Les biais liés à l’origine sociale dans l’orientation scolaire

Ce billet s’intéressera aux biais liés aux origines sociales dans l’orientation après le collège.En effet, le ministère de l’éducation nationale a décidé l’expérimentation dite « du dernier mot aux parents ».

Ce billet s’intéressera aux biais liés aux origines sociales dans l’orientation après le collège.

En effet, le ministère de l’éducation nationale a décidé l’expérimentation dite « du dernier mot aux parents ».

Ce principe, dans l’esprit de ces concepteurs,  devrait diminuer les discriminations sociales à l’entrée du lycée général et technologique. Il ne s’en sera rien, celles-ci seront augmentées. Par ailleurs, les lycées vont faire face à une impossibilité d’organisation. Il n’y a, ni le nombre d’enseignants, ni le nombre de salles de classe, nécessaires à la gestion des classes de Seconde hétérogènes.

Tout d’abord, il faut comprendre que l’expérimentation porte sur le dernier mot aux parents dans l’orientation au sens éducation nationale. Celle-ci n’englobe pas l’affectation dans la filière et l’établissement.  C’est-à-dire qu’un jeune qui veut faire un bac pro électronique pourra toujours se retrouver à faire un bac pro de  comptabilité. Pourtant, comme je l’ai déjà expliqué dans plusieurs autres billets, c’est dans le processus d’affectation où se trouve le dysfonctionnement le plus important. Et, le ministère ne propose aucune solution pour résoudre ce dysfonctionnement.

Pour comprendre, les mécanismes qui entraînent une surreprésentation des classes sociales favorisées au lycée général, il faut prendre en compte que les jeunes  peuvent être classés en deux catégories :

- les jeunes qui n’ont clairement pas les acquis en expression écrite pour avoir une chance raisonnable de réussir un parcours au lycée général. Ceux-ci sont refusés par le processus d’acceptation actuel.

- les jeunes qui ont les acquis pour avoir une chance raisonnable pour réussir le lycée général et technologiques et qui, s’ils en font la demande et vont au bout du processus, y sont acceptés dans le processus actuel.                                                                                                    

Il faut savoir que le processus d’acceptation en Seconde Générale et Technologique a changé au milieu de l’année 2000. Depuis les années 1980, les parents qui n'acceptaient pas la décision du conseil de classe, étaient reçus le chef d'établissement (ou un représentant) qui expliquait la procédure mais qui n'avait pas le pouvoir de changer la décision du conseil de classe, cette prérogative était donné à la commission d'appel. Puis il a été donné au chef d'établissement le droit de changer l'avis du conseil de classe et de se rapprocher de la demande des parents. Puis, il a été donné aux parents le droit de changer les voeux émis avant le conseil de classe. Ceci a débridé le système. Aujourd'hui, le responsable de l’établissement ou son représentant discute avec la famille, lui explique toutes les possibilités de manière à trouver une solution qui convient au jeune et à sa famille. Cette solution peut être très différente que celle discutée dans le conseil de classe. Seuls les quelques cas où le dialogue a échoué arrivent en commission d’appel. Ils ont pour consigne de privilégier la demande de la famille, quand il y a un doute. En cas de refus de la commission d'appel, les parents peuvent retourner discuter avec le chef d'établissement qui garde les mêmes prérogatives.

Aujourd’hui, les élèves qui arrivent en milieu de 5ème en maîtrisant insuffisamment la lecture et l’expression écrite, sont condamnés à être devant des devoirs que, quels que soient leurs efforts, ils ne peuvent pas à réussir. Ils se découragent et tombent dans la spirale de l’échec. Ils arrivent en fin de 3ème avec des savoirs extrêmement faibles et une estime de soi détruite. Il s’agit d’un problème de programmes (contenant le mode de contrôle) inadaptés aux classes hétérogènes. Donner le droit à ces jeunes-là d’aller en Seconde Générale est une stupidité. On ne récupère pas en une heure de remédiation par semaine en demi-classe une scolarité de lacunes accumulées alors qu’on est noyé dans les autres cours. Je rappelle que les programmes du collège ne changeront pas avant la rentrée 2015.

Personnellement, je ne pense pas qu’il est souhaitable d’adapter les programmes de Seconde Générale et Technologiques pour qu’ils permettent à tous les élèves de progresser, y compris ceux qui ne maîtrisent pas la lecture et l’expression écrite. Car le lycée Général et Technologique doit préparer aux études supérieures qui exigent un minimum de capacité d’expression. Quand la France arrivera au même niveau que les autres pays, il y aura toujours 5% d’élèves en fin de Troisième en grandes difficultés scolaires. Mais, la question n’est pas à l’ordre du jour, tant que les dysfonctionnement du collège ne sont pas résolus.

