Des gâteaux à en être écœurée

Stéphanie fait des gâteaux dans une petite boutique. Des collègues du même âge, un patron sympa, l’ambiance est familiale. Il a ouvert il y a quelques années et après des débuts difficiles, les commandes décollent enfin...

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Stéphanie fait des gâteaux dans une petite boutique. Des collègues du même âge, un patron sympa, l’ambiance est familiale. Il a ouvert il y a quelques années et après des débuts difficiles, les commandes décollent enfin. L’équipe s’agrandit. Stéphanieest ravie de travailler là même si ce n’était pas son projet professionnel de départ, elle est autonome, apprend des choses, perfectionne les recettes des gâteaux jusqu’à en faire sur son temps libre pour les offrir à son entourage. 

Ça marche bien, une deuxième boutique a ouvert, les commandes affluent. Stéphanie, motivée et encouragée par son patron à prendre plus de responsabilité,court entre les 2 boutiques. Ses horaires de travail sont chamboulés, elle commence à avoir l’impression qu’elle n’a jamais assez de temps. 

Et puis, un jour, le patron annonce que la 2èmeboutique ferme, pas assez de chiffre pour payer le loyer parisien peut être malgré le succès, il n’en dit rien, c’est juste comme ça. Le nombre de salariés est divisé par 2. Mais le nombre de commandes reste important et son patron les prend toutes sans demander à ceux qui produisent si c’est possible ou non. Il faut faire du chiffre. Les mois qui suivent ne sont qu’un long tunnel de jours monotones : le matin on prépare la pâte, l’après-midi on confectionne les gâteaux, on les met au four en continue, puis ils sont conditionnés. Tout ça à la main, un par un. En même temps, il faut servir les clients (avec le sourire !). Faute de temps, Impossible d’anticiper et d’avoir du stock -généralement entre 2 commandes, elles avaient pris le temps de préparer des gâteaux en avance à congeler-, impossible de prendre une vraie pause, de poser des congés, d’être arrêté pour maladie ou même de rigoler entre collègues. En plus certaines commandes sont annulées à la dernière minute, pour toute l’équipe, cela génère une immense frustration, du temps perdu, de l’énergie gâchée qui aurait pu être utilisée pour se reposer ou mieux s’organiser. Peu à peu, toute l’équipe commence à avoir mal aux épaules, au dos, aux poignets à force de faire des centaines de fois les mêmes gestes tous les jours. 

Stéphanie est dégoutée des gâteaux, ça l’écœure, l’odeur, la pâte, ça lui donne la nausée

Stéphanie est dégoutée des gâteaux, ça l’écœure, l’odeur, la pâte, ça lui donne la nausée. Le soir, elle a des migraines et du mal à dormir, elle n’a plus ni le temps ni l’énergie de voir ses amis ou sa famille. Malgré son jeune âge -elle a 25 ans-, son énergie vitale est comme aspirée par son travail. Elle a l’impression d’être un zombie, elle vient en retard alors qu’elle était toujours en avance avant, devient froide avec les clients.

Lorsqu’elle et ses collègues s’autorisent à dire au patron qu’elles sont épuisées et qu’il faut recruter quelqu’un pour les aider et essayer de mieux gérer les commandes, il répond que la pression est normale en restauration, que c’est un problème d’organisation de leur part mais, il promet tout de même de venir les aider. Elles sont très déçues, même si peu surprises, de sa réaction : il n’entend pas leurs souffrances et n’apporte pas de vraie solution voire empire le problème. Présent de manière ponctuelle, il fait des erreurs qu’elles doivent rattraper, ou leur fait perdre du temps car il ne sait pas où sont les choses, fait des remarques sur la manière dont elle travaille « il faudrait que ci ou ça ». Quand il vient, il s’insère dans une organisation qui tourne et finit par la dérégler. Finalement, il ne les aide pas vraiment, au contraire, elles ont parfois l’impression que cela leur rajoute du travail et se sentent même contrôlées parfois. 

C’est la baisse d’activité quelques mois après qui la sauvera. Le nombre de commandes diminue lui permettant d’avoir un jour de repos en plus, ça lui permet vraiment de souffler. Elle revoit ses amis, sa famille, ça lui fait beaucoup de bien, elle se retrouve, elle a commencé à chercher un autre travail, elle se reconstruit petit à petit. 

Sa collègue, n’a pas eu cette chance, malgré la baisse de la charge de travail, elle a fait un burn out. A 24 ans. 

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