La gauche (dés)unie

Déjà désolé du retard, on est sur un VpourDimanche, mais bon … Enfin dans tous las cas, on parle beaucoup d’union de la gauche ces temps-ci. D’ailleurs, je ne sais pas si vous avez noté, et c’est assez rigolo (ha, ha… ahem), quasiment tous ceux qui veulent l’union de la gauche la veulent autour d’eux.

Mais du coup, c’est quoi la gauche ? Enfin, plus exactement, c’est quoi les gauches ? Parce que bon, en vrai il faut quand même le dire, fut un temps, pas tout a fait révolu, où il fallait une encyclopédie pour distinguer les factions de cette brave gauche, et un microscope pour en distinguer les différences. Et c’est pas tellement révolu, en fait. Mais on va essayer de prendre un chouïa de hauteur, et d’étudier la substantifique moëlle des gauches, comme celle des droites fut habilement étudiée, voilà quelques temps.

A tout seigneur, tout honneur, les sociaux-démocrates. Ils se sont rêvés la preuve que l’économie de marché mondialisée à visage humain pouvait avoir une réalité, ils sont, en fait, ce qui est resté collé sur la paroi, lorsque la gauche s’est fracassée la tête la première sur le mur de l’argent. Incarnation vivante de l’impératif contradictoire, le social-démocrate est intimement convaincu que le changement dans la continuité est possible. Il croit dans la responsabilité sociale des entreprises, le réformisme, la flexisécurité et la finance verte. Il croit dans la moralisation du capitalisme, l’économie sociale de marché, mais aussi dans la nécessaire réduction de la dette et la responsabilisation des individus. Il croit qu’en consommant mieux, plus local, plus circulaire, à l’échelle de chacun, en partageant les pétitions et en votant, le système fournira de marginalement meilleures conditions de vie à tous dans les limites du possible. Et que ce sera pour le mieux. Il croit, comme Liebnitz, que nous sommes dans le meilleur des systèmes possibles, que tout pourrait aller mieux pour toutes les minorités si chacun faisait un petit effort. C’est un grand croyant. Mais il est par-dessus tout persuadé d’être le seul raisonnable, responsable, et qu’à terme et qu’en dernière analyse, il n’y a pas d’autres alternatives. En un mot comme en cent, le social-démocrate est chiant.

Ensuite, et comme il lui fait souvent contrepoids, vient le souverainiste réindustrialisateur. Son idéal, c’est les Trente Glorieuses, voire, pour les plus extrêmes, le programme du CNR. Il a son drapeau français, évidemment made in France, son couteau Laguiole fabriqué dans le patelin du même nom, passe ses week-ends dans les plus beaux villages de France, et s’enorgueillit de se chauffer au nucléaire. Il considère, évidemment, que la France a été bradée, à vil prix, aux requins banquiers de la finance oligarchique internationale, que l’Union Européenne est une bride sur le cou du cheval fougueux de la France, cet étalon de créativité et de productivité. Il veut des voitures issues du capitalisme hexagonal, équipées de pneus issus du capitalisme hexagonal pour rouler sur des routes construites par le capitalisme hexagonal permettant d’aller faire ses courses dans des marchés de producteurs français. Et tant pis pour le reste du monde, après tout, c’est eux que ça regarde. Quelqu’un a dit minorités ? … Ah, non, personne.

Et quand il a le spleen, le souverainiste réindustrialisateur regarde du côté de son grand père, le communiste productiviste. Espèce en voie de disparition depuis le Programme Commun, se rencontrant principalement dans les EHPAD et à la fête du l’Huma, entre Renaud saoul et Pierre Laurent seul, le communiste productiviste se souvient des jours glorieux. Le Front Populaire, Jacques Duclos, Maurice Thorez, Georges Marchais pour les plus frais. L’échec du bloc de l’Est, la conversion de la Chine au communisme, Robert Hue… Il a tout pris dans la gueule, et il a continué. Il croit dans la lutte des classes, les petits matins radieux de la révolution prolétarienne, et, les bons jours, la collectivisation des moyens de production. Il était probablement en vacances ces cinquante dernières années (ou dans l’éducation nationale, ce qui est assez équivalent). Mais il conserve une certaine aura romantique, comme une photo sépia… Peut-être sera-t-il ressuscité en filtre Instagram ?

Suite, bien évidemment, au prochain épisode ! Et sans teasing, il y aura, en guest star, le déconstructiviste (dis moi d’où tu parles, et je te dirais qui tu es… du coup ton discours importe peu, en fait, et tais-toi s’il te plaît). Et, naturellement, son ami l’écologiste alarmiste (la salut de la planète et de l’âme par le yoga, les AMAP et l’attractivité croissante des métropoles). Et puis, parce que bon, on essaie un peu ici aussi de ne pas énumérer pour la beauté du geste, on essaiera de discuter chiffre et union.

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