Les dangers de l’économie libérale version Valls-Macron

Ceci billet explique les principes de l'économie réelle, et pourquoi les dogmes présentés par les journaux économiques comme la réalité, sont faux. Il est explique pourquoi les lois ne doivent pas être faites par quelques personnes dans la tour d'ivoire de Matignon ou de l'Elysée, mais par un travail de co-construction entre les députés et les services chargés de leur application.

Ce bloc a été depuis son ouverture en 2012 dédié à l’école, ses dysfonctionnements et des propositions pour changer la gouvernance.

Ce billet fera exception. Il parlera d’économie et de la confusion sciemment créée par Valls-Macron sur l’impact réel de certaines lois sur l’économie. Il nous est dit : Nous proposons des lois pour libérer le travail. En réalité, ce qui a été libéré est la possibilité pour les « actionnaires voraces » de faire des bénéfices aux dépens de l’emploi et de piller le savoir-faire français.

Il faut être réaliste. Le patron d’une TPE veut la continuité de son activité. Il attend de ses collaborateurs qu’ils fassent un travail fiable de manière à avoir des clients satisfaits. Le patron d’une grande entreprise veut des bénéfices pour les actionnaires. Les conséquences peuvent être nuisibles à la continuité de l’entreprise.

Macron est tellement lié au milieu de la finance que l'on peut craindre qu'il continue dans la même voie.

Macro-économie et Micro-économie

Il existe deux manières de voir l’économie : la macro-économie et la micro-économie. 

La macro-économie correspond aux les sciences de l’économie vues globalement. Exemple, si j’augmente le smic, quelles sont les conséquences sur les finances des entreprises et sur les dépenses des ménages ? Des économistes analysent les chiffres globaux et en tirent des conclusions.

La micro-économie concerne la compréhension des comportements des responsables d’achat, des consommateurs, des chefs d’entreprises dans une situation donnée. Exemple dans le cas d’une nouvelle loi régissant le code du travail, le responsable d’une TPE sera désemparé, le responsable d’une grande entreprise y verra une opportunité de faire de l’optimisation fiscale.

L’intérêt de la macro-économie est qu’elle est faite sur des chiffres auditables (vérifiables par une autre personne). Elle a deux gros défauts. Elle s’appuie sur les données chiffrables qui décrivent très imparfaitement l’économie. Elle ne peut donc pas prendre en compte de manière pertinente la perte du savoir-faire et de la connaissance, les risques de pertes de marchés. Elle est centrée sur les bénéfices à court terme et non pas sur la viabilité à long terme et sur les effets induits qui sont imparfaitement décrits.  Le deuxième inconvénient est qu’elle prévoit l’avenir à partir du passé. Pour reprendre une image proposée par Dominique Genelot « cela correspond à conduire une voiture en regardant uniquement dans les rétroviseurs. Cela marche très bien… quand la route est droite. ».  Or, avec internet et le flux des transports internationaux, nous ne sommes plus dans un monde stable comme dans les années 50-70, mais dans un monde en perpétuel changement. Les lois économiques des années 1970 ne sont plus pertinentes. Le monde va trop vite pour établir des lois  macro-économiques pertinentes.

Mathématiquement la macro-économie est le résultat de la somme des actes de micro-économie. Un peu comme les rivières, à l’air libre et souterraines, sont le résultat de l’eau de pluie qui est tombée et de tous les chemins d’écoulement naturels et artificiels. En fonction de la cartographie de la pluie, des réserves d’eau et de l’imprégnation des sols, le débit des rivières va changer. Mais s’il y a un tremblement de terre qui change la configuration, les rivières et les parcours de l’eau vont changer de place. Aujourd’hui il y a des « tremblements de terres » dans certains domaines de la technologie ou du marketing à des fréquences très rapprochées. Ce qui explique que les lois économiques des livres d’économie ne sont plus valables.

D’ailleurs les personnes chargées de sélectionner des prix Nobel l’ont bien compris. Depuis, 2012 ce sont des études liées à ce qui se passent au niveau micro qui sont récompensées, alors que la majorité des recherches portent sur les grands flux, là où il y a beaucoup plus de données.

