Education nationale : mon avis sur le socle commun de connaissances, de compétences et de culture

Résumé : Ce socle déroute les partenaires de l’école, car il est basé sur une approche différente de ce que l’éducation nationale a l’habitude de faire. Par ailleurs, les enseignants n’y trouvent aucune solution pour leurs difficultés d’aujourd’hui. Cependant, l’approche choisie est pertinente pour  donner une cohérence aux évolutions du système éducatif et des autres entités associées.

Résumé : Ce socle déroute les partenaires de l’école, car il est basé sur une approche différente de ce que l’éducation nationale a l’habitude de faire. Par ailleurs, les enseignants n’y trouvent aucune solution pour leurs difficultés d’aujourd’hui. Cependant, l’approche choisie est pertinente pour  donner une cohérence aux évolutions du système éducatif et des autres entités associées.

En effet, il permet à tous les acteurs de se construire une représentation commune des finalités du système éducatif. C’est ce qui permettra au fur et à mesure que les briques de la refondation se mettront en place de travailler ensemble vers un but commun.

Toutefois, ce document a deux défauts majeurs :

- d’avoir des exigences  qui ne sont pas atteintes par de nombreux adultes et qui sont difficilement atteignables  par la majorité des élèves.  Les domaines 3 (la formation de la personne et du citoyen) et dans le domaine 5 (les représentations du monde et de l’activité humaine) sont plus particulièrement concernés.  Ce sont des clés de compréhension de la société qui donnent aux élèves ayant des capacités d’empathie et d’analyse au-dessus de la moyenne, les moyens d’évoluer dans la société.  Il faut les donner à tous, sans a priori, mais tous les élèves ne se saisiront pas de ces clés.

- de proposer une manière d’atteindre les  connaissances et compétences en sciences et technologie trop tirée par la doctrine inadaptée du môme qui retrouve tout seul les notions que les esprits les plus structurés ont mis 20 siècles à stabiliser. Ce qui intéresse les jeunes est de comprendre comme cela marche.  L’ensemble du domaine met trop en avant la démarche scientifique, en réalité impossible à réaliser dans la rigueur nécessaire par des collégiens et la manipulation, utile certes, mais pas autant que les représentations d’objet techniques ou de principes. Il est INDISPENSABLE de reprendre ce domaine pour plus de réalisme.

 

 

Mon avis détaillé :

L’éducation nationale s’est lancée dans une refondation de l’école. Il s’agit de faire évoluer tout le système : les programmes, la manière de travailler de ceux qui sont en contact des enfants, la manière d’accompagner  le  personnel des établissements, les programmes, le curriculum, les formations initiales et continues, et aussi les entités qui sont en lien avec le monde éducatif.

Depuis les années 1980, le système éducatif était basé sur une vision tayloriste du métier d’enseignant qui nous a conduits à une impasse. La vision tayloriste consiste à tout décider en haut lieu et voir les enseignants comme des opérateurs dont la mission est d’appliquer avec diligence, les décisions prises à mille lieues des réalités du terrain. « Il existerait des solutions miracles que les services centraux de l’éducation nationale doivent trouver avec l’appui des pédagogues, puis les imposer aux enseignants et autres personnes sur le terrain ». En éducation, cette façon de voir est inopérante.

En effet, toutes les situations sont différentes (nombre d’enfants, nombre de perturbateurs, capacité d’aider des parents, phénomènes de groupes oppressifs ou non, niveau acquis des enfants, enfants avec des difficultés d’apprentissage particulier). Il est totalement impossible de trouver un mode opératoire générique qu’il suffirait d’appliquer. Il faut considérer l’enseignant comme un expert de haut niveau qui met en place des stratégies d’action pour faire progresser toute la classe en générale, et chaque enfant en particulier.

 

Cette constatation est valable pour toutes les missions de l’éducation Nationale. Pour avancer, il faut définir ce qu’on attend, donner un cadre adapté qui permet aux personnes sur le terrain de s’investir pour la mission.

 

La première étape est d’arriver à faire partager les finalités entre tous ceux qui agissent dans le cadre de l’éducation nationale ou à côté de l’éducation nationale : A quoi veut-on arriver ? La forme choisie de ce document est pertinente pour ce but.

 

J’adhère totalement à la finalité de la scolarité obligatoire telle est écrite dans ce document.

