Comme un baron en sa baronnie (partie 1)

La Révolution Industrielle... Ses fumées noires, ses odeurs de charbon et de sueur, son vacarme triomphant sur fond d'Aïda, de Verdi. Il y eut Dickens en Angleterre, Zola en France, Twain aux Etats-Unis, et bien d'autres encore ailleurs. Mais la Terre (du moins sa partie occupée par des Occidentaux, la seule réellement comptabilisée à l'époque), n'était pas peuplée que d'ouvriers

Au grand jeu des parallèles historiques, certains sont convenus, comme enfoncer des portes ouvertes (les heures sombres de l’histoire, et leurs point Godwin impromptus), d’autres plus étonnants (le Général De Gaulle aurait-il fermé les petits commerces, si, cherchez bien, derrière la profonde stupidité du propos on trouve de la surprise… un peu). D’autres enfin carrément inusités (le parallèle osé qui fut fait dans ces lignes entre Trump et Milosevic, ou un autre au cours d’une discussion entre l’Union Européenne actuelle et la République de Pologne-Lituanie au XVIIe siècle, plus intéressant qu’il n’y parait, peut-être y reviendrais-je).

Mais à ce grand jeu, il en est un qui me parait suffisamment pertinent pour mériter d’être exploré. Il y a environ un siècle et demi, alors que l’Europe, juste sortie ou presque du congrès de Vienne poursuivait sa lente transition depuis un absolutisme post-féodal vers une révolution industrielle alors bien entamée et découvrait les joies du capitalisme (La Richesse des Nations avait déjà un nombre respectable de décennies, le libéralisme dérégulé prenait ses quartiers en Angleterre d’abord, la France de la Révolution de Juillet n’étant pas longue à suivre).

Et outre-Atlantique, que se passait-il ? Eh bien assez logiquement, plus ou moins la même chose. La fièvre capitaliste s’était emparée du Nouveau Monde, et, propulsée par les fantastiques ressources qui s’y trouvaient créait comme jamais richesse, prospérité économique, et bien être social. La machine à vapeur, le chemin de fer, l’acier, puis le pétrole et l’électricité, l’automobile ont permis à la science, ou plutôt l’ingénierie de progresser incommensurablement vite. Une minute, … Bien-être social, …

Il faut croire que Mandeville s’était de fait un peu trompé. En effet, aux Etats-Unis, libérés des contraintes de territoires par la poussée vers l’Ouest, libérés des contraintes de chauvinisme (ou presque) par l’absence d’ennemis susceptibles de les concurrencer sur leur continent (qu’ils s’étaient amicalement appropriés via la doctrine Monroe quelques décennies plus tôt), libérés de la géopolitique par leur isolationnisme à géométrie variable, et libérés d’impératifs étatiques trop envahissants par un état fédéral… relâché, une nouvelle caste avait émergé.

Les barons voleurs. Un ensemble de capitaliste, soit héritiers, ou self-made men pour certains, qui avaient pour point commun de s’être accaparés une fortune si considérable et un pouvoir si énorme que certains sont aujourd’hui cités parmi les hommes les plus riches de toute l’histoire de l’humanité (Andrew Carnegie, ou John Rockefeller). Bon, certes, un belle page d’histoire, mais pourquoi ? Pour un ensemble de raisons, les barons voleurs ne s’étaient pas enrichis tout seuls, ils avaient tiré profit d’un ensemble d’éléments consubstantiels à l’époque où ils vivaient pour consolider leur pouvoir personnel.

Et puis aussi (et surtout) parce que ces braves gens, de par leurs actions, de par les conglomérats industriels qu’ils ont constitués (par exemple les décombres de la Standard Oil) ont laissé des éléments qui influent encore, et pas qu’un peu, sur le monde dans lequel nous vivons. Mais ça n’est évidemment pas l’unique raison pour laquelle j’en parle.

A suivre…

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