Une proposition pour le futur lycée général

Le lycée général a de nombreux contraintes de fonctionnement et de nombreux enjeux. Ce billet en fait une analyse structurée, il présente aussi une solution possible, qui pourrait servir de point de départ à la discussion.

Avant les présidentielles de 2012, divers représentants d’intérêts autour de l’éducation nationale avaient tracé le schéma du lycée idéal bâti autour d’un tronc commun et d’une orientation progressive et dans lequel le choix de l’orientation était entièrement au choix des parents. Je ne me reconnais pas dans ce schéma. Quand je prends en compte la diversité des parents telle que je la connais, la diversité des élèves telle que je la connais, j’anticipe un certain nombre de dysfonctionnements rédhibitoires. L’équilibre des pouvoirs dans l’éducation nationale a pour conséquence qu’un grand nombre que des personnes se sont senties obliger de vanter ce schéma. A titre d’exemple, récemment un responsable d’une association financée par l’éducation nationale m’a donné des informations fausses sur le système éducatif des Etats-Unis qui allaient tout à fait dans le sens voulu.

Nous avons vu dans le passé qu’un consensus entre les fonds de commerce qui gravitent autour de l’éducation nationale, n’est nullement une garantie de pertinence.

Quand Darcos a vanté, l’idyllique lycée finlandais qui, parmi les intérêts cités plus haut, a su analyser que, vue la diversité des élèves dans leurs acquis, leur envie de s’investir dans des efforts intellectuels, qu’’il était totalement impossible que le lycée décrit ait les résultats vantés ? Personne. 

Quand Darcos a arrêté sa réforme du lycée qui, parmi les intérêts cités plus haut a vu que la réforme n’a pas été arrêtée à cause des lycéens mais parce qu’elle était inorganisable, et que la nouvelle 2nde demandait plus d’heures-enseignants que la précédente ? Personne.

Quand Chatel a lancé sa réforme qui, parmi les intérêts cités plus haut, a vu que le principe du tronc commun qui aurait dû faciliter le changement de filière ne fonctionnerait pas ? Qui a vu que la filièreS, dite scientifique, devenait encore plus généraliste et dont plus attirante pour les très bons élèves ? Qui a vu les déséquilibres générés dans l’enseignement des sciences dans la filière S ? Personne.

Dans le cas où il y aurait des dysfonctionnements rédhibitoires dans le schéma concocté et que tout le monde est prié de vanter, qui parmi les intérêts cités plus haut, a les compétences pour les détecter ? A la lecture des trois réponses précédentes, nous pouvons l'affirmer : Personne !

Vous pouvez vérifier par vous-mêmes les éléments factuels sur les sujets cités dans le paragraphe précédent :

- le lycée finlandais

- l’arrêt de la réforme Darcos

- lycée de Chatel

Je vais donc présenter ma propre analyse du lycée, qui prend un peu mieux en compte certaines réalités de l’éducation nationale que l’ex-version officielle, mais, soyons modestes, peut-être pas toutes. Je dis l’ex-version officielle car certaines incohérences l’ont, semble-t-il, remise en cause.

La vision bac-3 et bac+3

Le ministère de l’Education Nationale et le Ministère de l’enseignement supérieur et la recherche travaillent ensemble pour traiter donner une cohérence aux apprentissages de l’entrée du lycée à l’obtention de la L3. Je suis tout à fait d’accord avec cette approche. Le lycée général et technologique doit préparer les jeunes à l’enseignement supérieur, à faire les choix de leur formation et avoir les acquis pour y réussir. Si les équipes qui ont fait la réforme de Chatel avaient eu cette approche, ils n’auraient pas conçu une filière S pour éliminer ceux qui n’ont pas les compétences pour faire des études supérieures littéraires. Ils auraient fait une filière pour préparer aux études scientifiques et pour permettre aux jeunes de tester leur goût et prendre confiance dans leur capacité à réussir dans ce type d’études. Ce que ne permet pas la filière S, telle qu'elle est faite aujourd'hui.

