Jetons nos enfants au milieu de la piscine sans bouée pour leur apprendre à nager.

Je précise toute de suite qu’il s’agit d’ironie. Mon but est de dénoncer une ficelle qui a permis de construire de toutes pièces un refus volontaires de reconnaître les difficultés rencontrées par les enfants et les enseignants dans l'Education nationale.

Je précise toute de suite qu’il s’agit d’ironie. Mon but est de dénoncer une ficelle qui a permis de construire de toutes pièces un refus volontaires de reconnaître les difficultés rencontrées par les enfants et les enseignants dans l'Education nationale.

En effet, parmi 50 enfants qu'on jetterait au milieu d'une piscine sans bouée, il y aurait 5 noyés, 44 traumatisés qu’il va falloir accompagner pour vaincre leur peur, et un qui a réussi le test et qui a acquis ainsi une confiance en lui à toute épreuve et qui a appris à nager extrêmement rapidement.

Il y a deux manières d’analyser la situation. La première consiste à faire le bilan global, catastrophique. La seconde est de focaliser sur celui pour qui c’est une réussite, et de dénigrer tous ceux qui rappellent qu’il y a eu des noyés et des traumatisés. C’est pourtant ce qu’avait choisi l’Education nationale, jusqu’à une période très récente, pour pouvoir faire l’autruche sur plusieurs dysfonctionnement du système.

Le plus révoltant concerne les enfants au collège qui ne maîtrisent pas la lecture et l’expression écrite. Pour ceux qui étaient, le plus en difficultés, il y avait des sections dérogatoires en plus petits effectifs. Quand celles-ci  servaient à exclure des classes normales  les élèves les plus perturbateurs, les résultats étaient peu convaincants. Quand celles-ci  étaient réservées aux élèves qui avaient prouvé leur volonté de saisir la chance pour s’en sortir, les résultats étaient plus que satisfaisants. Bien sûr, à la sortie, les réussites étaient, soit une orientation positive vers l’enseignement professionnel avec une confiance en soi rénovée, soit un redoublement dans des bonnes conditions pour pouvoir réussir des études longues.  Cependant, il faut comparer à leur situation s’ils étaient restés dans une classe normale, il s’agissait d’élèves dont 99,9% finissaient en situation de perte de confiance en soi avec une progression des acquis inexistante. Comme on dit, il n’y avait pas photo.

Bien sûr, il ne s’agit pas de la solution de fond qui demanderait de revoir le socle commun de connaissance, de compétence et de culture, les programmes et les contrôles, de manière à ce qu’ils soient conçus pour permettre à tous de progresser dans une classe hétérogène, mais il s’agit bien de la meilleure solution pour l’élève en grandes difficultés dans les contraintes actuelles.

Pourtant dans la recherche de diminution des effectifs d’enseignants pendant la triste période 2007-2012, une des solutions retenues a été de supprimer ces classes à petits effectifs, qui en plus généraient des redoublements qui faisaient tache dans les statistiques.  Peu importe que ces redoublements étaient salvateurs pour l’avenir de l’élève. En réalité, il s’agit d’une systématisation d’un courant qui avait été commencé plus tôt. J’ai vu la suppression d’une 4ème AS (Aide et Soutien) aux alentours de 2004 après qu’on ait obligé l’équipe enseignante de prendre des élèves sans volonté de travail qui ont bousillé la classe. 

Le rapport de la cour des comptes sur « L’orientation à la fin de collège » de septembre 2012 a montré que le taux d’élèves dans une 3ème générale est passée dans l’académie de Lille de 85% en 1995 à 91% en 2011, à la grande satisfaction des technocrates des services académiques. Il y a 4 périodes de diminution, entre 1997 et 1999 (sous Allègre), entre 2004 et 2006 (sous Darcos), puis entre 2008 et 2010 (sous Chatel). Seuls les dispositifs SEGPA et DP62 ont été conservés et accueillent chacun environ  4% des élèves de 3ème.

Pendant  que la communication du ministère portait sur les dispositifs DIMA3 qui concernaient que quelques élèves, les possibilités autres pour sortir les élèves de la spirale de l’échec ont été supprimées.

La droite houspille la gauche d’avoir supprimé ce DIMA, mais en réalité le bilan de la droite était vers l’abandon des jeunes en grande difficulté dans la 3ème générale, avec un discours des plus hypocrites.   

Personnellement, je suis pour le pragmatisme avec comme unique but, l’intérêt des jeunes. Cela demande de refuser les slogans simplistes, de repérer la langue de bois imposée par le système Education nationale, et d’aller voir la réalité des établissements.

 1 SEGPA, Sections d’Enseignement Général et Professionnel adapté

2 DP6,  Découverte professionnelle 6 heures

3 DIMA,  « dispositif d’initiation aux métiers en alternance ».

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