On a dit, écrit et répété mille et une choses sur Nicolas Sarkozy, ici comme ailleurs. Et dans l'exécration du personnage,je n'ai pas été le dernier... Cette glose me parait être bien quintessenciée par une tribune de Jean-François Kahn, publiée dans le dernier numéro du Point.
Elle est intitulée : "Cinq raisons pour lesquelles Sarkozy peut être réélu".
Je résume :
1) il bénéficiera de la "prime au sortant" (10% de l'électorat,le plus âgé,est influencé par cette "garantie" de légitimité)
2) si on peut dire qu'il est "le plus mauvais président de la Ve République",on peut admettre qu'il est le "meilleur candidat que la République ait produit depuis l'après-guerre"
3) il est soutenu par son camp,même s'il est critiqué,alors que son adversaire est à la tête d'une coalition hétéroclite et sans doute éphémère où la conspiration des ego n'est jamais éteinte...
4) il ne s'embarrasse pas d'éthique. Pour lui,tous les coups sont permis. "A la boxe,un spécialiste des sports de combat a des chances de l'emporter sur une cheftaine évangéliste"
5) comme Berlusconi et Poutine,il contrôle directement ou indirectement les médias audiovisuels
A cette analyse lucide et pertinente,j'ajouterai cette remarque,qui me semble importante : le corps électoral s'est transformé peu à peu au cours de ces dernières années avec l'omniprésence de l'image télévisée, l'utilisation massive du téléphone portable et d'internet. Nous avons changé de société. L'électeur n'est plus seulement un "citoyen",c'est à dire une personne civique vivant dans une communauté, sous un régime républicain. Il est devenu un citoyen-consommateur,individualiste,c'est à dire une personne désirante,qui en veut plus. La richesse plus que la solidarité. Et,pour cette raison essentielle (et probablement inconsciente) il est ou sera séduit par le candidat-bateleur et son dynamisme affiché (les jeunes diraient son énergie). C'est aussi l'une des clés pour comprendre le score invraisemblable de DSK dans les sondages. On préfère le rusé ou le malin à l'humaniste ou au généreux.
Nos institutions se sont-elles adaptées à ce changement ? Rien n'est moins sûr. Et j'ai bien peur que les "cinq raisons de JFK" soient des raisons que la raison va bientôt connaître...