L’accueil en Seconde Générale et Technologique des jeunes en grandes difficultés

Les enjeux de ce point sont très mal analysés.  Ce que le grand public ne sait pas est qu’une classe de collège est dans la quasi-totalité des cas, composés de trois groupes d’élèves clairement séparés :

  • la tête classe (notes au-dessus de 14) : 3 à 5 élèves,
  • les moyens  (notes entre 8 et 12,5) : la majorité,
  • les élèves en difficultés (note au-dessous de 7) : 5 à 6 élèves. 

Le collège tel qu’il est organisé aujourd’hui, ne donne aucune chance de s’en sortir aux élèves qui maîtrisent insuffisamment la lecture et l’expression écrite.

Il y a une omerta sur ce point. Car, si on se reporte à la langue de bois officielle, ce serait la faute des enseignants qui font mal leur travail en ne les aidant pas suffisamment. La réalité est que certains élèves ont des lacunes en lecture ne pouvant pas être rattrapés, ni dans des cours collectifs ni avec 10 minutes de vrai soutien toutes les semaines. Ces élèves ne comprennent que partiellement les énoncés. La réalité est que la manière imposée de contrôler les connaissances exclus ceux qui ne maîtrisent pas l’expression. Dans les faits, dans l'organisation actuelle, il est totalement impossible de faire le programme et de faire rattraper des lacunes sur les fondamentaux aux élèves qui sont déjà noyés.

A un niveau du collège, il faut changer la manière de voir les programmes pour qu’ils soient adaptés à une classe hétérogène. Il faut mettre des moyens plus importants pour détecter et traiter les difficultés portant sur la lecture et l’expression écrite.   

Cependant, les programmes changeront en 2015 et il faudra de nombreuses années pour arriver au même niveau que les meilleurs systèmes éducatifs où 5% des élèves maîtrisent insuffisamment les fondamentaux à la sortie de 3ème.

La réflexion sur l’orientation  en fin de 3ème aboutit à la conclusion : il ne faut pas mettre un élève dans une formation pour laquelle il ne s’est pas impliqué. En effet, il y a trop d’abandon, trop de frustrations quand on se retrouve à apprendre un métier qui n’est pas l’aboutissement d’un choix.

La question est  que fait-on de ces jeunes qui n’ont pas les acquis pour suivre une 2nde générale et Technologique et qui n’ont pas trouvé de point de chute ? Ils peuvent :

  • solution 1 : redoubler (Inconvénient : Cela ne fait pas beau sur les statistiques),
  • solution 2 : aller dans une classe spéciale intermédiaire entre la 3ème et la 2nde (comme en Finlande)
  • solution 3 : aller en 2nde Générale et Technologique.

Accueillir des enfants ayant des lacunes sur les fondamentaux en 2nde Générale et Technologique suppose, au pire,  adapter les effectifs à la baisse pour être capables de gérer les perturbateurs ainsi hérités, au mieux pour eux, adapter les programmes, les moyens et les effectifs de la 2nd GT pour permettre une gestion de classe hétérogène en reportant la préparation aux études supérieures  de ceux qui préparent un bac général, d’un an.

Là-dessus, j’ai deux convictions :

Conviction 1 : « Refuser l’hypocrisie». Si on choisit une hétérogénéité dans les classes de 2GT du même niveau qu’une classe de Troisième, il faut mettre les moyens de la gérer et ne pas faire l’autruche sur les conséquences sur la classe et sur les difficultés que vont rencontrer ceux qui ont de graves lacunes dans les apprentissages. 

Conviction 2 :  « La 2nde GT doit rester la première marche du lycée général et technologique, non pas le dernier niveau de l’école du socle. Ce n’est pas compatible avec l’accueil correct de ceux qui ont de graves lacunes dans les acquis fondamentaux. (Et, il y aura toujours des élèves dans ce cas). J’exclus donc  la solution 3, parce si le collège ne doit plus être un petit lycée, le lycée lui doit rester un lycée qui prépare à l’université. Trois ans, une année de transition et deux années de préparation, ne sont pas de trop.

