Education : Un avis sur les propositions du SNALC pour le collège

Le SNALC-FGAG a publié un ensemble de propositions pour le collège disponible sur leur site :

Vers un collège modulaire – Corpus de proposition du SNALC-FGAG pour la rénovation du collège-Avril 2013 www.snalc.fr/national/article/402/

Mon avis est que les propositions du collège sont globalement très intéressantes bien qu’il me semble qu’il existe des façons de concevoir la modularité plus efficaces. Par ailleurs, je suis convaincue qu’il faut changer les processus d’affectation en professionnel. Cela n’a pas été fait.

En tous les cas, c’est une excellente base de discussion.

Le Collège :  le réalisme autour des élèves en plus difficultés.

Le point fort de ce document est d’avoir vu que « collège unique » où tous les enfants sont scolarisés ne veut pas dire parcours unique.

« Mais que la structure soit unique ne doit pas empêcher de réfléchir à l’organisation interne de la structure, aux voies que l’on peut y tracer. Bref, il s’agit de parvenir à différencier sans diviser,  de créer des parcours sans instaurer des filières ». Extrait de l’introduction page 3.

Je partage cette analyse qui est en contradiction avec ce que cherchent  à imposer certains pontes de l’éducation avec l’appui de divers groupes qui ont des enjeux de pouvoir. J’ai déjà argumenté dans une réponse à Terra Nova qui présentait la classe hétérogène sans exception comme le moyen de faire progresser n’importe quelle élève dans toutes les matières.

http://blogs.mediapart.fr/blog/viviane-micaud/210914/education-des-erreurs-dans-la-note-de-terra-nova

Je partage tout à fait le diagnostic au quotidien page 4 à page 7, en particulier le caractère crucial des lacunes en expression écrite, l’inéquation des réponses de l’institution face aux difficultés de gestion de classe, les injonctions contradictoires décourageantes vers les enseignants.

Un collège sans redoublement avant la troisième  et flexible pour l’apprentissage des fondamentaux

Le corpus de propositions est basé sur le modèle qui fait consensus aujourd’hui chez les personnes impliquées dans l’éducation nationale. Le redoublement est supprimé (sauf dans les cas exceptionnels et à la demande des parents) et les élèves montent automatiquement dans la classe supérieure jusqu’à la fin de la 3ème.

Toutefois, contrairement à ce qui est normalement admis, il est proposé que les élèves soient affectés à deux entités :

- Le Tronc commun constitué de toutes les disciplines sauf Français, Mathématiques et Langue Vivante 1.  C’est le groupe classe de référence auquel appartient l’élève.

- L’Enseignement Modulaire qui comprend le Français, les Mathématiques et la Langue Vivante 1 dans lequel il y a deux groupes : le groupe d’approfondissement et groupe fondamental. Le groupe fondamental regroupe des élèves de plusieurs classes ayant des lacunes dans l’apprentissage des fondamentaux.

Les jeunes peuvent revenir dans le groupe d’approfondissement s’ils ont progressé dans les acquis.

Je vous engage de revenir au document pour comprendre le détail de ce qui est proposé.

Le rédacteur de la proposition a bien vu deux aspects essentiels de l’organisation :

-  dans certaines matières les concepts de la matière peuvent être compris y compris par les élèves qui maîtrisent insuffisamment l’expression. Cette constatation est utilisée pour éviter la création de filière cloisonnée.

- les groupes de niveau ne fonctionnent pas.  En effet, les groupes où il y a que des moyens sont sans énergie et les élèves ne s’intéressent à rien, il est impossible de créer une dynamique de groupe.  Par contre, il est possible de progresser les plus en difficultés dans des très petits groupes avec des enseignants formés et intéressés par ce défi particulier. Quand ces petits groupes portent sur la totalité de l’horaire, les élèves manquant d’autonomie ont du mal à s’intégrer par la suite à une classe ordinaire.

En réalité, j’avais fais dès 2012 une proposition assez proche. Je proposais de faire évoluer le programme de manière à ce que ceux qui n’avaient pas acquis les fondamentaux en Français puissent pouvoir réussir dans les matières autres que Français.

