L'albatros rouge

Au cours d'une longue émission où il a fait preuve de ses brillantes qualités de penseur et d'acteur politiques, Jean-Luc Mélenchon a montré à l'évidence qu'il y avait à gauche, une véritable alternative. L'émission a été vue par 2 471 000 téléspectateurs.

Cette magnifique prestation du dernier marathon politique de France 2 a tenu ses promesses car elle a été consacrée à une personnalité politique exceptionnelle qui a réussi, malgré tous les obstacles que Pujadas a dressés sur sa route, à faire entendre la voix tonique du renouveau.

Elle m'a fait irresistiblement penser à ce célèbre poème de Baudelaire où les hommes d'équipage d'un bateau capturent un albatros que " Ses ailes de géant l'empêchent de marcher" : car il s'agit bien de cela, avec ces questions absurdes où l'interlocuteur essaye systématiquement, non pas de mettre en valeur ou d'expliquer le sens du discours de l'invité, mais de lui jeter un seau d'eau dans les jambes afin de le faire trébucher.

Ainsi Pujadas a tenté - dans une longue séquence de dialogue des sourds - de mettre Mélenchon en difficulté à propos des manifestations et des grèves induites par l'obstination du gouvernement à faire passer la loi de casse du code du travail...

Ainsi les deux "journalistes" de la chaîne, ont-ils planté leurs banderilles habituelles (Chavez, etc) pour faire saigner le tribun du Front de gauche...et le mettre en contradiction avec lui-même...

Ainsi une ancienne écolo ralliée à Hollande pour obtenir un maroquin (pathétique !) a-t-elle plaidé la cause de ceux qui sont les mains dans le cambouis à la différence des hérétiques qui grognent ou aboient...

Ainsi la société civile, incarnée par un boulanger* et une agricultrice**, a-t-elle récité à l'impétrant une leçon venant directement de Matignon ou bien des tracts de la FNSEA...

Ainsi un micro-trottoir a-t-il révêlé, grâce à une honnête dame respectable du XVIe, que "Mélenchon était vulgaire, trop vulgaire" : "Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !".

Bref. Notre héros, "ce roi de l'azur", s'en est brillamment sorti, épuisé mais ayant conquis des points, c'est à dire pouvant laisser espérer la perspective d'un bon score électoral.

Mais je ne crois pas au miracle des urnes tellement la société est façonnée, conditionnée et enfumée par cet environnement médiatique omniprésent, qui est l'arme absolue de la république bourgeoise.

D'ailleurs, ce grand moment de télévision en faisait bien apparaître le danger lorsqu'il a été question du communiqué de la CGT demandant à la presse de publier son manifeste : " Tous les journaux se ressemblent. Il n'y a aucune différence entre Le Figaro et Libération" a dit Mélenchon.

"Le poète est semblable au princes des nuées / Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;

 Exilé sur le sol au milieu des huées,/ Ses ailes de géant l'empêchent de marcher."

* après enquête, il s'agirait de Djibril Bodian, fournisseur de l'Elysée.

** proche de Bruno Lemaire

 

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