Un point sur la réforme des collèges

Ce texte donne une vision d'ensemble de la réforme et de ses difficultés d'application.

Je suis d’accord avec les finalités de la réforme telles qu’elles sont décrites dans l’annexe du décret du 31 mars 2015

« [La scolarité obligatoire] donne aux élèves une culture commune, fondée sur les connaissances et compétences indispensables, qui leur permettra de s'épanouir personnellement, de développer leur sociabilité, de réussir la suite de leur parcours de formation, de s'insérer dans la société où ils vivront et de participer, comme citoyens, à son évolution. »

C’est-à-dire que le collège ne doit plus être une préparation au lycée général mais être une préparation à toutes les formations après le collège.

 Cela veut dire que le nouveau collège :

-          Doit permettre à tous de progresser, y compris ceux qui ont des fortes lacunes dans l’acquisition des fondamentaux et des méthodes de travail (quelle qu’en soit la raison), y compris les meilleurs en leur donnant des défis à leur niveau.

-          Doit préparer à tous les parcours d’après collège, non pas seulement au lycée général.

 Pour le contenu du socle a été défini dans le décret du 31 mars 2015.

Le socle contient cinq domaines de formation qui définissent les grands enjeux de formation durant la scolarité obligatoire :

  • 1° Les langages pour penser et communiquer   
  • 2° Les méthodes et outils pour apprendre
  • 3° La formation de la personne et du citoyen
  • 4° Les systèmes naturels et les systèmes techniques
  • 5° Les représentations du monde et l'activité humaine

Pour cela, le choix a été fait que les moyens en dotation horaire en plus de la semaine « normale » ne seront plus utilisés pour donner des plus à ceux qui ont le plus de facilités d’apprentissage.

Le collège que j’imagine à quatre missions :

Mission 1 –  Mettre en place une ambiance scolaire et un accompagnement des jeunes pour que chaque jeune soit dans une disposition d’esprit propice aux apprentissages.

Mission 2 – Faire que tous les jeunes soient armés au mieux pour s’intégrer dans le monde des adultes (fondamentaux de lecture et de calcul, connaissances des codes de vie en communauté et du respect, accompagnement vers une formation dans le but d’une vie d’adulte autonome).

Mission 3 – Faire que la quasi-totalité des jeunes aient les connaissances et connaissances du socle de compétence et de culture.

Mission 4 – Donner le goût pour la connaissance, faire progresser chaque jeune dans son envie d’apprendre et de connaitre le monde, faciliter l’autoapprentissage des meilleurs (par des ressources sur Internet).

 

Tout me donne à penser que le projet de la ministre est identique.

Quelles sont les réticences ?

-          Il y a les résistances corporatistes  mais légitimes des profs d’Allemand qui mettent le maximum de pression pour garder le plus possible de classes faisant Allemand en primaire et Allemand Bilangue au collège. 

- Il y a les réticences de la majorité des enseignants qui veulent garder des classes "CAMIF". Les groupes qui agissent autour de l'Education Nationale appellent classes "CAMIF", les classes à option (Latin, Allemand première langue,etc.) qui permettent aux parents informés de mettre leur enfant dans une classe où les perturbateurs sont exclus et les exigences plus fortes. La "CAMIF" est l'ancien nom d'une mutuelle réservée aux enseignants dont les enfants sont nombreux dans ces classes. En effet, ces classes ont 3 rôles secondaires:

  • rôle 1 : certains parents auraient mis leurs enfants dans le privé si ces classes n'existaient pas. Cela apporte une mixité aux établissements, même si ce n'est pas dans toutes les classes. 
  • rôle 2 : elles permettent de ressourcer les enseignants qui ont au moins quelques heures où ils peuvent aider correctement tous les jeunes,
  • rôle 3 : elle permet de tirer quelques jeunes en grande difficulté. En effet, dans ces classes un meilleur soutien est possible.

Ce n'est pas une solution globale pour le collège, mais tant que le nouveau collège n'a pas fait la démonstration qu'il apporte une solution satisfaisante pour faire progresser tous les jeunes, les enseignants y tiennent. 

-          Il y a aussi les enseignants qui seraient d’accord avec les finalités de la réforme, mais qui ne sont nullement convaincus par ce qui se met en place. D’autant que le collège Clisthène, présenté à la télé comme le modèle à imiter, choisit ses enseignants et le nombre d’élèves par classe. Son caractère expérimental crée un effet Hawthorne. Pourtant, il n’y a pas de différence significative dans le résultat des élèves. L'EN aurait dû conclure que ce type d'enseignement est inefficace. 

Les craintes sont celles-ci :

-          La peur des moyens insuffisants. Ces dernières années il a fallu absorber les mi-temps des stagiaires en ESPE et l’augmentation des effectifs d'élèves sur la France. Le nombre d'élèves par classe a légèrement augmenté. Cependant à la rentrée 2016, la situation devrait s'améliorer. En tous les cas, les postes sont financés dans les budgets. C'est normal que les enseignants se méfient. Il y avait eu des promesses de moyens pour l’organisation des « Accompagnements personnalisés » au lycée qui n’ont pas été tenu. Les APs ont été une variable d’ajustement.

-          La capacité de mettre en contenu aux APs de 6ème. Si l’organisation est la même que celle du lycée, cela sera une perte de temps pour tout le monde. Il faut donner une finalité ou un programme à ces heures. Par ailleurs, il n’est pas possible de personnaliser quoi que ce soit à 28 par groupe.

-          Le scepticisme sur le bienfondé des EPIs. Il y a eu les IDD au collège il y a une dizaine d’années et PPCP au lycée pro, qui ont échoué. Mon neveu a fait un TD sur le design dans une classe de collège. On leur a distribué des stylos à bille et du papier de couleur, il fallait décorer les stylos avec le papier de couleur. L’EPI montré en exemple à la télé était un tract en Espagnol pour des paysans. Tout cela n’a aucun intérêt pour comprendre la technologie, la culture ou le fonctionnement du monde. L’EPI est une méthode d’apprentissage qui demande beaucoup plus de temps de préparation que les méthodes plus classiques ainsi qu’un dédoublement des classes. Donc, cela pompe de la dotation horaire pour un résultat médiocre. Pour qu’ils aient une valeur ajoutée il faut qu’ils soient une occasion pour se confronter avec le monde des adultes de manière à en comprendre certains codes ou pratiques. Ces activités fonctionnent très bien dans les structures expérimentales avec des enseignants volontaires, mais jusqu'à maintenant la généralisation a toujours échoué. Le Québec qui avait généralisé le principe des EPIs sur la totalité de l'horaire vient de faire le bilan: désastreux. ( http://www.lepoint.fr/societe/reforme-du-college-le-fiasco-quebecois-11-03-2016-2024736_23.php ). Hors, c'est la solution que préconise certains alliés de la réforme parfois maladroitement appuyés par des personnes haut placées à la DGESCO. L'incapacité de la ministre à avoir une parole claire sur ce sujet crée une confusion. 

-          Dans de nombreux établissements, les enseignants n’ont pas confiance en leur hiérarchie, car chaque fois que celle-ci s'est intéressée à un gadget pédagogique, elle s'est plus focalisée sur la "façon d'être de l'enseignant" que sur la "transmission de connaissance et compétence". Or, pour que cela marche, il faut faire le contraire.

Je suis convaincue qu’il faut que les collégiens aient des activités d'ouverture au monde dans un pourcentage compris entre 10% à 20%, mais des vraies pas des trucs artificiels. Or, si les sujets sont déconnectés des réalités du monde, les EPIs seront contre-productifs. 

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