« Elle [La scolarité obligatoire] donne aux élèves la culture commune, fondée sur les connaissances et compétences indispensables, qui leur permettra

- de s’épanouir personnellement,

- de développer leur sociabilité,

- de poursuivre leur formation tout au long de la vie, quelle que soit la voie choisie,

- de s’insérer dans la société où ils vivront, et

- de participer, comme citoyens, à son évolution. »

 

J’adhère également au choix de niveau de contenu, et à la forme de la présentation. Il ne s’agit pas d’un programme, mais d’un texte qui permet de partager une compréhension commune de ce que doit apporter la scolarité obligatoire à chaque élève.  Il est écrit de manière compréhensible pour tous les personnes concernées par l’éducation : enseignants, personnel dans les établissements, parent, collectivité territoriale chargée de la prévention ou de l’animation culturelle.

Bien que le document contienne 19 pages, ses grandes lignes sont mémorisables grâce à son découpage sur 5 domaines avec 4 paragraphes. Les explications pour chaque paragraphe tiennent en général sur une demi-page. Ce qui correspond au bon niveau de détail.

 

Par ailleurs, le document est écrit de manière à être compréhensible par le grand public et pour être consensuel. Les domaines ont été choisis pour concerner plusieurs disciplines.  Ils n’ont pas été choisis en fonction de l’horaire concernée pour acquérir les connaissances et compétences du domaine. Les domaines ont été choisis pour regrouper des problématiques indispensables mais nécessitant une approche différente.

Les domaines « les méthodes et outils pour apprendre », « la formation de la personne et du citoyen » et « les représentations du monde et l’activité humaines » n’étaient pas aussi formalisés dans les précédentes versions du socle. Ils sont particulièrement importants car ils portent sur des aspects qui sont souvent aujourd’hui des Implicits de la société.

L’absence de connaissances  des règles non dites de la société est un frein important, aujourd’hui, pour l’accès des jeunes issus de milieux modestes à la construction et à la réalisation d’un projet de vie, ou l’atteinte des positions valorisées par la société. 

 

Par ailleurs, il s’agit d’un socle de compétence et de connaissance idéal. Il convient que tous les élèves aient accès à une formation sur tous les éléments du socle. Les élèves, y compris ceux qui ne maîtrisent pas la lecture et l’expression, doivent participer aux activités qui permettent de comprendre et d’ouvrir l’esprit. Il convient de rechercher toutes les causes des difficultés d’apprentissage et faire progresser les élèves dans tous les domaines.

Cependant, dans le cas d’un élève qui n’a pas les acquis en connaissance et compétence de sa classe d’âge,  il convient de déterminer sur quelle connaissance et compétence, il faut mettre les mettre des moyens importants et quel niveau de moyen l’état peut dégager. En effet, il y a une saturation des capacités d’apprentissage.  Toutes les lacunes ne peuvent pas être rattrapées en même temps.  Certains élèves ont des handicaps cognitifs forts. Certains élèves sont en situation de refus d’apprendre, cela peut être contreproductif de multiplier les dispositifs de soutien.

Par ailleurs, il faudra réfléchir à ce qui pourra entraîner un refus de validation du socle. Un élève qui a une grande difficulté à apprendre les langues étrangères à cause d’un déficit de la mémoire auditive pourra-t-il voir sa validation du socle refusé car il a n’a appris que l’anglais ? Un autisme pourra-t-il voir la validation du socle refusée à cause de difficultés dans des compétences liées à la socialisation ?

Ses questions pourront arriver dans un deuxième temps.

La compétence la plus importante, celle pour laquelle l’Etat n’a pas le droit de baisser les bras est la lecture et l’expression orale et écrite en langue française.  C’est d’ailleurs la manière sur laquelle s’appuie le tri des élèves jusqu’à l’acceptation au lycée général.

 

Voici les points qui m’ont interpellée. Le plus bloquant concerne domaine 4 sur la compréhension de la science et de la technologie.

 

Le paragraphe « pratiquer des langues étrangères et régionales » du domaine 1 décrit les compétences attendues en langue étrangère ou régionale, et indique la nécessité de parler deux langues dont l’anglais.

Je voudrais préciser qu’il existe une langue de communication à l’internationale qui n’est pas l’anglais mais l’ « Easy English ». Il s’agit d’un anglais grammaticalement correct utilisant des tournures de phrase simple et un vocabulaire courant ou technique et  parlé avec n’importe quel accent mais en articulant chaque mot. Par exemple dans les réunions de l’ISO (organisation de normalisation internationale), c’est la langue officielle. Les participants de langue maternelle anglais apprennent à parler en respectant les codes de l’Easy English.  Les publications de recherche se font dans cette langue.  Je suis allée récemment à Kyoto au Japon, le métro, le train, les explications dans les musées, les menus dans les restaurant, étaient en deux langues « le japonais » et « l’Easy English ».  C’est le cas dans de nombreux pays.