Nous avons plusieurs mécanismes qui entraînent les discriminations au passage Collège-Lycée

- Le premier concerne la surreprésentation des catégories sociales défavorisées parmi les jeunes en grandes difficultés.

- Le deuxième porte sur la méconnaissance du système et donc des règles de la réussite par les familles. C’est ce qu’on appelle le délit d’initiés.

- Le troisième porte sur l’autocensure dans les souhaits d’orientation. A niveau égal, un jeune issu d’un milieu modeste demandera moins facilement le lycée général.

- Le dernier point concerne la plus grande difficulté à réussir en cas de faiblesse pour les enfants qui n’ont pas le soutien de leur famille.

Mécanisme 1 : plus de jeunes issus de milieu défavorisé en grandes difficultés

Je ne développerai pas le premier point qui est un sujet de fond à lui tout seul. Pour ce point, tout n’est pas gagné, cependant les orientations du ministère de l’Education Nationale semblent aller dans le bon sens. Il faut donner plus de moyens à ceux qui en ont le moins, en portant les efforts sur les bons leviers de réussite.

Mécanisme 2 : méconnaissance des possibilités réelles – délit d’initiés

Les jeunes et les familles n’ont pas conscience de l’intérêt réel de certaines formations. Ils utilisent inconsciemment des représentations de la société, en grande partie fausses, pour faire leur choix. Il y a une dévalorisation des métiers manuels, pourtant plus souvent, synonymes d’emplois et de possibilités d’évolution de carrière. Il y a un refus de voir l'importance de l’implication dans le choix d’un métier. Il y a un refus de voir qu’il y a un minimum de compétence et d’acquis nécessaires pour avoir une chance raisonnable de réussir une formation. Le conseil de classe est capable de dire que pour chaque filière s’il sera a priori pris et les difficultés que le jeune risque de rencontrer. Cependant, ce n’est pas toujours dit explicitement et les familles ne sont pas toujours prêtes à l’écouter.

Ceci peut être  résolu par une information sur les métiers liés à chaque type de production ou de service, et un dialogue plus approfondi avec la famille en amont de l’orientation pour qu’ils aient une représentation claire des règles de la réussite.

L'information du jeune et de la famille, l'accompagnement du chemin cognitif de celui qui se complaisait dans sa vie d'adolescent et qui doit se projeter comme adulte avec un parcours pour lequel il a le soutien moral de sa famille se font dans la durée. C'est pour cette raison que le premier pas d'orientation doit être fait à la fin du collège avec une préparation qui commence en 5ème, et non pas à la fin de la Seconde.

Mécanisme 3 : autocensure pour des familles devant les possibilités offertes

Le deuxième point, mélange à la fois l’autocensure due aux représentations de la société et le pragmatisme des familles devant le coût des études. Les études sont vues comme un investissement pour lesquels on ne prend pas de risques.

Alors que l’enfant a toutes les compétences pour choisir une filière longue, la famille fait parfois le choix d’une filière courte parce qu’ils ont la conviction les études longues ne sont pas pour eux. Parfois, la famille n’a pas les moyens de financer des études longues. En effet, en France, même pour les très bons élèves, les bourses ne sont pas suffisantes. Un élève à qui on prédit des difficultés surmontables, va plus facilement s’engager s’il a des parents issus de milieux favorisés socialement.

Il s’agit d’un problème complexe. On peut atténuer les conséquences en informant en amont sur les métiers, les formations et le coût complet réel de ces dernières.

Mécanisme 4 : les conséquences négatives de mauvais choix  plus importantes pour les élèves qui ont fait un choix à l’opposé des représentations de sa famille

Il s’agit de ce que Steele (1995-1997) a appelé la menace du stéréotype. Un élève qui se sent en transgression par rapport aux représentations de la société ou de celles de sa famille (stéréotypes) quand il va rencontrer une difficulté moyenne, ne va pas savoir mobiliser de l’énergie pour la résoudre, contrairement à celui qui pense qu’il devrait réussir. C'est-à-dire à compétences égales, il sera plus prompt à abandonner. Par ailleurs, l’échec ne sera plus difficile à gérer.

A cause de ces échecs, les amis de la famille dont l’enfant a été en échec, seront moins tentés de demander une formation où leur propre enfant risque d’être en difficultés. La seule solution est de donner plus d’accompagnement lors de leur formation supérieure à ces élèves-là, par exemple du tutorat par des étudiants plus anciens.

Les mécanismes, qui conduisent à un moindre accès des élèves socialement défavorisés aux bacs technologiques et généraux, sont complexes. L'amélioration de la situation passe par une meilleure information, et un accompagnement et un dialogue au moment des choix importants.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.