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Billet de blog 26 nov. 2021

Petites ou grandes violences silencieuses au quotidien

Je suis professeure des écoles depuis 26 ans. En région parisienne depuis 2003. J’ai ressenti les premières violences dès le début de carrière, quartier sensible, mais non ZEP. Sans moyen.

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Voilà comment nous traite l’Éducation Nationale… petites ou grandes violences silencieuses au quotidien.

Je suis professeure des écoles depuis 26 ans.

En région parisienne depuis 2003.

« J’ai ressenti les premières violences dès le début de carrière, quartier sensible, mais non ZEP. »

J’ai ressenti les premières violences dès le début de carrière, quartier sensible, mais non ZEP. Sans moyen. Parents parfois violents vis-à-vis de leurs enfants et des enseignants. A gérer au quotidien des situations de maltraitance (viols, violences physiques et morales). Cela semblait être « normal » !

C’est en changeant de département (arrivée en Ile de France) que j’ai compris que ce que j’avais pu connaître ne relevait pas de mon métier… parce qu’un inspecteur bienveillant (parfois il en existe, mais pas assez nombreux…) m’a expliqué que je n’étais pas assistante sociale…

Ce genre de situation, je ne les ai pas revécues rapidement. Heureusement !

Mais depuis 10 ans, je retrouve ce type de violences et j’ai vécu des situations de violences à mon égard par des parents et par notre institution, l’Éducation Nationale.

Il y a environ 10 ans, je décide de me lancer dans l’éducation spécialisée (CAPA-SH). Je commence ma formation en juin. Septembre : poste dans une école dont les collègues me reprochent d’avoir « piqué » la place de la précédente collègue … pas de mon ressort, mais ambiance horrible. Le poste n’est même pas adapté à la formation. J’abandonne sur ordre de mon médecin en février, car je ne dors plus, je fais de l’hypertension et j’ai des douleurs dans toutes mes articulations…. tout cela s’arrête au bout de 15 jours….

Retour sur poste banal. Je suis beaucoup mieux physiquement et moralement.

« Parachutée, directrice par intérim »

Il y a 8 ans, je me retrouve parachutée le 2 juin en intérim de ma directrice qui est tombée gravement malade…. et je dois supplier l’inspectrice pour avoir une remplaçante afin d’avoir une décharge pour pouvoir assurer la préparation de la rentrée, car je suis en classe toute le journée. Et j’assume toutes démarches demandées par l’inspectrice et la mairie.

Nous commençons la rentrée en septembre sans notre directrice qui devait revenir. L’inspectrice m’appelle le jour de la rentrée à midi pour savoir si j’accepte l’intérim à nouveau. Pourquoi pas ?

Cette année se passe correctement, mi-temps classe, mi-temps déchargée pour la direction, je tente donc le « mouvement » et demande ce poste de direction que je savais être vacant. Je l’obtiens.

Et là, les ennuis commencent :

Je me fais bousculer par un papa mécontent, car à cause de Vigipirate, je n’autorise pas les poussettes dans les locaux… dépôt de main courante, jamais aucune excuse de la part de ce papa. Quand je demande à mon inspectrice au bout de 2 mois ce qu’il en est (aucune mesure contre cette personne), on me répond que cela remuerait trop le couteau dans la plaie et qu’il est trop tard….

La même année, un autre parent vindicatif (il « embête » tous les directeurs et toutes les directrices, la mairie….) fait des histoires pour tout. Jusqu’à porter des propos diffamatoires envers la mairie et aussi des enseignants. Fait annuler et reporter les élections de parents d’élèves. Il inonde la boite mail de l’école plusieurs fois par semaine (mails de plusieurs pages). Nous recevons même l’inspectrice d’Académie et son adjointe sur le groupe scolaire (maternelle et élémentaire). Cela dure toute l’année. Je suis limite en dépression, mais je tiens le coup car je décide de participer au « mouvement » pour retrouver un poste d’enseignant « banal ». Mon inspectrice ne comprend pas pourquoi…

Ouf, j’obtiens un poste voulu ! la situation se calme et je vais mieux.

« 3 ans plus tard.. »

3 ans plus tard, problème avec une maman qui refuse que sa fille pratique le « yoga » que je fais en maternelle, car contraire à sa religion… elle arrive même à avoir un certificat de son médecin. Puis s’enchaînent les soucis avec cette maman. Je demande à être reçue par mon inspectrice, je ne dois pas employer le mot « yoga », car il a une mauvaise « connotation ». Je dois dire « pratique corporelle de bien être » alors même qu’une association est agréée par le ministère de l’éducation nationale, il s’agit de la R.Y.E : « recherche pour le yoga à l’école » !!!! Mais moi, je n’ai pas le droit d’utiliser ce mot !

Cette maman arrive encore aujourd’hui à poser des problèmes auprès des enseignants et du directeur de l’élémentaire….

« Mars 2020…confinement »

Mars 2020…. confinement…

J’apprends que les écoles ferment, mais au final qu’il faut tout de même accueillir les enfants des personnels soignants, le même week-end. Comment s’organiser ? je demande à ma directrice qui me répond qu’il faut avoir un peu de « légèreté » !!!!!

Nous apprenons que seuls les enseignants volontaires peuvent venir, les autres en « télétravail » pour la continuité pédagogique par lettre du ministre et du recteur. Lettre non transmise par notre directrice…. à plusieurs professeures, nous décidons d’avertir le dimanche soir que nous ne sommes pas volontaires et que nous serons en télétravail dès le lundi 8h20.

Au déconfinement, cela ne se passe pas bien. Nous ne savons pas comment va se dérouler cette « rentrée » en petits effectifs.

Je craque et je ne peux pas pas y aller. Mon médecin me fait alors un certificat médical pour que je ne retourne pas à l’école. Je suis sous anxiolytique depuis l’annonce du déconfinement. J’arrive enfin à y aller pour le 22 juin. 

Nous attendons de savoir comment se passera la rentrée de septembre…. Malgré l’annonce de JMB, rien n’est mis en place !

En juin/juillet, avec quelques collègues, nous remplissons des fiches du registre santé et sécurité au travail… aucune réponse de la hiérarchie….

À la rentrée de septembre, rebelote : encore des fiches. Demandant des masques chirurgicaux et une formation pour poser sa voix…. on nous dépêche la conseillère pédagogique chargée de prévention qui nous répond que nous faisons de la politique et du syndicalisme lorsque nous parlons des masques ! Elle était donc chargée de nous mettre un « coup de pression » pour tenter de nous faire taire !

Je contacte la psychologue du rectorat et je relance auprès du CHSCT. Grâce à ces 2 « instances », nous renvoyons un mail en les citant, pour redemander des masques chirurgicaux et non les masques tissus. (Je rappelle que les masques Dim étaient a priori toxiques.)

Nous arrivons enfin à en obtenir 1 boite par enseignant. Mais aucune indication quant au renouvellement. Il faudra donc en refaire la demande.

Toujours en attente d’une formation sur la voix, mais on nous envoie un PDF du site éduscol sur la voix et la chorale…. mais rien sur la voix et le port du masque et des conséquences sur les cordes vocales….

Voilà comment nous traite l’Éducation Nationale… petites ou grandes violences silencieuses au quotidien.

Merci de m’avoir lue.

Décembre 2020

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