République(s)

Dans le climat de confusion générale entretenu par les pouvoirs en place, le mot de "république", qui a été vidé de son sens originel, sert de paravent sinon de bouclier à toutes les critiques ou protestations émises à leur encontre pour leur gestion partiale et désastreuse des affaires publiques...

...en effet, nous sommes bien "en république", elle est même numérotée cinquième, mais ce régime sous lequel nous sommes astreints, n'a que de lointains rapports avec ce qu'avaient imaginé Platon, Aristote ou Cicéron.

Elle n'est pas non plus cette communauté d'esprit ou d'idées, conçue pour la recherche du bien commun par Pascal, Rousseau ou Montesquieu.

Elle n'est plus du tout enfin, cette "res publica" gérant avec équité la cause de la plèbe, comme le préconisaient Gracchus Babeuf et  Pierre Leroux.

Opposée au système des monarchies, elle peut s'adapter à tous les régimes électifs, quels qu'ils soient, y compris le pouvoir impérial : Napoléon n'avait-il pas fait proclamer en 1804 que "le gouvernement de la République est confié à un Empereur qui prend le titre d'Empereur des Français" ?

Depuis lors, on a vu surgir des républiques calvinistes, populaires, ou islamiques...qui sont en réalité des régimes autocratiques sinon totalitaires.

Pourtant, le mot de "république" devrait se confondre avec le mot de "démocratie" par opposition au despotisme et au pouvoir "de droit divin". Un citoyen est libre dès lors qu'il peut gouverner et être gouverné.

Dans le deuxième tome des "72 Immortelles", j'explique comment l'abbé Sieyès a introduit le concept de "gouvernement représentatif" dans l'élaboration de la "République française", une idée pernicieuse qui orientera le fonctionnement de la gouvernance publique vers le parlementarisme, un poison lent mais toujours virulent de la vie démocratique...

Aujourd'hui, nous sommes les héritiers de cette "République bourgeoise", issue de la "représentation" électorale versaillaise, qui est en fait la prise du pouvoir par une oligarchie patricienne et conservatrice.

Notre république est ainsi le régime politique imposé par les classes dominantes, et les "valeurs" qu'elle prétend défendre sont, soit des oripeaux de la communication officielle et donc de l'enfumage, soit des arguments pour préserver ses privilèges.

Une république digne de ce nom est une république sociale.

JAC (athéo-gauchiste)

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