L’apport de la commission d’appel de fin de 3ème

Le but de la commission d’appel est de donner un recours aux parents.  Quand les parents souhaitent une orientation vers la 2nde Générale et Technologique et que le conseil de classe pense que l’enfant n’a pas les acquis pour avoir une chance raisonnable de réussir, il y a une discussion entre les parents et le chef d’établissement et dans le cas où les désaccords persistent, une commission d’appel tranche. C’est un système qui fonctionne bien. En tant que représentante d’une association parents d’élèves, j’ai participé à de nombreuses commissions d’appel (une vingtaine en tout) et je n’ai souvenir que de deux cas où je pense que la commission s’est trompée.

Les associations de parents d’élèves souhaitent leur suppression pour une mauvaise raison. Les membres des ces associations sont des parents impliqués qui ont une compréhension des enjeux et une capacité d’aider leur enfant que la majorité des parents n’ont pas, aussi si on permet à ces personnes de choisir, il n’y aurait pas de catastrophe. Cependant, comme ils n’avaient pas vu les effets indésirables de l’assouplissement de la carte scolaire, ils n’ont pas vu que les classes seraient encombrées de perturbateurs qui empêcheraient leur petit chéri d’avoir un bon environnement de travail. Les membres des associations de parents d’élèves ne sont représentatifs que  des 10% de parents qui s’investissent pour pouvoir aider leur môme, pas du tout de la totalité des parents.

Les professeurs principaux se sentent désavouer quand la commission d’appel prend une décision différente que celle du conseil de classe. Pour éviter cela, il faudrait que l’éducation nationale communique de manière adéquate pour désamorcer ce sentiment. Malheureusement, sauf initiative personnelle du chef d’établissement, ce n’est pas le cas.

La raison invoquée par les services académiques est qu’il n’y a que quelques cas en cause. Ce serait plus simple de les accorder. Il s’agit d’une erreur d’analyse. Il n’y a quelques cas, parce qu’il y a une multitude de parents qui n’ont rien tenté ou abandonné quand ils ont compris qu’ils n’avaient aucune chance.  C’est comme dire en 1980 : « On peut supprimer le mur de Berlin, car il n’y a, en moyenne, que 200 personnes par an qui essaient de le franchir et nous pouvons perdre 200 personnes par an. »

La commission d’appel agit comme un système de régulation de  l’acceptation en 2GT. Cela permet à des personnes de l’extérieur de comprendre le pilotage de l’établissement d’où viennent les jeunes.

Il existe un autre argument, pas plus valable : « Cela n’existe qu’en France ». Oui, dans les autres pays après la 3ème , c’est le lycée ou l’établissement d’accueil  qui décide, sur dossier, d’accepter l’enfant en fonction de ses résultats et de sa motivation. Le dernier mot aux parents n’existe nulle part.

Conviction 3 : « La commission d’appel a un rôle régulateur primordiale. Ce serait une erreur de la supprimer. »

Les moteurs de la hiérarchisation des filières

Les très bons élèves vont généralement en S, car c’est une filière généraliste qui laisse toutes les portes ouvertes après le bac. Elle exige le même niveau que la filière L, pour l’expression littéraire : 25% des élèves d’ hypokhâgne, la plus sélective des filières littéraires ont un bac S. C’est celle qui a le plus haut niveau d’exigence en maths. Elles ouvrent la porte des filières où pour y réussir, il faut avoir une bonne capacité logique et une maîtrise d’outils mathématiques. 

En réalité le premier tri est fait sur la capacité de rédiger suivant les codes de l’expression nécessaires aux études littéraires. Il s’agit d’un tri binaire. Ceux qui sont jugés capables et ceux qui sont orientés vers les filières technologiques. Ensuite, il y a un tri la capacité d’assimiler des concepts de Maths entre la filière L, la filière ES et la filière S.

