La canaille sans masque

Quand on soulève "les hideux haillons de l'histoire", on est bien obligé de révéler les turpitudes des classes sociales possédantes ainsi que leurs exactions afin d'asservir les classes laborieuses, dont la douloureuse odyssée est souvent occultée par les porte-paroles de l'Histoire officielle que l'on dit objective, ce qui a fait bondir Henri Guillemin...

...car écrit-il "Ces morts nous interrogent, disait Jaurès à propos des hommes de la Révolution ; êtes-vous avec nous ? êtes-vous contre nous ?" et Hugo, s'adressant "Aux historiens", dans Toute la Lyre : Ne nous racontez pas un opprobre notoire / Comme on raconterait n'importe quelle histoire.

Mais il énonçait en même temps la grande loi : "Dites le vrai."

Ni impartial, ni impassible, j'ai tenté du moins, à chaque pas, d'être véridique. L'honneur de l'historien, c'est la loyauté."

Cette profession de foi d'Henri Guillemin qui figure en avant-propos dans "L'avènement de M.Thiers et Réflexions sur la Commune"*, je la partage entièrement, totalement.

C'est dans cet esprit de décapage historique que j'ai effectué mon travail heuristique au cours du chantier des "72 Immortelles", qui a été alimenté par les archives des Clubs rouges ainsi que par les nombreuses correspondances privées dont les abonnés de Mediapart ont bien voulu m'adresser des copies (qu'ils en soient encore chaleureusement remerciés !).

Ainsi j'ai pu mieux comprendre le fonctionnement de cette gestion anarchiste horizontale, le rôle majeur joué par "l'Union des femmes pour la défense de Paris et le secours aux blessés" d'Elizabeth Dmitrieff et Nathalie Lemel, qui a véritablement constitué une Commune-bis et j'ai pu détruire le mythe ignoble des "pétroleuses (inventé et propagé par Versailles) alors que la majorité des incendies de Paris ont été le résultat de l'utilisation des obus au phosphore que Thiers avait fait venir de la pyrotechnie de Bourges, etc... je pourrais citer aussi ce que mes archives familiales m'ont appris au sujet de la manufacture des tabacs de Reuilly, dont mon aieul a eu la responsabilité.

Ces avancées de la recherche historique auraient du être prises en compte par toutes celles et tous ceux qui déclarent vouloir commémorer le cent-cinquantenaire de la Commune ! Ils les ont ignorées par suite du boycottage de mes livres par la "grande presse".

Prisonniers des idées reçues et de l'orthodoxie bolchevique qui a marqué des générations d'historiens élevés au lait du marxisme-léninisme, ils persistent à se réfugier dans le dolorisme résigné du "temps des cerises" et à ne pas vouloir regarder en face le grand message libertaire et tonique des Communeux.

Celui de la Canaille.

Jean A.Chérasse

* réédité par Utovie

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