2 - I.S.A.B.E.L en A.B.A répond à la lettre ouverte de Valérie Gay-Corajoud

Le 5 décembre dernier, Valérie Gay-Corajoud publiait dans Libération une lettre intitulée « Monsieur Fasquelle, pour vous, les autistes n'ont pas les mêmes droits que les autres ? » suite à la pétition lancée par le député Fasquelle. L'association I.S.A.B.E.L en A.B.A lui répond ici aujourd'hui.

L'association I.S.A.B.E.L en A.B.A a pour objet de promouvoir des séances A.B.A, auprès d'une population présentant des troubles du développement, des troubles du spectre de l'autisme et des troubles de l'apprentissage.

Elle répond ici à la lettre ouverte publiée le 5/12/2016 par Valérie Gay-Corajoud dans Libération. en réaction à la pétition lancée par 100 députés dont Daniel Fasquelle.

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Par la Présidente de l’Association I.S.A.B.E.L en A.B.A

« Demain [NDLR aujourd'hui], une centaine de députés Les Républicains présenteront à l'Assemblée Nationale une proposition de résolution "invitant le Gouvernement à promouvoir une prise en charge de l'autisme basée sur les recommandations de la Haute Autorité de Santé".
 
Ce texte commence par décrire la situation des autistes en France: recensement, prévalence, maltraitance et déscolarisation, qui justifient donc leur proposition d'agir "dans le sens des conclusions de la HAS".
 
Ainsi ce texte affirme l'inefficacité des thérapies psychanalytiques et les défauts de soins. Par conséquent, il veut "réallouer en totalité les financements des prises en charge n'étant pas explicitement recommandées aux approches validées scientifiquement et ayant fait preuve de leur efficacité".
 
Ne s'arrêtant pas là, et pour agir en amont, il invite à l'actualisation d'urgence du contenu "de toutes les formations des filières professionnelles et académiques intervenant auprès des personnes autistes afin de les mettre en conformité avec l’état de la science internationale".
 
Mais le passage qui fait crier de joie et celui-ci, car il résume assez bien tout ce qu'il manquait en France, en demandant " des mesures immédiates pour assurer que les droits des enfants autistes, en particulier leur droit à l’éducation inclusive, soient respectés, que les recommandations de la Haute Autorité de santé de 2012 soient juridiquement contraignantes pour les professionnels qui travaillent avec des enfants autistes, et que seuls les thérapies et les programmes éducatifs qui sont conformes aux recommandations de la Haute Autorité de santé soient autorisés et remboursés comme le Comité des droits de l’enfant de l’ONU le préconise".
 
Ce texte est donc effectivement une avancée.
 
Mais les frondeurs ont répondu, avant même que ce texte ne soit présenté demain. En effet, nous avons pu voir dans Libération, cet article qui donne la parole à une mère défendant la psychanalyse et mieux, qui attaque les pratiques recommandées: "C’est pour ça que les comportementalistes plaisent tant ! Parce qu’ils rognent les arêtes, ils étouffent les cris, camouflent la raison d’être de ces comportements… sans chercher à en comprendre la source… car au fond, soyons honnêtes, qui ça intéresse?"
 
Phrase qui fait sourire car l'analyse du comportement analyse les comportements et donc cherche à en expliquer la fonction.
 
Mais en attaquant les pratiques recommandées, nous nous attendons presque à un éloge de la psychanalyse. Mais l'article ne va pas en ce sens. Cette mère nous raconte l'évolution de son fils et qu'elle a observé le comportement de son fils pour le comprendre.  Aujourd'hui, son fils est toujours autiste car il le restera, mais "il le vit bien". Donc pourquoi défendre la psychanalyse si elle n'a rien apporté à son fils?
 
