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Billet de blog 26 mars 2021

Réponse aux réponses à Usul

‘Vieux mecs blancs’… Une expression qui fait florès de nos jours, reprise avec pertinence (si l’on en juge par leurs audiences) plutôt que par originalité par un sacré paquet de chroniqueurs (dont Usul, auquel j’essaie de répondre) qui ne sont, on l’imagine, ni vieux, ni maîtres (pardon, je m’égare)… ni mâles, ni blanc, en tous cas pas les trois à la fois, on est content pour eux

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Bon, mais reprenons, pour trouver, comme le disait Albus Dumbledore (vieux mec blanc s’il en est) le raisonnement qui se cache derrière l’insulte. Il est de bon ton, de nos jours, de décliner avant tout prise de parole, son positionnement, comprendre, dans quelles catégories on entre, blanc, non blanc, homme femme, ou pas, hétéro, etc …

Et, évidemment, qui dit catégorie dit hiérarchie. Implicite, parfois, explicite, fréquemment, mais hiérarchie dans tous les cas. Et évidemment, cette hiérarchie a été utilisée par le passé, est toujours utilisée, pour bloquer l’accès à la parole publique à un ensemble de groupes, discriminés. Publier un article dans le Post ou le Times dans les années 60 quand vous étiez noir était chose relativement complexe.

Mais une nouvelle donne technologique est venue bouleverser ces usages. Dans nos contrées occidentales (et principalement là, en vérité, le reste du monde dans lequel le déterminant social reste de très loin prépondérant est non pertinent dans l’analyse que nous étudions – qui est celle de celui auquel répondent ceux auxquels notre réponse répond – en toute clarté), un beaucoup plus vaste panel de gens accède à la parole publique.

Et évidemment, cette nouvelle donne créée une nouvelle arène, au sein de laquelle les anciennes armes n’ont plus cours. Il faut donc user de nouveaux stratagèmes, de nouvelles techniques pour faire porter sa parole plus loin ou plus fort que celle de son opposant.

Et c’est là qu’on reboucle sur nos vieux mâles blancs (les fameux, ils végétaient). Très clairement, l’emploi de ce qualificatif est une tentative, même pas voilée de disqualifier l’adversaire, de gagner en somme la guerre idéologique, c’est celle qu’emploient Usul & consorts. Et c’est (en plus d’être infiniment con), idéologiquement très ennuyeux (pour ne pas tomber dans la vulgarité). En effet, si nier l’influence du prisme socio-culturel dans lequel nous vivons serait une absurdité (ce prisme se manifestant en particulier par la culture et l’éducation), en revanche, caractériser sans autre forme de procès les individus par à leurs déterminants l’est tout autant.

Ce raisonnement est problématique par trois aspects, en fait. Premièrement, il traduit (il est, en réalité) le rototo d’une philosophie américaine mal digéré qui sort par là où elle peut (et c’est souvent par la gueule – pof, re-paraphrase). Il découle en fait de l’histoire de ségrégation raciale des Etats-Unis (les braves gens), mais aussi de l’emprise d’une vision à la fois individualiste et libérale de l’homme, qui fait de l’individu (défini par son positionnement) l’alpha et l’oméga du débat, loin derrière les idées, les concepts, et tous ces machins poussiéreux qui encombrent l’esprit. Et qui peuvent, du même coup, être disqualifiées comme émanations de vieux mâles blancs.

Rapide aparté d’ailleurs, je vais tomber dans l’agression, mais quelle sorte de d*****é faut-il être pour sortir des phrases comme ‘la science est une science de blanc’. Cela m’atterre au-delà du concevable. Fin de l’aparté, désolé.

Bon, secondement donc, rapporter systématiquement le discours d’un individu à son positionnement, c’est aussi mettre son discours dans le brouillard du relativisme culturel, l’empêcher de s’adosser aux faits, dire en somme que tout dans sa lecture n’est qu’interprétation subjective, rien n’est avéré. Or, si le discours, donc la mémoire n’est pas l’histoire, pour autant il existe l’histoire, donc des faits établis, véritables sur lesquels s’adosser, indépendants d’un ressenti quelconque qu’il est nécessaire de pouvoir affirmer sans qu’ils puissent être disqualifiés comme liés à un positionnement. De plus la mémoire constitue, comme son nom l’indique, la mémoire d’une nation, en conséquence la trace de son histoire et la lecture intelligible de ses faits marquants et de ses traits dominants, il convient donc d’avoir à son égard une posture de compréhension, pas d’accusation

 Et, troisièmement, diluer les individus dans leur positionnement c’est aussi, comme ça, au débotté, nier toute forme de libre arbitre. Ce n’est pas Frédéric Lordon qui s’exprime, c’est ‘le discours des vieux mâles blancs’. Mais, blague à part, le libre-arbitre des individus existe, nous ne sommes pas ‘que’ la traduction d’un système. Par voie de conséquence disqualifier systématiquement un individu du fait de son positionnement est une infâme imbécilité.

Cette posture de remettre systématiquement en cause la position de l’adversaire plutôt que de répondre sur le fond est du coup fort emmerdante à bien des égards. Mais s’il fallait n’en choisir qu’un, ça serait celui-là. A trop vouloir réduire un individu à ses déterminants, on confine le débat à des postures, et cela revient, en particulier, à sélectionner parmi ses adversaires, des tenants de l’individualisme.

Et l’universalisme dans tout ça ? Et bien prout. Et donc, tenter d’affronter l’oppression capitaliste par ce biais n’aboutit qu’à faire émerger dans ces rangs et ceux de l’adversaire un individualisme qui devient la donnée fondamentale du dialogue, rendant impossible tout discours de sortie du capitalisme.

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