Le dogme de l’ultra-libéralisme ne fonctionne pas en effet. L’ultra libéralisme est la suppression de toutes les lois et contraintes, tant pour les échanges commerciaux et que pour la protection des emplois.  D’ailleurs, les pays anglo-saxons qui vantent l’ultra-libéralisme pour les échanges internationaux, utilisent tous les artifices pour un protectionniste commercial en faveur de leur propre pays. L’ultra-libéralisme est aux dépens des pauvres de leur pays et aux dépens des autres pays et ne s’applique pas pour les importations dans leur propre pays. La France est considérée comme ayant une incroyable naïveté dans l’application de ces dogmes. Le nombre de lobbyistes Français à Bruxelles est incroyablement faible. Les représentants français qui travaillent sur la finalisation des textes d’application maîtrisent insuffisamment l’anglais pour participer aux discussions informelles où se prennent réellement les décisions. Or, la solution demande de comprendre comme se font les équilibres économiques pour chaque type de produits et mettre en place les mesures pour que ce ne soit pas au détriment de sa propre économie.

Une loi n’est pas perçue de la même manière par un.e responsable d’une TPE ou d’une PME qui n’a pas les moyens d’analyser toutes les lois, ou une grande entreprise internationale. Lorsqu’un patron de TPE est obligé par les prudhommes de reprendre un travailleur alors qu’il avait la preuve d’un vol de plusieurs milliers d’euros, pour une raison d’erreur de procédures, on se dit qu’il y a un problème. On ne peut pas organiser une activité économique et connaitre des procédures complexes. Pour une grande entreprise, une loi est une opportunité d’optimisation des bénéfices pour le dirigeant et par ricochet à court terme pour les actionnaires. Ils ont une armée de spécialistes du droit en gestion de personnel et en gestion financière, pour tout optimiser, parfois, avec une totale absence de scrupules sur les conséquences humaines. Dans ces deux cas, l’impact d’une loi est différent.

L’économie est un sujet hypercomplexe. Sur les sujets complexes, il est fréquent un ensemble de personnes en réseau se mettent d’accord sur un dogme faux, parce qu’il sert des intérêts personnels. Vous pouvez lire à ce sujet les billets sur l’éducation de ce blog, en particulier le dernier qui démonte deux dogmes. Qui possède les journaux économiques internationaux ? Les financiers anglo-saxons. Qui possèdent les grands médias français ? Des capitaines d’industrie proches de la droite du gouvernement Philippe.  Donc, ces sources ne sont pas fiables. Les dogmes sont choisis pour les bénéfices des actionnaires, non pas pour un équilibre économique socialement et écologiquement responsable pour la France.

La seule manière de valider une bonne loi est d’établir une typologie des « entreprises ou organisations ». Cette typologie est réfléchie pour prendre en compte la manière dont se font les équilibres économiques (dans une dimension socialement responsable). Pour chacun de groupe d’entreprises ou d’organisation de cette typologie, l’expérience, le bon sens et les retours d’expérience en France où à l’étranger permettent de se faire une intime conviction, puis surveiller ensuite les conséquences de la loi en utilisant la même typologie. Il faut une analyse de la « micro-économie » pour évaluer les conséquences sur la macro-économie.

Il faut faciliter la réussite des personnes qui créent de l’activité, de la connaissance et du savoir-faire sur la France. Cela veut dire qu’il faut installer le dialogue dans chaque entreprise. Mais il faut aussi éviter le pillage des entreprises Françaises par des actionnaires voraces qui veulent du profit à court terme, ou par des grands trusts étrangers qui veulent piller les brevets et le savoir-faire. Malheureusement ce pillage a été facilité par les lois Macron et El Khomri, à l’époque où ils étaient au gouvernement.

Voici les critères qui interviennent dans cette typologie.

  • Critère 1 : L’intention des dirigeants
  • Critère 2 : Le caractère abrité en France ou exposé de l’activité et donc de l’emploi.
  • Critère 3 : Le niveau de pression des clients ou du niveau politique
  • Critère 4 : La complexité intrinsèque du métier de l’entreprise et des compétences à gérer
  • Critère 5 : La capacité de maîtriser les règles du Droit du travail
  • Critère 6 : La capacité de mettre en place des optimisations fiscales avec une vision internationale

 

  • Critère 1 : L’intention des dirigeants

Une entreprise appartient soit à son dirigeant (en particulier), soit à des actionnaires. Les actionnaires peuvent souhaiter la pérennité de l’entreprise, soit des bénéfices importants à court terme. Les actionnaires élisent un conseil d’Administration qui choisit le dirigeant de l’entreprise.

