"Dreyfus, l'intolérable vérité" (petit florilège critique)

Amorcée dans "Le Monde" par Jacques Siclier qui avait bien compris que "Dreyfus" était le prolongement libre et insolent de cette collection de documentaires historiques intitulée "Présence du passé" que la direction de l'ORTF avait supprimée après mai 68, une campagne de presse accompagna la modeste sortie du film dans deux petites salles parisiennes.

Amorcée dans "Le Monde" par Jacques Siclier qui avait bien compris que "Dreyfus" était le prolongement libre et insolent de cette collection de documentaires historiques intitulée "Présence du passé" que la direction de l'ORTF avait supprimée après mai 68, une campagne de presse accompagna la modeste sortie du film dans deux petites salles parisiennes.

En voici quelques extraits :

"Notre sensibilité politique serait-elle à ce point codée que nous ne sachions plus lire dans l'affaire Dreyfus qu'un rituel républicain sans agressivité ? "Les Français sont comme ça", titre un quotidien du soir. La vigilance d'une poignée d'intellectuels, de Zola à Vidal-Naquet, ne devrait plus cautionner la paresse du plus grand nombre." (Jacques Revel, le Nouvel Observateur)

"Le film de Chérasse obéit à une double démarche. D'abord, il rapporte l'"affaire" dans son contexte social, économique et politique. Ensuite il cherche à réactualiser toutes les questions soulevées par l'antisémitisme et le racisme...Chérasse se situe au coeur même de la contradiction qui marque encore une partie de la pensée de gauche, dreyfusarde et anti-nazie, qui s'y retrouve encore mal entre l'antisémitisme et l'antisionisme...Sans aucun doute, aujourd'hui, au Moyen-Orient, Dreyfus est palestinien." (Libération)

"L'Affaire Dreyfus aura attendu toute une vie d'homme - 76 ans exactement - pour réapparaître sur un écran français. En février 1899 le génial Méliès "tout frémissant d'indignation devant le sort injuste qui accable l'officier" décide de tourner une série d'épisodes conçus comme ceux d'un feuilleton. Les premières bandes provoquent de tels incidents que le film est interdit par les préfets des départements où elles étaient projetées. La censure cinématographique était née." (Claude Garson, L'Aurore)

"La vague d'antisémitisme engendrée en France  par l'affaire Dreyfus, aurait été téléguidée de Berlin par le successeur de Bismarck, Caprivi, agissant pour le compte des industriels de la Ruhr mis en appétit par la découverte de nouveaux gisements de fer, dans la partie de la Lorraine demeurée française. En retour, il s'agissait de rétablir la monarchie en France, après le renversement de la République...Dès lors il devient évident que les problèmes évoqués en conclusion du film, raison d'Etat, justice et pouvoir, rapports minorités-majorités passent par l'état des forces représentées sur l'échiquier social, et les intérêts que celles-ci représentent. C'est dire que tant que le pouvoir restera dans les mains des mêmes, l'éventualité d'une nouvelle affaire Dreyfus ne peut être écartée. Nos affaires Dreyfus récentes ne s'appellent-elles pas des noms d'Henri Alleg, Maurice Audin, Mehdi Ben Barka ? " (François Maurin, L'Humanité)

"Tabou. Sujet brûlant. Prière de s'abstenir. Tandis que les Américains, les Allemands, les Italiens, les Anglais et même les Japonais ont multiplié les versions cinématographiques de l'événement le plus explosif de la "Belle époque", il aura fallu attendre trois quarts de siècle pour qu'un film français sur l'affaire Dreyfus parvienne à voir officiellement le jour. C'est Jean A.Chérasse, 41 ans, cinéaste et historien, qui vient de réussir l'exploit." (Huguette Debaisieux, France-Soir)

"Voilà donc Dreyfus pour la seconde fois libéré. Le film de Jean Chérasse est passionnant. Passionnant par ce qu'il dit et par la manière dont il le dit. On peut ne pas être d'accord sur certaines hypothèses et certaines extrapolations proposées par l'auteur. On peut réfuter tel ou tel argument. On peut être irrité par un manichéisme idéologique qui ne correspond pas toujours à la vérité historique. Mais, pour l'essentiel, l'accord est sans réserve. Impossible de nier que cette intolérable vérité est une oeuvre salutaire !" (Jean de Baroncelli, Le Monde)

"Un essai historique éblouissant rassemblant une manne de documents inédits" (Gilles Jacob, L'Express)

"Dreyfus n'est pas seulement un essai historique, c'est une magistrale leçon de méthode historique illustrée par le cinéma" (Guy Braucourt, Les Nouvelles Littéraires)

"C'est un film fort, trés fort parce que dérangeant, un film qu'il faut voir absolument aujourd'hui où le polychromisme du racisme fait voisiner sur les murs "Mort aux Youpins" ou "Les bougnoules à la mer"..." (Pierre Bouteiller, France-Inter)

"Le film de Jean Chérasse mérite d'attirer des foules de spectateurs car il est salutaire. Dreyfus a enfin son film !" (Rémo Forlani, RTL)

"Ce film rend indissociable l'analyse d'un passé récent et qui brûle encore de celle de notre propre actualité politique. C'est par là qu'il est étonnament moderne..." (J.André, Le Midi Libre)

"C'est un essai historique et politique. L'association des deux épithètes explique pour une large part les résistances : on était prêt à admettre l'histoire, non la politique. Non les deux sournoisement mêlées. D'où les protestations de l'humanisme traditionnel, du bon sens, des défenseurs attitrés de la mesure et de la prudence." (Christian Zimmer, Les Temps Modernes)

"C'est précis et ardent. C'est mieux que tous les policiers à suspense...C'est passionnant. Un film à regarder en face ! Un film à montrer aux jeunes générations pour leur apprendre les dures batailles livrées par leurs aïeux pour sauver un homme, mais aussi pour la vérité, la justice et la République. Ouvrons l'oeil : la connerie, le racisme, ça repousse comme le chiendent. " (Michel Duran, Le Carnard Enchaîné)

"Le film de Jean Chérasse matérialise une conception de l'histoire, une saisie de l'histoire qui stimule pour la première fois dans le cinéma politique français, "la mémoire populaire" dont Michel Foucault dénonça la jugulation. Pour ceux qui ont le goût des formules, disons qu'on ne confond plus mémoire et souvenir. "Dreyfus" est une oeuvre matricielle." (Jacques Grant, Cinema 75)

"Un événement cinématographique, une entreprise courageuse, militante et méritante" (La Vie Ouvrière)

"Un film important qui présage de ce que pourrait être un grand cinéma réellement historique" (Telecine)

"Un exposé simple, clair, lumineux. Une démonstration incisive et accablante. Un film à ne pas manquer." (Lutte Ouvrière)

etc...etc...

NB/ j'ai reçu également des dizaines de lettres d'insultes. Et aussi trois menaces de mort.

Jean A.Chérasse

 

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