Je suis saisonnière agricole: l’esclavage n’a pas été aboli, il a juste changé de nom

Je viens de vivre une expérience professionnelle très désagréable et qui m’a épuisée.(...) Pas le temps ni de se moucher, ni de boire ou le tracteur s’éloigne et c’est de plus en plus dur. Je suis trempée de la tête aux pieds, sous-vêtements compris et j’ai un litre d’eau dans chaque botte.

Je viens de vivre une expérience professionnelle très désagréable et qui m’a épuisée. Je suis saisonnière agricole et il faudrait que je fasse 78h avant le 31 décembre pour pouvoir prétendre au chômage. J’ai donc accepté une courte mission pour cueillir des carottes et des brocolis, l’agence qui gère les saisonniers m’a contactée un mardi vers 15h pour commencer le lendemain à 8h. Seule indication : prévoir le repas du midi et des vêtements de pluie. Je n’avais malheureusement pas ce qu’il fallait alors je prends des bottes et un pantalon de ski qu’on me prête au dernier moment.

8h le lendemain, accueil glacial par la responsable, pas de présentation, les 3 autres personnes qui attendent avec moi ne connaissent pas non plus son nom, ni celui du patron d’ailleurs.

On ne sait pas à quelle heure on finit la journée. Mais on sait que si on ne travaille pas bien, elle nous vire direct !  

On la suit donc dans le froid jusqu’au champs où elle nous explique vite fait et sur un ton sec et très désagréable comment faire pour couper les brocolis avec l’opinel qu’elle vient de nous distribuer. On doit suivre le tracteur et couper à un rythme effréné, je suis vite essoufflée et en sueur. Pas le temps ni de se moucher, ni de boire ou le tracteur s’éloigne et c’est de plus en plus dur. Je suis trempée de la tête aux pieds, sous-vêtements compris et j’ai un litre d’eau dans chaque botte. Il est de plus en plus difficile d’avancer. Et on doit supporter les blagues sympathiques de la chef qui ricane « Allez là, t’es qu’une merde ! ». Très drôle…

Arrive enfin la pause de midi (car pas de pause depuis 8h), mais là, on a ordre de se rendre au champ de carottes à 10 minutes de route. On la suit donc, avec notre véhicule personnel, et on peut enfin se réchauffer un peu dans la voiture et manger. Mais déjà il faut y retourner, on reprend à 13h. La chef s’adresse à nous en criant et elle nous manque de respect. Quand on finit enfin la journée à 17h30 je rentre chez moi et fond en larmes, je suis épuisée et j’ai le moral dans les chaussettes mais il faut faire sécher mes affaires et préparer le repas pour demain, alors j’y vais, je ne baisse pas les bras.

J’ai travaillé comme ça encore une semaine et la chef m’annonce le jeudi que mon contrat se termine vendredi. Je suis triste car il me manque encore 36 heures, mais soulagée que se termine ce calvaire. Par contre, quand je reçois mon virement quelques jours plus tard, je suis consternée, 187 euros pour 42h ! Je vais devoir aller réclamer mes sous…

Autant de souffrance pour si peu, et maintenant je vais devoir me battre pour avoir ce qui m’est dû. Je suis fatiguée et triste. L’esclavage n’a pas été aboli, il a juste changé de nom et il n’y a plus de coups de fouets mais on n’en est pas loin.

Décembre 2020

Violencedutravail.com

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