Déconstruction

Après avoir atteint la vie politique française avec l'émergence saugrenue du macronisme, la grande vague déconstructionniste est en train de gagner peu à peu tous les espaces cognitifs et en particulier le champ mémoriel si on en juge par les empoignades souvent virulentes qui ont marqué les commentaires de mon blog, notamment à propos de la nuit du 4 août et du "pacte germano-soviétique"...

...comme si, à l'instar de la température, il y avait celle qu'affichent les thermomètres, et celle qui est ressentie !

Conceptualisée par Heidegger, pratiquée par Jacques Derrida, la déconstruction colore désormais la recherche philosophique contemporaine et tout universitaire qui prend soin de sa carrière n'omet pas d'y faire référence et de l'utiliser pour les travaux qu'il souhaite faire publier afin de se construire une réputation...On en a vu récemment un exemple avec cette thèse ahurissante sur "la chanson populaire" qui "ignore le sentiment d'injustice"... alors que la Commune de Paris nous a laissé un extraordinaire florilège de poèmes et de chansons pourfendant l'inégalité, l'exploitation de l'homme par l'homme, l'exclusion, l'injustice voire la férocité des classes dominantes !

Ce tropisme déconstructeur vient de s'emparer du champ historique sous la férule de Patrick Boucheron, professeur au Collège de France. Il a évidemment ses mérites car il permet de remettre en cause le regard conventionnel jeté sur le passé par toutes les écoles du XIXe et du XXe siècle, y compris l'école des Annales de Lucien Febvre et Marc Bloch qui a probablement été l'avancée la plus pertinente dans le grand dépouillement heuristique de notre roman national.

Mais il ne faudrait pas que cette critique raisonnée des événements et des sources, vire à la falsification ou au dévoiement.

Car notre époque qui va être de plus en plus dépendante de la rapidité de la transmission et de l'avidité communicante, obère toute tendance à la réflexion lente, à la déduction factuelle, à l'examen oblatif. Et ce qui est plus grave, elle n'hésiterait pas à exclure le doute cartésien.

On privilégie l'effet d'annonce sans même examiner son bienfondé, on ne recherche que le sensationnel !

Démystifier, décoder, nettoyer. Stigmatiser les idées reçues, les légendes noires, les mensonges de la raison d'Etat. Permettre un accès à la vérité, même si elle est intolérable. Laisser parler les documents d'archives, même les plus modestes...

Et puis ne jamais oublier cette loi braudélienne : l'histoire n'est signifiante que dans la longue durée

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