La bien-pensance inclusive

Les réactions diverses et variées à "l'affaire Hulot", qui oscillent de la haine la plus pure à la miséricorde ironique au second degré, me donnent l'occasion de réfléchir à cet étrange climat de bien-pensance dans lequel nous évoluons cahin-caha...

Chacun sait maintenant que la république macronienne ne fera qu'accentuer la doxa ultra-libérale du régime  et que nous devrons laisser libre cours à l'économie de marché, au libre échange, à la mise en concurrence généralisée, etc pour favoriser l'accumulation du capital,  et admettre que l'on prenne aux pauvres pour donner aux riches afin qu'ils soient en mesure de profiter pleinement des bienfaits de la mondialisation.

Ainsi, en matière écologique, alors que le sort physique de la planète est en jeu, la bourgeoisie diplômée qui nous gouverne, a choisi de privilégier le court terme car elle est mue par l'irrésistible appât du profit et qu'elle est cuirassée par son omnipotence cognitive...

Alors, face aux souffrances et aux craintes des millions de nos contemporains, l'Etat s'est fait le porte-parole d'une bien-pensance inclusive afin que la population somatise son stress et se résigne à une politique pragmatique de petits pas qui donnent l'illusion que l'on mène le bon combat !

Mais l'intéressé lui-même (Hulot), dont je ne doute pas de sa sincère conviction écologique, a joué malheureusement ce jeu pervers en couvrant de fleurs ses bourreaux, comme s'il voulait terminer sa carrière de prophète de l'apocalypse dans un orgasme sado-masochiste.

Et cette situation absurde (et mortifère) ouvre un débat sans fin, clivant, stigmatisant et inclinant (comme ce fût le cas sur Mediapart depuis quarante-huit heures) à de nombreux jugements réducteurs et moralisants...provoquant la libération sauvage d'une agressivité issue de la souffrance sociale que provoque l'ultra-libéralisme : une culture du ressentiment et de la vengeance.

C'est ainsi que la bien-pensance, cette tyrannie ultra-libérale du bon sentiment, casse les codes habituels, la famille, les valeurs civiques, les repères de la démocratie. Elle se moque des pauvres et de leurs peurs, elle dévalorise leur culture, leurs croyances et diminue leur éducation. Le tout pour pouvoir les empêcher de penser et les rendre ainsi plus dociles à courber l'échine...

Quant à la "France d'en haut" , elle se donne le beau rôle en prônant la tolérance et l'anti-discrimination contre certaines minorités. Se voulant humaniste, elle souhaite dicter ce qu'il faut penser, préconise une censure des propos racistes, homophobes ou sexistes,etc...Mais sous ces airs bien convenables, les bien-pensants sont devenus une couche imperméable empêchant l'odeur de la misère sociale de se faire sentir auprès de la France "qui va bien". Elle tient fermement le couvercle de la cocote minute populaire pour éviter que celle-ci n'explose.

Les "marcheurs" d'aujourd'hui sont bien les dignes héritiers des "honnêtes gens" versaillais de 1871.

Il faut toujours soulever "les haillons hideux de l'histoire".*

* Pierre Lemaitre.

NB/ cf la lettre ouverte de Claire Nouvian : "Nicolas, merci d'avoir craqué !"

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