Ce mécanisme s’explique par la différence de construction de la compétence en « expression littéraire » et de la compétence  «mathématiques ». 

La compétence littéraire à deux paliers, le premier «  arriver à exprimer ses idées et faire des démonstrations en parfait français, sans fautes d’orthographe », le deuxième « arriver à caser des mots-clés et faire des paragraphes équilibrés en respectant les codes artificiels d’expression nécessaires aux études littéraires ».  Théoriquement l’admission en 2GT nécessite d’avoir atteint le premier palier.  Un étudiant qui arrive en L1- Histoire à l’université et qui a un quart des connaissances d’histoire de ses  petits camarades, mais qui maîtrise les exigences du deuxième palier, réussira.

Contrairement à ce que croit le grand public, il est possible d’avoir une bonne culture générale, une capacité très forte de comprendre la nature humaine dans sa diversité et de faire un blocage devant les exercices du deuxième palier.

La compétence « mathématiques » se construit sur un mur de briques, où il faut avoir acquis les briques des notions précédentes pour réussir.  Il est impossible d'assimiler une notion  sans avoir assimiler d'autres notions. Il est impossible d’étudier les dérivées sans avoir vu les notions de continuité, etc.. La supériorité fonctionnelle des « mathématiques » et qu’il est possible de mettre une échelle sur le niveau d’acquisition des concepts. La capacité logique d’un élève peut se mesurer avec une échelle linéaire, contrairement à la capacité littéraire. Les écarts sur les notes en mathématiques (sur des exercices non ambigus, avec barème pertinent et correcteurs qualifiés) sont faibles, contrairement à celles concernant les matières littéraires.  Comme l’esprit humain aime bien ce qui se mesure, ce critère est utilisé dans l’accès aux formations supérieures, y compris là où ce n’est pas justifié par la nature de la formation.  La phrase de Vincent Peillon dans son livre « Refondons l’école » page 121, est globalement fausse : « Des études en docimologie, la science de la notation, ont montré que même lorsqu’il existe des barèmes extrêmement précis, non seulement la note dépend des correcteurs, y compris dans les matières scientifiques censées être plus objectives, mais elle varie pour un même correcteur selon le moment où un travail est corrigé. » Avec des exercices non ambigus et des correcteurs qualifiés, les écarts sont très faibles en mathématiques et en physique.  (A cause des tensions entre ces deux types de compétence, il y a eu des études avec des énoncés d’une ambiguïté calculée et des correcteurs non qualifiés, qui ne correspond pas à la normalité d’un système éducatif normalement régulé.)

Conviction 4 : Il est nécessaire de proposer deux parcours en expressions littéraires après la 2nde « Un qui correspond aux exigences des filières Technologiques » et « un qui correspond aux enseignements dans les matières littéraires de ES et de S. ». Les deux parcours portent sur le français, l'histoire-géo et la philosophie. Il s’agit d’une logique différente et il est totalement impossible d’envisager un tronc commun à ces deux parcours.

Conviction 5 : Il est nécessaire de proposer trois parcours en mathématiques après la 2nd.

«Parcours de base (PMb) -  Pour la maitrise des maths nécessaires à l’enseignement en école primaire et à la vie de tous les jours » (pour ceux qui ont déjà choisi une orientation littéraire),

« Parcours de niveau 1 (PM1) – Pour l’outillage mathématiques pour la filière ES et la filière Technologique  avec une spécialité Industrielle »,

« Parcours de niveau 2 (PM2) – pour ceux qui ont envie de s’investir dans l’apprentissage et l’assemblage des outils de la logique nécessaire à la recherche en mathématiques. (Le parcours 2 donnerait également l’outillage de base du parcours 1).

Il s’agit d’une logique différente et il est totalement impossible d’envisager un tronc commun à deux quelconques de ces parcours.