L’intérêt pour les langues étrangères et le mode de vie de pays qui la pratique  doit être encouragés, car c’est une ouverture à l’altérité. Mais plus que la pratique de la langue qui sera de toute manière insuffisante pour parler de manière informelle avec des autochtones et qui sera vite oubliée pour 80% des élèves, il me semble que c’est la capacité d’utiliser les ressources d’internet pour s’autoformer à n’importe quelle langue, qu’il faut mettre en avant.

 

Dans les domaines 3 (la formation de la personne et du citoyen) et dans le domaine 5 (les représentations du monde et de l’activité humaine) les compétences décrites ne sont pas acquises par de nombreux adultes et sont difficilement atteignables  par la majorité des élèves.  Ce sont des clés de compréhension de la société, mais leur complexité fait que tous les élèves ne peuvent pas les acquérir, car leur acquisition nécessité des capacités d’empathie ou de logique que tous les élèves n’ont pas.  Il faut les donner ces clés à tous, sans a priori sur qui saura les saisir, pour donner pour garantir une meilleure égalité des chances à tous les élèves.  

Les compétences qui me semblent inatteignables sont par exemple les suivantes.

« Il apprend à mesurer la complexité des problèmes rencontrés, à justifier ses choix en confrontant ses jugements avec ceux d’autrui, à éprouver la validité d’une information, à distinguer ce qui est subjectif ou subjectif. Il devient capable de remettre en cause ses jugements initiaux après un débat argumenté. Il sait distinguer son intérêt particulier de l’intérêt général. » (paragraphe « développer son jugement » du domaine 3).

« Il sait les mettre en œuvre pour concevoir et produire des objets tenant compte de contraintes des matériaux, des techniques et processus de production, et en respectant l’environnement » (paragraphe concevoir, créer, réaliser du domaine 5).

 

Le domaine 4 (l’observation et la compréhension du monde), tel qu’il est présentée aujourd’hui est basé sur la « démarche scientifique qui se donnerait pour objectif de comprendre le monde » pour cela il faut expérimenter et manipuler. Dans l’esprit du rédacteur, ce serait quelque que chose de « magique ».  Je vois écris dans le paragraphe d’introduction du domaine 4 « Cette démarche, mise en valeur par la pratique de l’observation et de l’expérimentation, développe à la fois le sens critique et la rigueur, le goût de la recherche et de la manipulation, ainsi que la curiosité et la créativité ». Bien voyons !! L’analyse des données, reprise plusieurs fois dans le, a aussi des limites. Par exemple, les exercices à la mode où il faut dire si une courbe descend ou monte et mettre des mots-clés à côté, n’ont strictement aucun intérêt pédagogique. C’est très facile de faire dire n’importe quoi aux chiffres. De vraies compétences d’analyse de données sans erreur d’interprétation demandent un niveau bac +5.  Ce n’est pas parce qu’il y a une corrélation entre deux séries de  données qu’il y a lien de cause à effet.

En réalité, un élève de collège ne peut avoir une démarche scientifique que sur des problématiques simples prémâchées ou dans le cas de travail bien encadré dans  un groupe de 8 élèves motivés (comme le concours Sciences à l’Ecole).  Les concepts pour décrire le monde s’apprennent. Des manipulations ou une approche ludique peuvent aider à mémoriser.  Par ailleurs, on ne crée pas à partir de rien.  On crée en adaptant des solutions existantes et en améliorant. La démarche pertinente est d’observer et comprendre comme marche une multitude de réalisation technique et se construire des représentations qui sont ensuite améliorer. Je vous suggère de visiter le musée des techniques de Berlin et de discuter avec les personnes qui s’occupent de son contenu, d’aller visiter tous les musées de Washington qui servent à l’instruction des jeunes des Etats-Unis.

La doctrine pédagogique à la mode en France, celle du môme qui retrouve tout seul les notions que les esprits les plus structurés ont mis 20 siècles à stabiliser, ne marche pas.

 

Pour les modifications nécessaires je vous suggère de repartir du texte de la version mise à disposition dans l’article du monde.fr  le  12/05/2014 (Que doivent savoir tous les élèves ? Le nouveau défi de Benoît Hamon, par Maryline Baumard).  Celui-ci  qui bien que n’étant pas finalisé est, pour le domaine 4,  bien plus proche de ce qu’il est pertinent d’écrire que la dernière version qui a servi à la consultation.

 L’introduction de la précédente version du 12/05/2014 convient tout à fait.

Les titres de chacun des paragraphes pourraient être :

- se construire une représentation cohérente du monde à partir des concepts stabilisés de la science,

- comprendre, démontrer et argumenter

- comprendre les solutions technologiques, créer à son tour et réaliser,

- comprendre les enjeux de la science et assumer ses responsabilités individuelles et collectives.

Le contenu des paragraphes doivent être repris.

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