Aide soignante: une vocation sans moyens pour travailler

Cela fait des années que rien ne change. Que dans chaque structure c’est toujours le même constat : surcharge de travail, manque d’effectif, manque de temps, manque de moyens, manque d’humanité pour certaines structures. Il serait temps que nos corps de métiers soit revalorisé non seulement en moyens humains proposés mais aussi en moyens matériels et en moyens financiers.

Tout d’abord je précise que cela fait maintenant 15 ans que je suis dans le « corps médical », en tant qu’aide-soignante (Ehpad, MAS, IME, association, domicile).

D’abord en tant que stagiaire en alternance, je suis à mi-parcours de carrière avec des va-et-vient dans le domaine pour cause de surcharge de travail ou alors parce qu’émotionnellement parlant ça devenait trop dur. Mais mon métier aide-soignante de base, reste une vocation, on n’y entre pas par hasard et on n’y reste pas pour un salaire par exemple.

Cela fait des années que rien ne change. Que dans chaque structure c’est toujours le même constat : surcharge de travail, manque d’effectif, manque de temps, manque de moyens, manque d’humanité pour certaines structures. Il serait temps que nos corps de métiers soit revalorisé non seulement en moyens humains proposés mais aussi en moyens matériels et en moyens financiers.

Dans certaines structures, je me suis vue me faire frapper par des résidents âgés, je me suis retrouvée seule pendant des heures ou des soirées avec des autistes qui te mettent à terre en moins de 5 minutes, des patients âgés se permettent des réflexions sur la couleur de peau du personnel, j’ai vu et entendu des propositions plus qu’indécentes de la part de patients que ce soit dans des Ehpad public, privé, même constat partout.

Des soignants épuisés par la surcharge, la non-reconnaissance du travail fourni, de l’investissement qu’on y met. Oui parce que travailler dans le soin ce n’est pas fermer l’Ehpad, l’Hôpital, l’IME, la MAS, l’ESAT et se dire « Journée terminée ». Non. C’est se remettre en question constamment sur sa journée, à savoir si on n’a pas oublié ci, oublié ça pour tel ou tel patient. Car nous travaillons avec des humains et la déconnexion est parfois difficile. En tout cas pour ma part.

Un minimum de reconnaissance de l’Etat serait plutôt agréable parce que ce n’est pas des applaudissements aux fenêtres pendant 2 mois qui nous ont vraiment réconfortés et encore moins en cette « 2eme vague » puisque plus personne ne le fait. Les discours sont différents partout pour la Covid19, les services se font contaminés à une allure qu’on n’imagine pas, malgré toutes précautions prises et des tests toutes les semaines pour le personnel soignant des structures (celles qui en ont les moyens). Quand on n’est pas à l’intérieur et qu’on ne le vit qu’à travers la TV c’est difficile de comprendre je pense. C’est anxiogène via la TV mais en vrai, ça l’est encore plus.

Porter sans cesse pendant 10h des triples épaisseurs, double masques (un basique + un FFP2), doubles gants en latex, sur chaussures, lunettes, charlotte, visière. Et en changer toutes les 20mn est épuisant. Même quand on n’est pas hypocondriaque on le deviendrait presque avec tous ces protocoles à respecter mais par contre la vie à l’extérieur continue sans penser vraiment à ce qui se passe dans le domaine médical. On donne des chiffres, mais on ne filme pas l’intérieur de chaque structure, qui sauvent des vies, dans chaque endroit, qui apporte soins et services à la population de ce pays.

Novembre 2020

Violencedutravail.com

Un témoignage à retrouver ici : https://www.violencedutravail.com/aide-soignante-une-vocation-sans-moyens-pour-travailler/

 

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