Le parcours PMb sera présenté comme un parcours dérogatoire, possible uniquement pour ceux qui ont choisi la très élitiste "dominante littéraire" ouverte uniquement aux PEL2, et aux filières technologiques pour lesquels les exigences de PM1 ne se justifient pas (sanitaire et sociale ou gestion ?). Le PM1 sera recommandé pour garder un plus grand nombre de portes ouvertes, lors du palier d'orientation de fin de lycée.

Conviction 6 : Il y a aucune justification d’imposer une dominante sur la physique à ceux qui ont choisi le parcours de niveau 2 en mathématiques. Il est possible de choisir d’approfondir « les sciences économiques et sociales » ou même « la littérature approfondie » (si le jeune a choisi le parcours 2 en expression littéraire).

Conviction 7 : Il y a aucune justification d’imposer le « parcours 2  des littéraires » à ceux qui ont déjà choisi des études scientifiques.  En effet, il n’y a aucune relation de cause à effet entre la culture générale, la capacité à donner du sens et savoir « questionner la question » à la manière des littéraires. Je fais de ce point une affaire personnelle sur laquelle je ne céderai pas. En effet, j’ai pu accéder aux plus hautes études scientifiques grâce au bac E, supprimé en 1995. Mon deuxième fils, bachelier S en 2008, n’aurait jamais pu passer le cap de la terrible 1ère S qui sélectionne sur la capacité de faire des études supérieures littéraires, du lycée de Luc Chatel. Théoriquement, la moitié de mes petits-enfants à venir auront les mêmes difficultés. Il s’agit d’une discrimination injustifiable  contre celles et ceux qui me ressemblent.

Le principe du tronc commun n’a pas fonctionné dans le lycée de Chatel

L’orientation progressive vantée dans la réforme ne fonctionne pas. Il n’est ni plus ni moins difficile qu’aujourd’hui de changer de filière à l’issue de la 1ère. De S vers L : possible sans avoir à travailler pendant les vacances ( 1% concernés avant la réforme), de S vers ES : possible à condition de rattraper les fondamentaux de SES pendant les vacances (1 pour mille avant la réforme), ES vers L possible (je n’ai pas les statistiques). L et ES vers S (impossible).  Imaginer que plus de 0,5% des jeunes d’aujourd’hui sont prêts et capables de récupérer seuls des fondamentaux d’une matière pendant les vacances était évidemment  une vue de l’esprit.

Conviction 8 : « Le principe du tronc commun du lycée général ne peut pas fonctionner », car les différences respectivement, entre les « parcours littéraires »   et « parcours mathématiques » sont sur des fondamentaux qui ne s’apprennent pas en une semaine d’auto-apprentissage.  

Le tout modulaire n’a jamais donné satisfaction

En Finlande, le lycée modulaire a évolué car il était en dysfonctionnement comme le montre un papier du 4 mars 2009, de Paul Robert, l’auteur du livre sur le système éducatif Finlandais : L’éducation finlandaise revisitée

Le tout modulaire ne peut pas permettre d’obtenir un fonctionnement satisfaisant. Les raisons sont nombreuses. La première est qu’à cause des contraintes d’organisation, les choix sont de toute façon assez limités. (On ne va pas mettre en place un cours pour moins de 20 élèves). Ensuite, à cause de la plus grande difficulté à se construire un but dans un système trop complexe pour être lisible. Enfin à cause du manque de la sécurisation par le groupe-classe.

Conviction 9 : « La dynamique des groupes-classes est fondamentale pour permettre la réussite de l’élève ».  D’ailleurs, j’ai entendu, lors d’une conférence, Eric Maurin citer une étude faite en Israël sur les facteurs de réussite au collège : le premier était de pouvoir conserver ses amis lors du passage entre l'école primaire et le collège.

Conviction 10 : « Les parcours doivent être lisibles en terme de compétences obtenues »

Cela veut dire que la majeure partie des parcours doit être fléchée sur des choix limités. Une plage horaire concernant 10 à 15% peuvent être des conférences ouvertes à tous les élèves. Pour cela, il est nécessaire que chaque lycée ait une salle de conférence dans le lycée avec un nombre de places suffisant.