Je proposais que les élèves qui avaient des graves difficultés en Français et/ou en Maths n’aient pas le même cours que la classe, dans l’une l’autre ou les deux matières.

http://blogs.mediapart.fr/blog/viviane-m/260912/pour-la-refondation-de-lecole-12-la-renovation-du-college

Depuis, j’ai évolué, je pense seuls les élèves qui ont des grandes difficultés en Français doivent avoir des cours différents. En effet, la lecture et l’expression est la matière qui met en échec les jeunes, qui les exclus de la voie perçue comme normale, et ce jusqu’à l’orientation en filière générale. Par ailleurs, il est impossible de travailler la lecture et l’expression orale de manière satisfaisante en classe entière. Par contre, rien n’empêche de commencer les cours de maths par un exercice de calcul mental présenté comme un jeu. Une enseignante du type compétente et pragmatique m’a dit qu’au collège, ce qui était le plus efficace pour faire progresser une classe entière en maths étaient les séances d’exercices en demi-groupes hétérogènes. Les feuilles d’exercices avaient trois parties avec des difficultés croissantes, chacun des élèves allat plus ou moins loin. L’enseignante aidait ceux qui avaient le plus de mal.

Par ailleurs, je pense que la langue vivante 1 doit être l’ « Easy English » qui est la langue de communication mondiale. L’Easy English est un anglais grammaticalement correct mais utilisant des phrases simples et un nombre de mots limités et parlé en articulant tous les mots. Ce langage permet de faire du tourisme dans tout les pays du monde, lire, présenter et écouter des travaux de recherche, participer à des réunions où les participants viennent de pays. Les personnes qui sont de langue maternelle anglaise apprennent à utiliser les codes de l’Easy English quand ils veulent communiquer au niveau mondial. 

Le gros défaut du modèle proposé est que les élèves qui ont les difficultés en Français ou en Maths ne sont pas forcément les mêmes. Par ailleurs, si on compare la part du programme de maths qui sont  des fondamentaux  réellement indispensables pour l’insertion dans la société et part du programme de français qui sont des fondamentaux indispensables pour l’insertion dans la société. On s’aperçoit que sont les fondamentaux de français qui sont les plus lourds et les plus discriminant pour ceux qui ne les possèdent pas. Les maths sont indispensables pour certaines formations du supérieur, mais on peut très bien vivre heureux sans savoir résoudre une équation du premier degré.

Par ailleurs, je pense que la décision d’aller dans un groupe « soutien français" dans le mon vocabulaire ou « groupe fondamental" dans le  vocabulaire du SNALC, doit être une décision conjointe de l’équipe enseignant, de la famille et de l’enfant.

L’orientation en fin de collège est dans la logique actuel, mais donnant au groupe fondamental une possibilité de redoubler.

Le projet prévoit de séparer les élèves en deux groupes :

- celui du groupe approfondissement pour qui le conseil de classe va proposer une orientation :, le lycée générale, le lycée professionnel, l’apprentissage. Le redoublement n’est pas prévu sauf exception.

- celui du groupe fondamental qui pourra aller en apprentissage, en lycée professionnel ou redoubler dans une passerelle d’approfondissement : il fera alors une nouvelle année dans le groupe approfondissement.

Personnellement, je pense qu’il faut changer l’organisation de l’orientation. Dans les filières professionnelles, ce sont les enseignants qui vont accueillir le jeune qui doit juger de la motivation de chacun pour le métier et choisir les jeunes qu’il va faire réussir. Le principal problème de la fin de 3ème est l’affectation dans la filière du professionnel : un tiers des jeunes se retrouvent dans une filière qu’ils n’ont pas vraiment choisie.

Un pôle disciplinaire et une réorientation des programmes

J’ai lu rapidement ce paragraphe et rien ne m’a choqué.  Cependant, je ne suis pas capable de déterminer ce qui peut être enseigné aux élèves d’aujourd’hui.

Je serai favorable à un regroupement des matières scientifiques à une seule de manière à lui donner plus de cohérence.

Un brevet destiné à valider le socle commun de connaissance, de compétence et de culture

J’avoue que j’ai beaucoup de mal à avoir une idée claire de ce qu’il devrait être fait pour le brevet.

- l’intérêt de le conserver est surtout qu’il s’agit d’un entraînement pour le bac,

- s’il est centré sur la validation du socle commun, il sera une promenade de santé ridicule pour les meilleurs élèves.

- par ailleurs, certaines des compétences sont difficilement mesurables ou plus ou moins difficiles à atteindre en fonction des atteindre. Par exemple doit-on refuser le DNB a un autiste sous prétexte qui n’a pas atteint certains attendus de socialisation. Ma réponse est évidemment NON. 

La problématique du brevet s’éclairera quand il y aura une représentation commune, sur le contenu du socle et sur les pratiques d’évaluation, formalisée ou non, servant à la communication avec les familles ou non, servant à l’aide à l’orientation ou non. 

Sur ce sujet, il n’y a pas une bonne solution évidente.

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