Taille de classes et la note incomplète en faveur des classes-caméras de Blanquer

Une étude de l’IPP conclut que le passage de 24 élèves à 12 élèves sera bénéfique pour certains élèves. Personne n’en doute. Cependant, il y a des arrangements de présentation sur les conclusions de la note.

Ce que j’appelle, une classe-caméra est une classe dédiée à faire un sujet pour les infos de 20 heures. Ce que proposent ces classes est leplus souvent efficace mais non efficient, et n'est jamais généralisable tel quel. Blanquer était coutumier de ces mises en scène quand il était DGESCO de Sarkozy  entre 2009 et 2012. La règle des classes-caméras de Blanquer est de donner 30% de moyens de plus que ce qui est nécessaire. Les classes avec sport tous les après-midi ou les internats d’excellence étaient dans ce tuyau. Les caméras étant occupés par ces classes-là, représentant 0,5% des élèves, les 99,5% autres élèves de la cohorte étaient des oubliés de la République, dans des classes surchargées sans action pertinente. C’est sous le DGESCO Blanquer qu’il y a eu les pires actes de pédagogos sur l’enseignement scientifique au niveau lycée. La STI2D pour laquelle les enseignants n’arrivaient plus à trouver du sens à leur enseignement, et la S dont l’enseignement scientifique était cadré pour ceux qui allaient faire HEC puis l’ENA, non pas pour préparer les études supérieures en science. Les universités ont tiré la sonnette d’alarme car les élèves ne savent plus faire une démonstration.

Je rappelle car dans le monde de la gestion.

  • « Efficace » veut dire on arrive au résultat.
  • « Efficient » veut dire on arrive au résultat au plus juste coût.

Avoir un modèle de classe « efficace » mais qui coûte un tiers plus cher que ce qui est nécessaire n’est pas une bonne politique, car cela ne sera jamais généralisé, et cela créé de l’hypocrisie qui rend impossible de construire la confiance. Personne ne peut dire dans le système scolaire qu’untel a trop de moyens, et donc on traîne des non-dits. Pour moi, ce n’est pas avec ce genre de bidouille que l’on peut reconstruire l’école de la confiance.

La note et ses conclusions biaisées

La note dont je fais allusion est : La taille des classes influence-t-elle la réussite scolaire ? (Septembre 2017) Elle a été produite par un institut qui a un site web et qui fait des notes de niveaux divers et s’appelle « Institut des Politiques Publiques ».

Je rappelle, et il suffit de lire mes écrits depuis 2012, que je suis convaincue qu’une des 4 missions de l’école obligatoire est de  « faire que tous les jeunes soient armés au mieux pour s’intégrer dans le monde des adultes (fondamentaux de lecture et de calcul, connaissances des codes de vie en communauté et du respect, accompagnement vers une formation dans le but d’une vie d’adulte autonome)  (mission 2). Les moyens doivent être mis pour que la lecture et le calcul soient acquis au bon moment et les moyens doivent être mis pour rattraper les lacunes quand ces fondamentaux ne sont pas acquis. Donc qu’il faut donner plus de moyens en REP+

La note conclut que :

  • Le passage de 24 à 12 élèves améliore les performances moyennes. Le biais manipulatoire : Oui mais le passage de 24 à 18 élèves aussi. Aucune étude ne montre que c’est intéressant de passer de 18 à 12.
  • Les effets existent y compris quand les enseignants ne sont pas accompagnés. Biais manipulatoire : Les moyens mis pour accompagner les enseignants seraient plus efficace que le passage de 18 à 12.
  • Cet investissement est rentable. Biais manipulatoire : D’autres investissements qui aident à prendre en compte ceux qui ont des difficultés particulières d’apprentissage sont encore plus rentables.

Cette note montre une efficacité, mais pas une efficience. Or l’Education nationale est à budget contraint. Ce qui est donné à Pierre est pris à Paul. Et pour le passage de 16 élèves à 12 élèves, le bilan « gain à cause ce qui est donné Pierre » auquel on retranche « perte à cause de ce qui est pris à Paul » est négatif.

Les biais théoriques

Il y a des biais manipulatoires dans les conclusions. Il est dit c’est efficace pour certains élèves, non pas pour tous, et il est oublié de dire qu’il existe des moyens plus efficients que la diminution jusqu’à 12 élèves.

Une autre inconnue est décrite dans le texte, mais oubliée dans les conclusions. La non-linéarité de l’effet de la taille de classes. Passer de « 30 à 20 » n’est pas la même chose que de passer de « 20 à 10 ».

En effet, la taille des classes a un effet sur 4 éléments :

  • Le temps pris sur le cours pour la tenue de classe (climat de discipline),
  • La charge mentale utilisée par l’enseignant pour la discipline (climat de discipline),
  • La capacité de créer une dynamique de classe avec de l’entraide
  • Le temps disponible pour vérifier que chaque enfant mette bien en place des routines d’apprentissage efficaces.

Pour une classe avec une hétérogénéité moyenne, il y a un seuil aux alentours de 26-28 où la classe passent dans l’ingérabilité. Le prof prend du temps sur son cours pour obtenir un climat de discipline.

Il y a un seuil autour de 18, à partir duquel l’enseignant doit utiliser une grande partie de sa charge mentale pour les aspects de discipline et il a moins de disponibilité d’esprit pour s’occuper de faire avancer les plus en difficultés.

Il y a un seuil au-dessous de 16 où la dynamique de groupe se met moins bien en place.

Il faut ajouter à cela le besoin de suivi de chaque élève qui dépend de la population de la classe.

Nous avons là la démonstration que l’influence n’est pas linéaire.

En conclusion

Il est indispensable de bien ancrer les mécanismes de la lecture avec la construction de sens chez tous les enfants de CP de France.

Actuellement, il y a trop de facteurs, on ne peut rien conclure des études qui sont contradictoires. La diminution des classes à un niveau où l’enseignant n’ait plus à utiliser de « sa charge mentale » pour faire de la discipline, et qu’il ait le temps de s’occuper de chaque enfant pour la mise en place des routines d’apprentissage efficaces est un facteur d’efficience. Si on regarde les choix faits pour les classes pour les élèves ayant de gros problèmes de comportements  et les classes privé hors contrats, ce nombre est 16 à 18, non pas 12. Par ailleurs, il est indispensable d’avoir des formations et des échanges d’expérience pour aider les enfants à besoin particulier. Le dispositif « plus de maîtres que de classes » aide les échanges, non pas celui des classes à 12.

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