L’enseignement des langues

Dans le monde professionnel, la langue de communication est l’anglais uniquement l’anglais et seulement l’anglais. C’est le cas dans des multinationales dont aucune des filiales n’est dans un pays anglo-saxon et pour les conférences internationales pour exposer les travaux des chercheurs.

Conviction 11 : L’anglais doit être l’unique langue obligatoire au lycée.

Il est possible pour tous d’avoir une ou deux langues supplémentaires. Je propose un temps dédié à l’apprentissage des langues. Ceux qui ont des acquis corrects en anglais peuvent demander d’autres langues.

Conviction 12 : Les solutions d’auto-apprentissage des langues par Internet doivent être développées.  Elles sont complétées par un entrainement à l’oral en petits groupes. C'est particulièrement souhaitable pour les langues rares, qui seraient de fait réservées aux élèves capables d'auto-apprentissage.

Le baccalauréat

Le baccalauréat est considéré comme anormalement stressant et prenant un temps important sur les enseignements.  Celui-ci peut très certainement être simplifié.

Toutefois, il ne faut pas oublier son rôle de repères du niveau des établissements. C’est en comparant le résultat du bac aux moyennes obtenues dans le même établissement en Première et en Terminale qu’on détermine le niveau d’un établissement. Sans ce point de repère, il serait impossible d’évaluer un élève d’un établissement du 9-3 à partir de ces notes.  Pour ce qui est du domaine des fondamentaux et qui interviennent dans la capacité pouvoir réussir une formation, il est indispensable d’avoir une épreuve réputée identique au niveau nationale.

Dans le livre de Paul Robert « La Finlande : un modèle éducatif pour la France ? » l’examen final est décrit. En Finlande, la matriculation (équivalent du bac) comporte 4 épreuves dont une obligatoire : la langue maternelle. Les mathématiques sont dans les épreuves facultatives et il y a deux niveaux possibles (normale et avancée).  C’est piquant de constater que le lycée finlandais opère un « tri » sur les maths.  Il est possible d’avoir un bac sans maths, maths normales ou maths avancées. Chacune de ces options n’ouvre pas les mêmes portes dans l’enseignement supérieur.

Conviction 13 : Il est indispensable d’avoir un examen final réputé de niveau identique national pour chacun des parcours portant sur la « capacité d’expression écrite » et le « niveau acquis en maths ».  Celle ou celui qui aura réussi l’examen « parcours d’expression littéraire niveau 2 » sera considéré comme ayant la même capacité de rédaction quel que soit son lycée d’origine. Celle ou celui qui aura réussi l’examen « parcours mathématiques de niveau 2 » sera considéré comme ayant la même maîtrise des outils mathématiques quel que soit son lycée d’origine. Pour l’expression littéraire, il est nécessaire de mettre les moyens pour diminuer le caractère aléatoire dont la sélection des correcteurs, la double correction systématique ou aléatoire avec un des correcteurs dont la fiabilité est reconnue.

L’orientation

L’orientation est un sujet à part entière. Mes convictions , que je ne justifie pas ici, sont les suivantes :

- Il y a un moment vers 14-15 ans, où il faut passer de l’enseignement unique à l’enseignement en groupes plus homogènes. Ce moment est lié à l’étape de la maturité humaine qui arrive vers 13 ans. (La quasi-totalité des  civilisations anciennes ont un rite de passage de l’adolescence au monde des adultes à 13 ans. En France, les rois devenaient majeurs à 13 ans.)

- L’orientation est un chemin cognitif qui se fait dans la durée. Le parcours cognitif doit donc, pour être suffisamment réfléchi, être commencé au début ducollège. Le premier pas d’orientation doit être en fin de collège.

