Education: des erreurs dans la note de "Terra Nova"

Terra Nova, thinktank proche du PS, a publié une nouvelle note: « Démocratiser l'école : vers une nouvelle organisation des classes et des établissements » (cliquez ici pour la lire). Cette note est un document extrêmement intéressant, globalement pertinent avec, malheureusement, une analyse inexacte sur l’organisation du collège, car basée sur des informations fausses.

Terra Nova, thinktank proche du PS, a publié une nouvelle note: « Démocratiser l'école : vers une nouvelle organisation des classes et des établissements » (cliquez ici pour la lire). Cette note est un document extrêmement intéressant, globalement pertinent avec, malheureusement, une analyse inexacte sur l’organisation du collège, car basée sur des informations fausses.

Les auteurs ont vu l'importance de la dynamique de groupe classe et des aspects de bien-être à l'intérieur du groupe classe qui sont fondamentaux et très souvent oubliés. Les auteurs ont vu que les enseignants des ESPEs sont les ex-enseignants des IUFMs assez loin des réalités des établissements scolaires. Cependant, il est oublié que la pédagogie active tendance "pédagogo intégriste" (les élèves retrouvent tout seuls les concepts qui ont mis 20 siècles à se stabiliser), ne vaut pas mieux que la tendance qui oublie de prendre en compte que les classes sont hétérogènes.

Un pan de la note porte sur l’affectation dans les établissements pour une meilleure hétérogénéité des classes. La solution est de déterminer des zones comportant plusieurs collèges et de rechercher l’équilibre dans les affectations. Je suis convaincue, à condition que l'affectation ne soit pas réalisée par un logiciel aveugle dont les paramètres sont triturés par des bureaucrates. Il y a un refus de voir les effets pervers de ce type de logiciel à l'intérieur de l'éducation nationale, refus de voir érigé en langue de bois sanctuarisée. (Celle ou celui qui ne s'y conforme pas a de graves problèmes d'avancement).

Les auteurs ont aussi vu qu’il faut structurer l’organisation de l’école du socle pour permettre la progression de tous, en acceptant des contraintes uniquement aux bénéfices de ceux qui sont les plus en difficulté dans les apprentissages. Ce sont les plus en difficultés qui imposent le « cadre » du collège, les autres ont un soutien pour progresser à l’intérieur du cadre.

Les auteurs indiquent que, dans tous les modèles d’organisation, l’orientation vers une diversité des filières se fait en fin de 3ème.  J'écris depuis toujours que c'est lié à la maturité humaine qui arrive à 13ans (rite de passage de toutes les civilisations).  

Par contre, "Le modèle de l’intégration personnalisée" qui est présenté comme celui de l'Europe du Nord est une vision idéalisée qui n’existe pas vraiment. Comment je le sais ? Bien que comme les auteurs du rapport, je ne parle aucune des langues des pays concernés, j’ai  deux raisons que je vais développer plus bas dans le texte.

Le principe de base du modèle de l’intégration personnalisée est : des classes hétérogènes, une suppression totale du redoublement, et un soutien adapté aux difficultés de chacun, par du tutorat et des pédagogies coopératives, à l’intérieur de la classe. Là aussi, je suis toujours convaincue du bien fondé de ce modèle comme solution de base, comme je suis convaincue de l’importance d’apprendre aux enfants à connaitre et collaborer avec tous les autres enfants de leur classe d’âge y compris ceux qui ont des handicaps cognitifs importants.

Par contre,  le modèle présenté comme celui d’Europe du Nord n’est pas celui de la Finlande championne au PISA. Le collège finlandais qui est décrit page 78 du livre de Paul Robert apparu en "La Finlande : un modèle éducatif pour la France" . 2% d'un classe d'âge dans des écoles spécialisées, 6% dans des classes spéciales ou petits groupes dans des écoles ordinaires, 22% éducation spéciale à temps partiel. Il est  indiqué sur la même page, qu'il est possible de faire des dérogations sur le programme pour les enfants en grande difficulté. »

Il est clairement dit que les élèves ayant des difficultés cognitives fortes ou des lacunes ont parfois des cours différents d'un groupe classe. Personnellement, je ne crois pas qu'ils soient possible de faire travailler  des lacunes fortes dans certains fondamentaux de français (lecture,  base grammaticale, blocage devant l'expression écrite)  en classe hétérogène. Pour cela, je préconise des cours de français différents que le reste du groupe classe pour les élèves ayant des lacunes fortes sur les fondamentaux de français. Je ne crois pas qu’il soit possible de faire travailler la lecture dans une classe hétérogène, or il y aura toujours des jeunes qui l’ont insuffisamment acquis. L'apprentissage du travail en groupe hétérogène se fait dans les autres matières. Le tout est une question de bon sens. C’est ce qui est fait en Finlande.

D’ailleurs, il suffit de lire la présentation dans la thèse de Nathalie Mons page 256, pour le modèle d’intégration « personnalisée ».

« Si les élèves progressent ensemble, en suivant un même programme pédagogique, c’est parce que chacun d’entre eux est soutenu par des cours particuliers qui cernent ses difficultés propres. Ce soutien individualisé peut être une composante de l’enseignement public (pays nordiques) ou être dispensé comme un enseignement privé complémentaire (pays asiatiques). Dans ce modèle de gestion de l’hétérogénéité, le programme unique et la promotion automatique sont élevés au rang d’objectifs, le soutien individualisé est conçu comme un outil. Le parcours de chaque élève est donc à la fois intégré au sein de sa cohorte, grâce à l’existence d’objectifs pédagogiques communs, et différencié par une mise en œuvre personnalisée. »

Les auteurs de Terra Nova ont clairement revisité le modèle.

 Par ailleurs, les auteurs écrivent «  rien n’a été fait pour endiguer l'ouverture de classes de niveau ou classes à « profil », les établissements des quartiers populaires étant même encouragés à y recourir via les classes à « projet » ». Or, aujourd’hui ces classes quand elles sont choisies par une démarche volontaire, offrent indéniablement une moins mauvaise solution que l’abandon du jeune devant des contrôles qu’il ne peut pas réussir quels que soient ses efforts, à  cause de ses lacunes,  le conduit en fin de 3ème avec un niveau extrêmement faible et une estime de soi détruite.  Je suis d’accord avec les auteurs qu’à terme il faut les supprimer pour les élèves ayant une intelligence normale, mais  dans ce cas on propose avant aux élèves une solution alternative viable.  J’ai déjà écrit un billet à ce sujet.

http://blogs.mediapart.fr/blog/viviane-micaud/130813/le-college-unique-dans-la-loi-sur-la-refondation-de-l-ecole

 Comme les auteurs de Terra Nova je pense que le modèle de l’intégration individualisée que Terra Nova a rebaptisé intégration personnalisée est le modèle le plus efficace.  Toute la cohorte monte en même temps dans des classes hétérogènes, et les programmes et l’enseignement pratiqué doit permettre à chacun de progresser. Cependant les difficultés fortes portant sur des fondamentaux doivent pouvoir être traitées en dehors du groupe classe qui reste la référence, comme ce la se fait dans les pays qui utilisent ce modèle contrairement à ce qu’a affirmé les rédacteurs de la note de Terra Nova. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.