"Louises, les femmes de la Commune" par Eloi Valat

Brillamment préfacé par la jeune universitaire Sarah Al-Matary, ce nouvel (et sublime) album d'Eloi Valat vient à point nommé rappeler que la problématique féministe a reçu toute son impulsion critique au cours des 72 journées "immortelles" de la Commune de Paris de 1871...

...déjà spécialiste de l'imaginaire communeux avec "Le Journal", "La Semaine sanglante", "L'enterrement de Jules Vallès" et ..."Les 72 Immortelles", le remarquable artiste plasticien qu'est le dessinateur Eloi Valat (que j'ai comparé à Jacques Callot dans un précédent billet) a su évoquer la présence extraordinaire des femmes de Paris par des tableaux saisissants et empreints d'une sombre poésie.

Inspiré par des mémoires et textes d'époque, mais aussi par les travaux historiques récents, l'album a le mérite de nous faire comprendre comment les femmes du peuple ont réussi à transformer en fraternisation cette lamentable opération de saisie des canons de la Garde nationale qui avait été décidée par l'Assemblée nationale juste élue afin de mater le prolétariat armé du "bivouac des révolutions".

Aucun réalisme dans ces à-plats de couleurs et dans ces esquisses sauvages jaillies de crayonnages inspirés ! Juste ce qu'il faut pour que l'on saisisse instantanément la fébrilité de cette révolution à nulle autre pareille ! Ainsi que son indicible beauté !

Cet album qui rend hommage aux Louises, citoyennes de la Commune qui ont voulu "considérer les douleurs générales de l'humanité comme rentrant dans la cause commune des déshérités" (Louise Michel) est à la fois un magnifique documentaire historique et un poème élégiaque. Il montre à quel point le combat des "portefaix de tout le poids humain"* peut être efficace si les "cariatides" sont aux côtés des "atlantes" pour lutter contre la domination de classe...

Toutefois je regrette qu'Eloi Valat n'ait pas pu prendre en compte la formulation virtuelle de la participation civique des femmes que j'ai découverte dans les archives des clubs rouges et dans le mémorandum de Jules Allix, élu au Conseil de la Commune par le 8e arrondissement. Le deuxième volume des "72 Immortelles" qui en fait état, est sorti trop tard ; mais quelle avancée politique aurait-elle pu constituer si la Commune avait donné le droit de vote et d'éligibilité aux vaillantes communeuses !

En tout cas, voilà une superbe déclaration d'amour à nos compagnes et un regain d'espérance pour une prochaine révolution.

Merci Eloi Valat, tu mérites le prix Gustave Courbet.

*Victor Hugo

NB/ "Louises, les femmes de la Commune" éditions Bleu Autour, 28€

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