Education : Un avis sur les propositions du SNALC pour le lycée

Le SNALC a publié un corpus de propositions pour le lycée.

 "Pour un lycée de tous les savoirs – Corpus de propositions pour la rénovation des trois voies du Lycée –Septembre 2014"  www.snalc.fr/national/article/932/

Tout d’abord, je voulais dire que j’apprécie les écrits du  SNALC, car ils ont une analyse propre, qui ne reprend pas systématiquement ce qui est généralement admis.

Je pense que ce corpus de propositions a des défauts rédhibitoires,  cependant il y a des éléments d’analyse tout à fait pertinents que je n’ai jamais vus ailleurs. J’ai même appris quelque chose de très structurants sur les dysfonctionnements dans l’organisation du bac STI et du bac STMG.

Les défauts rédhibitoires

Les défauts qui rendent  inenvisageables l’application de ses propositions sont :

- les moyens nécessaires pour la mise en place du lycée proposé sont politiquement inenvisageables. Les exemples présentés en annexe demandent une augmentation d’horaire de la semaine de 5h00 en moyenne(Le calcul sur les 3 années du lycée donne  repectivement +20h, +13h30, +17h30, +15h30.) Or, les études internationales montrent que nous sommes le pays où la journée du lycéen est la plus chargée. Le consensus est plutôt de diminuer de 5 heures la semaine du lycée pour dégager des moyens qui seront attribués à l’apprentissage de la lecture en école primaire.

- les contraintes d’organisation n’ont pas été vues. Le lycée est carrément impossible à mettre en place. Une réflexion sur «  Comment déterminer les groupes classes et les programmes associés ? »  et « Comment construire les emplois du temps ? » arrive très rapidement à voir qu’il y a environ 10 fois de contraintes qu’il est possible d’en gérer. L’organisation est infaisable.

- la communauté des parents impliqués pour la réussite de leur petit chéri n’est pas prête à anticiper le début des enseignements spécifiques des filières dès la seconde comme il est proposé. En effet, cela suppose de choisir sa filière du lycée en fin de 3ème, non plus en fin de 2nde. Toutefois, je reconnais que cette proposition a deux avantages importants : Avantage 1 -  Supprimer un des moteur de la dévalorisation de la filière professionnelle en obligeant tous les enfants à choisir leur orientation en fin de 3ème, non pas seulement ceux qui sont refusés en 2nde générale. Avantage 2 : Donner plus de temps pour assimiler les enseignements spécifiques à la filière qui seraient étalés sur 3 ans, plutôt que deux ans.

Les éléments d’analyse intéressants :

Les éléments d’analyse sur lesquels je suis parfaitement d’accord sont les suivant :

- les enseignements d’exploration ne remplissent pas leur rôle,

- la voie S est devenue une « voie générale dans la voie générale »

- le tronc commun n’a pas fonctionné

- le bac doit rester  une épreuve anonyme et nationale,

- le bac doit garantir, quel que soit son lycée, un enseignement général suffisant.

- la concurrence inutile entre les enseignements d’exploration SES et PFEG  crée une hiérarchie entre les deux enseignements.

Par ailleurs, la proposition de pouvoir faire une « ES/Mathématiques » qui a le même horaire en maths que la S montre que vous avez compris la cause du choix d’orientation vers la filière S des élèves qui voulaient faire HEC. Faire la filière qui a le plus haut niveau d’exigence en Maths permet de garder toutes les portes ouvertes. Il suffit d’autoriser la « Majeure ES » avec les  Mathématiques de S pour que le problème de hiérarchie entre les filières ES et S soit résolu.

La voie professionnelle

Le choix a été de faire évoluer l’enseignement professionnel de manière à ce que la plupart des formations soient sur 3 ans. Je ne crois pas à l’intérêt d’un revenir. Il y a eu temps d’adaptation, mais maintenant les élèves qui veulent une formation courte savent qu’elle dure 3 ans. D’autant, avec la chasse au redoublement inutile,l’âge de l’élève qui va en 2nd professionnel a baissé.

- l’année de liaison a tout d’une fausse bonne idée

Les années de transition pour ceux qui « n’ont pas le niveau pour la voie normale » n’ont jamais fonctionné, car les élèves ne peuvent pas positiver leur situation en se projetant vers l’avenir. Se former pour devenir électricien ou charpentier, c’est un avenir positif : La perspective d’avoir un salaire, une compétence reconnue.

