...il faisait effectivement partie du dernier carré des éminents historiens de l'école des Annales, ce groupe qui a renouvelé notre regard sur les événements du passé, dont l'impulsion avait été donnée jadis par Lucien Febvre et Marc Bloch.
Le normand Emmanuel Le Roy Ladurie s'était fait connaître grâce à Montaillou, un récit évoquant la vie quotidienne des habitants d'un petit village de la haute-Ariège, à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe. Partant de tous les faits rapportés par Jacques Fournier dans les registres de l'Inquisition, il avait réussi à nous captiver avec ce combat contre le catharisme ainsi que nous instruire sur les mentalités occitanes. Le livre fut d'ailleurs un grand succès de librairie.*
Nous avions eu, Emmanuel Le Roy Ladurie et moi-même, un engagement commun dans la vie politique : le PCF d'abord, puis le PSU après Budapest. Mais ensuite, nos trajectoires avaient divergé et il avait peu à peu occupé - avec Georges Duby - le courant droitier de l'école des Annales, qui briguait une reconnaissance officielle avec les hochets de la République ...
Emmanuel Le Roy Ladurie n'a-t-il pas été nommé Grand Officier de la Légion d'honneur ?
Mais ce fidèle disciple de Fernand Braudel, grand travailleur, consacra les dernières années de son activité professionnelle à l'histoire du climat. Publiée en plusieurs volumes**, cette somme heuristique a le grand mérite d'attirer l'attention publique sur la plus grave question qui est posée désormais à la survie de l'humanité.
Cet homme humble et discret a bien mérité de l'Histoire.
In memoriam.
* Gallimard (1975)
** Fayard et Flammarion