Ce dirigeant peut vouloir :

  • Organiser l’activité pour faire des bénéfices tout en gardant une entreprise saine, (Cas 1)
  • Organiser une politique qui satisfait les actionnaires et qui maximisent ses primes et autres avantages personnels sans trop s’occuper de l’intérêt véritable, (Cas 2)
  • Organiser une politique de maximisation des profits aux dépens de la viabilité de l’entreprise par une politique de pillage de la trésorerie, du savoir-faire. (Cas 3)

Les grandes entreprises ont toute une armée de juristes et de gestionnaires qui font de l’optimisation fiscale, en jonglant avec la trésorerie des filiales pour payer moins d’impôt.

 Il arrive que des entreprises saines soit mises volontairement en faillite pour des bénéfices à court terme.

Lors que le dirigeant est le propriétaire, nous sommes généralement dans le cas 1. C’est le cas des TPEs. Ensuite, cela dépend des actionnaires et du dirigeant.

Les entreprises sociales et solidaires sont aussi normalement dans le cas 1. Pour le secteur agricole, les coopératives qui s’occupent de la transformation des produits peuvent être un moyen de contrer les centrales d’achat de la grande distribution.

  • Critère 2 : Le caractère abrité ou exposé de l’activité et donc de l’emploi.

Il y a des emplois qui correspondent à une activité qui doit être réalisée à proximité. Ce sont des emplois « abrités ». Des emplois qui correspondent à une activité qui peut être faite n’importe où, ce sont les emplois "exposés". Les emplois dans une activité « exposée » supposent une réactivité au marché.

La production d’un produit simple de grande série et demandant beaucoup de mains d’œuvre ne peut pas être en rentable en France à cause de la concurrence à des pays où la main d’œuvre est à bas coût.

Quand des pays ont de la main d’œuvre à coût comparable, comme par exemple la France et l’Allemagne, les différences s’expliquent par les stratégies commerciales, la maîtrise de la qualité, et l’optimisation de la logistique.

La directive Bolkestein protège en théorie les emplois de service se situant en France, en limitant la possibilité d’intervenir dans un autre pays que le pays d’origine. Cependant, la France n’a pas assez d’inspecteurs du travail pour la faire respecter.

  • Critère 3 : Le niveau de pression des clients ou du niveau politique

Le cas emblématique des sous-traitants automobiles dépendants d'un seul donneur d’ordre, ou les producteurs dépendant de Centrale d’Achat. Soit, ils acceptent les conditions de leur donneur d’ordre soit ils n’ont plus de commandes. Les employés de ces entreprises doivent accepter les conditions sous peine de perdre leur travail. Les producteurs agricoles travaillent bien souvent à perte. Pour le secteur agricole, l’organisation en coopératives peut être une solution. Il y a parfois des pressions venant du milieu politique, illégales, mais bien réelles car difficilement prouvables. On peut revoir le documentaire "Il était une fois dans l'ouest" qui s'appuie sur des faits dans les Hauts-de-Seine, à l'époque de Pasqua.  Il y eu un choix des réalisateurs, que je qualifierai de prudent, de d'arrêter la période étudiée à il y a 10 ans.

  • Critère 4 : La complexité intrinsèque du métier de l’entreprise et des compétences à gérer

Chaque métier a ses normes et son savoir-faire. Une industrie s’installe autour d’un savoir-faire. La capacité de produire des voitures en série, la maîtrise de techniques industrielles s’apprennent dans la durée. On ne s’improvise pas dans certains métiers. Cela peut apporter une relative stabilité dans la concurrence. Cependant rien n’empêche d’installer une filiale dans un pays à bas coût. A terme, c'est la perte de la spécificité. Cependant, le transfert de technologie sur les productions en grande série est inéluctable. Il peut être retarder quelques années, voire quelques dizaines d'années mais c'est tout.

  • Critère 5 : La capacité de maîtriser les règles du Droit du travail

Le patron d’une TPE avec 5 ouvriers ne maîtrisera pas les règles du droit du travail de la même façon, qu’une grande entreprise qui emploie plusieurs juristes spécialisés. Le premier ne séparera pas d’un employé s’il n’a pas de bonne raison. Le deuxième peut s’amuser à faire des optimisations qui ne sont pas l’intérêt de l’entreprise pour satisfaire les actionnaires.