Personnellement, je pense qu’il faut revoir l’affectation en professionnel de manière à ce que le jeune puisse mieux s’impliquer dans son choix et se projeter dans son métier futur.

La voie technologique

La remarque sur les grilles d’évaluation trop détaillées me semble tout à fait pertinente. Cela me semble une tentative de maîtrise du résultat par l’inspection, au dépens des marges de liberté de l’enseignant que celui-ci a besoin pour faire progresser tous les élèves.

Je pense que le contenu de la STI2D doit évoluer pour mieux clarifier les concepts à apprendre et diminuer le temps et l’importance de l’évaluation donnée au projet. Rien n'est écrit à ce sujet. Pourtant il y a un vrai problème du contenu de l'enseignement.

Page 7 , il est écrit « Pour que la STI2D ne soit pas considérée comme une voie de relégation par rapport au bac scientifique, il est capital d’en redéfinir les modalités d’évaluation à l’examen. »

La STI2D est la voie de relégation de S, car ses exigences en « expression littéraire » sont moindres. Pour se garder le maximum de possibilité vers des filières scientifiques après le bac, l’élève a avantage à aller en S s’il a la capacité d’expression nécessaire. Si ne l’a pas il ira en STI. Redéfinir les modalités à l’examen ne changera rien. Les « vrais » élèves ont bien deux niveaux d’acquis en expression littéraire. Il faut bien « un parcours d’expression littéraire » qui correspond aux compétences exigées aujourd’hui en STI et un parcours d’expression littéraire pour ceux qui veulent faire des études supérieures littéraires et qui correspondent aux exigences des filières générales. C’est une vue de l’esprit d’imaginer qu’on peut avoir les mêmes exigences pour tous les élèves du lycée général et technologique.

La seule solution est de déconnecter la « Majeure » (les formations technologiques) des parcours d’enseignement général. Je l’explique dans un précédent document.

http://blogs.mediapart.fr/blog/viviane-micaud/270813/une-proposition-pour-le-futur-lycee-general

Voie générale

J’ai trois reproches :

- il y a trop de flexibilité, cela devient ingérable. Quel programme donnez-vous en maths à une classe de première S qui va regrouper des élèves qui ont eu 6 heures ou 4 heures de maths en Seconde?

- Le lycée que vous proposez discrimine les élèves très  bons en sciences, qui écrivent en parfait français et qui ont du mal à questionner la question à la manière des littéraires.  Ce que je demande est l’équivalent de l’ancienne E : des maths équivalent à S, et les exigences dans les matières littéraires de STI. Pour moi, il s’agit d’un point non négociable.  Car c’est une différence que j’ai moi, et mes descendants.  

- vous ne prenez pas en compte qu’il y a deux manières d’appréhender les maths : l’une par une approche systématique, l’autre par le développement de compréhension logique des outils mathématiques. Cela suppose d’avoir deux niveaux d’enseignement en mathématiques, avec des niveaux d’acquis différents.

L’importance de l’enseignement général

Il est écrit page 24, dans les principes généraux du baccalauréat.

« Le baccalauréat est le premier grade universitaire. Son obtention, qui donne accès aux études supérieures, doit donc signifier que l'élève qui l'obtient est capable de suivre de telles études. C'est là l'un des rôles fondamentaux de ce diplôme, qui va au-delà de l'orientation et de l'affectation: il doit être la garantie d'un niveau d'enseignement général suffisant. C'est ce seul critère qui doit guider toute évolution des épreuves et qui doit servir de repère pour fixer s'il doit ou non être attribué à un élève. »

Je suis tout à fait d’accord. Le bac doit permet savoir que l’élève une capacité d’expression, une culture générale, un niveau en maths, un niveau en « Easy anglais » et des connaissances liées à une « Majeure ».

Cependant, j’ai parfois l’impression que vous êtes dans l’illusion qu’il est possible d’avoir les mêmes exigences pour un bac pro, pour en bac Technologique ou pour un bac général. Pour moi, c’est non. En expression littéraire regroupant (le français, l’histoire-géo et la philosophie). Il est nécessaire d’avoir trois niveaux :

Niveau de base = celui exigible pour les bacs pro

Niveau Normal  = celui actuellement exigible en STI

Niveau Avancé = celui actuellement exigible en filière générale.

Le niveau atteint est marqué sur le Bac, un élève de bac pro peut tenter le « niveau normal en expression littéraire », cela lui donnera la possibilité de continuer ses études. 

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