La grande colère bifrons de Badinter

J'ai le plus grand respect pour cet avocat qui fût garde des sceaux et qui restera dans l'histoire de France comme ayant été l'homme qui a obtenu l'abolition de la peine de mort en 1981, mais je ne supporte pas le "donneur de leçons" au nom de la respectabilité bourgeoise...

...car il s'agissait bien de cela, sur le plateau de l'émission "C à vous", hier soir 27 janvier, où il avait été invité pour parler de la Shoah et de la résurgence de l'antisémitisme.

Ayant évoqué son passé de fils de déporté, il a rappelé qu'il avait été confronté lui-même dans son adolescence, aux inscriptions "mort aux juifs" et aux calomnies haineuses dont les israélites ont été la cible et les victimes.

Robert Badinter a ensuite fait remarquer que le génocide des Juifs avait été perpétré dans un pays jouissant d'une civilisation à haut niveau culturel et que cela lui faisait douter de la qualité humaine et de sa dignité. Et il a déploré l'inanité voire l'impuissance des combats contre les racismes et l'antisémitisme pour éradiquer cette haine des autres, toujours vivace, une lèpre incoercible.

Mais faisant allusion à la profonde crise sociale que traverse actuellement notre pays, sa colère jusque là légitime et bienvenue, s'est tournée et a littéralement explosé pour pourfendre les manifestants qui ont pris part aux défilés contre le projet de réforme des retraites en portant des piques au bout desquelles figuraient les fac-similés  des têtes de Macron et de Castaner...

Comme si la violence de cette figuration symbolique était l'expression de la vilenie populaire alors qu'elle n'était que la conséquence de la violence originelle, celle d'un pouvoir exécutif totalement fermé à toute discussion, intransigeant et décidé à imposer son point de vue.

Comment un homme qui s'est présenté comme étant "socialiste" a-t-il pu avoir cette réaction de haut-bourgeois effarouché face à l'une des figures mémorielles classiques du sans-culottisme ?

Car la colère Badinterrienne n'était pas autre chose qu'une colère de classe, versaillaise.

L'"avocat des pauvres" disait : "pas de sang, mais du pain ! Je jetterai seulement un cri de justice et tiendrai droite la balance, sans jamais faire descendre un des plateaux au souffle d'une colère ou sous le poids d'un glaive..."*

*Jules Vallès

 

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