  • Critère 6: La capacité de mettre en place des optimisations fiscales avec une vision internationale

Les filiales en France de grand groupe ne font pas de bénéfices. En effet, le groupe rachète généralement la production au prix qu’elle a coûté. Cela permet de ne pas payer d’impôt sur les bénéfices en France. Chaque fois qu'une loi est en place, il faut prévoir que les grands groupes internationaux mettront en action leurs spécialistes de l'optimisation. Cela n'a pas été fait lors de la loi Khomri par ceux qui l'ont imposé à coup de 49.3. Je ne veux pas faire l'hypothèse que ceux qui l'ont imposé, l'ont fait en connaissance de cause pour un intérêt personnel. Cette erreur peut s'expliquer par la méconnaissance des mécanismes économiques que j'explique dans cet article de blog.

 

En conclusion, pour chaque nouvelle loi, il faut voir les conséquences pour chaque typologie d’entreprises bâtie avec ses critères. Il ne faut pas croire qu’une multinationale appartenant à des fonds de pension qui ont besoin d’afficher des bénéfices à court terme s’intéresse à sauvegarder l’emploi à France. Trop de contraintes prennent un temps de gestion trop important aux entreprises aux dépens de leur business : Il y a un équilibre à trouver.

 

Une constitution inadaptée depuis la réforme de 2000

Si on regarde la constitution de la Vème République. Les Présidents de la République sont là pour présider et non pas pour faire le travail du premier ministre ou des députés. 

Le principe de la Vème République est le suivant. Le peuple élit des députés. Le président en arbitre choisit un Premier ministre en accord avec la majorité des députés. Il doit choisir non pas un premier ministre qui convient à sa politique, mais à la politique de l’Assemblée Nationale. Celui-ci choisit des ministres qui préparent une politique par domaine avec les députés. Le Premier ministre régule l’ensemble. Le président intervient uniquement en cas de problèmes. Il est là pour présider et pas pour gouverner.

Malheureusement, les présidents depuis Sarkozy ont choisi de faire le travail de premier Ministre et même parfois celui des députés. Il s’agit d’une usurpation pour laquelle le Président n’est pas légitime. C'est la réforme de la constitution de 2000 qui a introduit le quinquennat et l’alignement des présidentielles et des législatives qui a rendu possible ce dysfonctionnement.

A cause, de cela la France est comme un bateau à trois barreurs : le Président et ses conseillers, le premier ministre et ses ministres, et les parlementaires. Les parlementaires sont proches des électeurs, leur travail pour éviter les effets secondaires des lois est fondamentale. Depuis Sarkozy, les parlementaires n’ont pas eu le pouvoir de jouer leur rôle sur les grandes lois économiques.

Depuis 2007, les Présidents successifs se sont amusés à faire le travail des ministres et des députés sur les sujets où ils avaient envie d’intervenir. De Gaulle a conçu la Vème République en pensant que le Président élu serait toujours une personne responsable et mettant l’intérêt du pays avant tout. Rétrospectivement, on s’aperçoit que c’est une erreur d’analyse. Le développement de la communication a transformé les élections entre une entreprise de communication, voire de manipulation. Le candidat d’un parti est, celui qui a su éviter toutes les chausse-trappes des rivalités internes ou celui qui s’est retrouvé là en ayant été insuffisamment préparé car les chausse-trappes ont éliminé les autres concurrents.Il faut ensuite trouver la complicité des médias. Celui qui arrive au bout n’est pas forcément le plus apte à présider. Les compétences utiles pour arriver et pour présider ne sont pas du tout les mêmes.

 

Macron-Loi Travail et Ordonnances

Macron et son premier ministre veulent légiférer sur le travail par Ordonnance. Leur vision ultra-libérale de l’économie n’a jamais créé de vrais emplois nulle-part. Cela précarise l’emploi. Combien y a-t-il de travailleur pauvre en Allemagne ? Cela permet aux financiers voraces de maximiser les bénéfices y compris en pillant le savoir-faire français. Faut-il transformer un emploi de 35 heures en 35 emplois de 1 heure par semaine. Pour les statistiques, OUI cela fait 34 emplois supplémentaires. Pour ce qui est vécu par la gens, c'est un emploi de perdu. 1 heure par semaine ce n'est pas vraiment un emploi. On ne peut pas vivre avec cela, ni avoir un rôle dans la structure qui propose l'emploi.

 

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