Julien, aide-soignant en intérim

Témoignage d'un aide-soignant en intérim qui travaille en ce moment en pleine pandémie.. «J’ai beaucoup de missions en Ephad. Et là, je peux vous dire, c’est la guerre. Le personnel ne subit pas le manque de moyens comme à l’hôpital. Il n’a carrément rien. Pas de masque.»

https://www.violencedutravail.com/2020/03/27/julien-aide-soignant-en-interim/

Je suis aide-soignant en intérim. Tous les jours, je vais au front alors que j’aurai pu rester planqué chez moi. Je ne devais pas travailler le mois d’avril mais quand j’ai vu tout ce bordel j’ai appelé mon agence d’intérim et je leur ai dit que je culpabilisais de ne pas travailler.

Alors j’ai repris pour aider les équipes face à la rupture.

J’ai beaucoup de missions en Ephad. Et là, je peux vous dire, c’est la guerre. Le personnel ne subit pas le manque de moyens comme à l’hôpital. Il n’a carrément rien. Pas de masque. Parfois des masques chirurgicaux mais jamais de FFP2. Je sors d’un Ephad où 10 membres du personnel sont touchés par le covid. Quasiment tous les résidents sont atteints. Ils ont enfin reçu des protections mais c’est déjà trop tard.

Et moi, en tant qu’intérim j’ai dû m’énerver pour que l’on me prête des tenues (je parle de la blouse) car oui, les intérimaires sont en général obligés d’amener leur tenue et les laver chez eux. Et ce, même en pleine épidémie. Je suis venu renforcer mais en vérité l’intérimaire aide-soignant c’est du personnel sacrifiable. Tant pis s’il refile le covid à ses proches. On parle de prime pour les soignants mais on oubliera les intérimaires qui eux ont choisi d’aller au front.

Je veux également parler des infirmières libérales qui prennent tous les risques avec très peu de moyens. Les seuls masques qu’elles ont, ont été donnés par un carrossier. Pareil pour les quelques combinaisons. Une entreprise de BTP leur en a donné. Mais rien de l’État. Alors on les envoie au front. On les applaudi à 20h. Mais le pire s’est que notre président leur a doublé leur cotisation retraite à tel point qu’elles se demandent si c’est encore rentable de travailler en libérales. Et on compte sur elles pour gérer une épidémie de cette ampleur. Sans rien. On parle de vocation. Cela sert à justifier les bas salaires. Mais ça ne justifiera jamais les risques que nous prenons juste par le fait que l’on n’a rien.

Intérimaire ou libéral, on est seul.

Violence du travail

*Prénom modifié

Merci pour ce témoignage qui fait suite à l'appel à témoignage de cette semaine que vous retrouverez sur le blog: https://blogs.mediapart.fr/violencedutravailcom/blog/260320/quand-la-violence-pandemique-demultiplie-la-violence-du-travail

"A l’heure où le covid-19 amène certaines populations à continuer à travailler coûte que coûte, où il est demandé à d’autres de faire du télétravail, à d’autres d’être en activité partielle et où le gouvernement réduit les droits des salariés, il nous paraît nécessaire de rendre visible ce qui se passe dans le monde du travail. Témoignez ! "

Si vous aussi vous voulez témoigner écrivez nous à contact@violencedutravail.com

 (Il n’y a pas de format pour témoigner, faites comme vous le sentez. Les témoignages sont anonymisés.)

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