont désormais les suprêmes arguments d'un pouvoir régalien fabriqué et maintenu grâce aux artifices de la "communication".

Lorsque les classes dominantes n'arrivent plus à mystifier ou à enfumer les autres, elles se parent d'un bouclier policier voire de prétoriens assermentés en cohortes obéissantes.

Mais elles veulent également donner le change et respecter formellement la légalité ; c'est pourquoi elles s'ingénient à créer des officines parallèles qui gèrent des commandos d'affidés, agissant en toute liberté.

Nous y sommes. La république est bafouée, elle est en grand danger...

Et le nouveau César pourra dire comme Caligula :

"Qu'ils me haissent pourvu qu'ils me craignent !"

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