- Il est nécessaire d’arrêter l’hypocrisie. « Il n’y a pas de hiérarchie de dignité entre les différentes formations et métiers ». Tous les métiers sont aussi indispensables pour faire fonctionner le monde. Le but est que tout le monde ait un métier choisi parmi les possibilités, qui ne déplait pas et qui permet d’avoir un revenu suffisant pour la vie choisie. Cependant, il y a des métiers qui exigent plus ou moins d’heures de travail, qui rapportent plus ou moins d’argent, qui donnent plus ou moins de degré de liberté d’actions. Et ceci crée une hiérarchie des métiers qui n’est pas sur la « dignité du métier", identique pour tous les métiers, mais sur « les avantages qu’il est possible d’en tirer ». Il faut que le système éducatif soit clair sur ce message au moment du pas d'orientation sous peine de créer du malaise.

- En fonction des acquis à chaque pas d’orientation, tous les parcours ne sont pas possibles. Seul un groupe représentant la communauté éducative proche du jeune et de la formation où il veut aller, est capable de dire si le jeune a une chance raisonnable de réussir. Le doute doit lui être favorable.

- Aucun élève ne doit être dans une formation professionnalisante  alors qu’il ne s’est pas impliqué psychologiquement dans ce choix.

- Pour permettre de bien choisir, il  convient dès la 6ème avoir une formation « connaissance du monde économique », qui montre le fonctionnement des organisations qui permettent de produire des biens et des services et ainsi que, les métiers concernés qui sont, tout aussi indispensables, et qui ont une égale dignité, tous accessibles aussi bien aux filles et aux garçons, et à toutes les diversités qui composent la société.

En conclusion : le lycée de demain

Après la 2nd , l’élève choisit le parcours  « expression littéraire » PEL1 ou PEL2 qui comprend le français, l’histoire-géo et la philo, le parcours Mathématiques PMb, PM1 ou PM2 et une dominante (approfondissement littéraire, sciences économiques et sociales, Physique, Ingénierie, Laboratoire, etc..). Quand c'est nécessaire la dominante pourra comporter les maths complémentaire au PM1, qui seront enseigné par l'enseignant de la matière qui en a besoin. Il n’y a plus de différence entre filière technologique et filière générale, cependant (comme en Finlande) le parcours est inscrit dans le diplôme.  Un bachelier PEL1,PM1 ne sera pas considéré comme ayant les mêmes acquis qu’un bachelier PEL2-PM2 qui sera considéré comme équivalent à un bac S et un bachelier PEL2-PMb sera considéré comme équivalent à un bac L, et le bachelier PEL1-PM1 avec une dominante scientifique comme un bac STI.  

Le conseil de classe accepte ou non l’accès au niveau de parcours. La majorité des élèves devrait être en PEL1-PM1.  PEL2 et PM2 sont toutes deux des parcours élitistes. PMb est destiné aux élèves qui, ayant du mal avec la logique, font le choix raisonné de se restreindre aux formations qui en n'ont pas besoin de maths au-delà du niveau basique.

Il y a des restrictions dans le choix des dominantes. Les dominantes « approfondissements littéraires » ne sont accessibles qu’aux élèves ayant choisi le parcours PEL2. Les dominantes scientifiques sont toutes accessibles aux élèves (PEL1 ou PEL2) et (PM1 ou PM2).

Un petit bémol. Je ne suis nullement certaine de la faisabilité des emplois du temps. Pour cela fonctionne, il faudra réserver des plages horaires pour les dominantes. Par exemple :  Lundi matin, Mardi Après-Midi, Jeudi Matin, Vendredi Après-Midi, toutes les Premières ont « dominante ». Lundi après-midi, Mardi Matin, Jeudi Après-midi, Vendredi matin, toutes les Terminales ont « dominante ».  L’élève appartiendrait à deux ou trois groupes-classes en fonction des regroupements.

Il reste maintenant à vérifier la faisabilité et construire une 2nde GT en articulation avec le nouveau collège.  Ce sera pour un prochain billet.

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