L'orientation de fin de 3ème : un impensé des théoriciens de l'école

Depuis 30 ans, la majorité des réformes dans l’éducation, sont construites de manière à ne pas entraver les intérêts tels qui sont perçus par les familles qui accompagnent leur enfant vers le lycée général puis l’université. Or, les jeunes qui vont vers le bac général représente 40% de la cohorte. Dans l’inconscient collectif, 60% des jeunes sont invisibilisés, d’où un sentiment d’hypocrisie.

Ce texte porte sur la faiblesse de réflexion de la société civile concernant les jeunes qui n'auront pas un bac général. Ces jeunes forment 60% de la cohorte des élèves et le système éducatif n'est pas structuré pour faciliter leur réussite.  Ils ont bien conscience de l'hypocrisie du système.

Le texte a été écrit en collaboration avec Véronique Gignoux-Ezratty.

L'orientation de fin de 3ème: un impensé des théoriciens de l'école par Viviane Micaud et Véronique Ezratty (pdf, 460.2 kB)

Résumé

Depuis 30 ans, la majorité des réformes dans l’éducation, sont construites de manière à ne pas entraver les intérêts tels qui sont perçus par les familles qui accompagnent leur enfant vers le lycée général puis l’université. L’analyse des documents issus des partis politiques et des think tanks montre qu’il n’y a pas de compréhension partagée dans la société civile impliquée, sur ce qui se passe après la Troisième pour la totalité de la cohorte.
Or, la part de bachelier dans une cohorte est de 80,4% dont 42,5% bac général, 16,5 % bac technologique, 21,7% bac professionnel (chiffre du ministère de l’Éducation nationale – depp-res-2019- consulté le 31/07/2021)). Il s’agit donc d’un impensé qui concerne 60% des cohortes de jeunes.
Il s’en découle une faiblesse de connaissance du monde du travail et des métiers dans l’école du socle, une incapacité de proposer des parcours qui leur conviennent aux jeunes qui sortent du collège avec des lacunes dans les compétences fondamentales, une contradiction entre l’injonction faite aux bacheliers professionnels de continuer leurs études après le bac et l’absence de parcours qu’ils ont une chance raisonnable de réussir.
Beaucoup d’écrits des théoriciens de l’école présupposent que toutes et tous les jeunes ont une capacité de repérer les éléments à mémoriser dans un texte, de les mémoriser et d’écrire aisément des phrases exposant des idées. Ce qui conduit à éliminer des possibilités d’acquérir des connaissances, celles et ceux qui n’ont pas cette compétence. Sans problème, car ils n’ont pas les mots pour le dire, et encore moins la capacité stratégique de se faire entendre sur ce sujet qui n’intéresse pas les groupes déjà organisés.
Ce document a comme ambition de proposer des clés de compréhension pour permettre la mise en place de dynamiques d’échanges sincères où participent des personnes impliquées sur le terrain et des personnes capables d’anticiper les effets liés aux dynamiques humaines. Il s’agit d’une première étape indispensable pour pouvoir proposer des réformes qui sont réellement utiles pour celles et ceux qui ont été oubliés jusqu’à aujourd’hui.

Table des matières

1    Le contexte de l’éducation pour les jeunes entre 15 et 18 ans    
1.1    L’après-collège, un impensé de la société civile concernant 60% de la cohorte  
1.2    La difficulté de mettre en place une gouvernance concernant l’offre de parcours professionnels après la Troisième
1.3    Un processus d’affectation qui permet d’exprimer ses souhaits
1.4    Les actions possibles pour améliorer la gouvernance
2    Les problématiques à approfondir 
2.1    La situation des 20% les plus faibles scolairement 
2.2    Des filières du professionnels qui ne font pas toutes rêvées
2.3    Les spécificités de l’apprentissage quand il concerne les 15-18 ans
2.4    La faiblesse de l’information en amont sur le monde du travail et les métiers possibles
2.5    Le déni qu’après la Troisième, les formations sont sélectives
2.6    La faible connaissance des règles de cooptation dans le monde du travail
2.7    Le déni que l’expression écrite est la première compétence de sélection dans le système éducatif français
2.8    L’illusion de la méritocratie
2.9    La « vente » de l’université naturellement accessible aux bacheliers professionnels 
2.10    L’invisibilité construite des élitismes concernant des domaines non-académiques
3    Conclusion 

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