LE PRESIDENT ET L'HISTOIRE

LE PRESIDENT ET L'HISTOIRE

"Le chef de l'Etat utilise l'histoire de façon aussi spectaculaire que discutable.Son but : la fortification du roman national,axé sur une célébration émotionnelle." Cette affirmation ,placée en exergue d'un excellent article d'Alexis Lacroix dans le dernier numéro de "Marianne",ouvre un chapitre essentiel de notre interrogation sur le comportement de Nicolas Sarkozy. Pour cela,il faut remonter un peu en arrière. Biographe de Georges Mandel (son modèle en politique),Nicolas Sarkozy avait eu l'opportunité de s'adjoindre la collaboration de l'historien Jean-Michel Gaillard dont la séduction intellectuelle sur l'avocat d'affaires opéra en profondeur. Devenu féru d'Histoire,le futur Président en recherche de légitimité,s'adjoignit Henri Guaino,un ami de Gaillard (victime d'un cancer) ,pour l'aider à "s'insérer dans le roman national" comme l'écrit de manière pertinente Nicolas Offenstadt dans "L'Histoire bling-bling". Une fois élu,le nouveau Président ne tarda pas à "vampiriser l'Histoire de France avec une ardeur méthodique,pour en faire le matériau de discours ajustés à ses oblectifs politiques. De la lecture dans les salles de classe de la lettre du résistant Guy Môquet au projet de musée de l'Histoire de France,Nicolas Sarkozy ne se distingue pas seulement par sa quête d'un close contact permanent avec le peuple de France,moyennant le court-circuit des médiations institutionnelles. L'une de ses autres caractéristiques demeure l'obstination avec laquelle il intègre le flot des siècles dans sa parole et dans sa geste." (Alexis Lacroix)

C'est pourquoi on s'étonne de le voir citer successivement et pêle-mêle Jules Ferry,Clémenceau, Jaurès voire Léon Blum,niant ainsi toute pensée critique afin de casser les affiliations automatiques. Le Sarkozysme historique,un avatar du "casse toi pauv'con",devient la règle qui s'incarne désormais dans "l'histoire bling-bling" dont la dernière manifestation est l'opération relecture de la deuxième guerre mondiale ("Apocalypse"),largement financée par la télévision publique aux ordres du pouvoir.

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