"J’ai pris le parti de m’intéresser à son être, à calquer ma relation à lui au fil de ses inventions et de ses intérêts, aussi restreints fussent-ils. J’ai fait absolument tout ce que combattent les comportementalistes et que prônent et conseillent ces psys dont vous voulez la peau.". Nous ne pouvons nous empêcher de voir une antiphrase dans ces propos. En effet, s'intéresser à l'enfant et à ses intérêts pour rentrer en contact avec lui, fait parti du pairing qui est décrit sur le site de l’institut ABA, entre autre, comme ceci: "il faut continuer a chercher ce que l'enfant aime, finalement, vous trouverez toujours quelque chose. Et il ne faut jamais les donner des consignes ou des instructions ou les guider physiquement. Il faut que l'enfant, vienne vers vous car il veut venir vers vous !". Donc NON ceci n'est pas une approche que les comportementalistes combattent, mais prônent. Et cette phrase est d'autant plus ironique, quand on connaît le reportage "Le mur" dans lequel les psychanalystes font une sieste durant leur séance, sans chercher à rentrer en relation avec l'enfant.
 
C'est pour cela qu’il est PRIMORDIAL que cette proposition passe, afin de faire évoluer la prise en charge de l'autisme dans notre pays, et de répondre aux demandes des familles, des associations et des collectifs les représentant, comme le collectif Egalited qui a publié une lettre de soutien, publiée sur le blog de l’Express.
 
Pour terminer, nous reprendrons la phrase d'Olivia CATTAN, dans son article du nouvelobs.com, qui demande aux psychanalystes de "déposer les armes une bonne fois pour toutes et d'arrêter cette guerre inutile pour le bien être de (nous) tous", car le vrai professionnel connaît ses limites dans une prise en charge. Le vrai professionnel n’accuse pas la mère d’être la cause des maux de son enfant, quand ses connaissances ont atteint leur limite, au lieu de se former.

Notre association reste à votre disposition si vous avez des questions sur les réelles pratiques recommandées par la HAS. »

 

Par le 1er vice-président de l’Association I.S.A.B.E.L en A.B.A

« Suite à la lecture de l’article paru dans votre journal, notre association n’a pu rester sous silence.
 
En effet, nous avons pour volonté de rendre l’Applied Behavior Analysis accessible à qui le souhaite, par le biais de formation et de suivi de professionnels à titre gratuit. Nous connaissons la réalité financière des familles. La gratuité leur permettant d’avoir les clefs nécessaires au bon apprentissage de leur enfant.
 
Car les familles sont bel et bien en demande pour être formées à ces méthodes comportementales. Ces méthodes qui sont soient critiquées dans votre article, soient aux qualités détournées au bénéfice de la psychanalyse (pairing évoqué par l’approche de la mère vers son enfant en utilisant ses centres d’intérêt). 
 
Cela est donc ironique, vous ne trouvez pas, de critiquer d’un côté une science pour ensuite s’en attribuer les bienfaits ?
 
C’est pourquoi nous nous permettons ce droit de réponse, afin de rétablir les bonnes informations, qui sont également diffusées sur notre site.
 
Car vous vous rendez bien compte, que si la psychanalyse était effectivement efficace, nous n’existerions même pas ?
 
Bref cet article est une accumulation de contradictions. Nous suivrons maintenant vos articles, afin de rétablir la vérité si nécessaire.

Espérant que nous n’ayons pas à le refaire, veuillez agréer nos sincères salutations. »

 

Par le 2d vice-président de l’Association I.S.A.B.E.L en A.B.A

C’est avec un certain dégoût, que nous vous écrivons aujourd’hui. Association qui a pour objet de promouvoir l’ABA, ou « méthode comportementale » comme cité dans l’article visé, nous avons été choqués de voir, par quels moyens détournés, des pratiques dites comportementales se sont retrouvées attribuées à la psychanalyse. Une fois de plus, votre journal désinforme la population française, d’où notre dégoût.
 
Nous nous demandons si vous réalisez les conséquences pour les familles de diffuser un tel article. Les familles qui ne connaissent pas l’autisme vont signer la pétition des psychanalystes. Des parents, après diagnostic de leur enfant, vont aller en confiance en rendez-vous avec ces professionnels. Ou tout simplement, les familles, ayant été accusés des difficultés de leur enfant, se sentent une fois de plus insultés, car cet article ne reflète pas leur vécu avec ce professionnel.
 
Nous ne disons pas que toutes prises en charge avec ces professionnels aboutissent à des accusations. Mais les retours de nos bénéficiaires, depuis notre création, vont malheureusement en ce sens. Et nous ne parlerons pas à la place de ces familles qui, au plus mal, se sont retrouvés sur le banc des accusés au tribunal de « la sexualité infantile ». 
 
Nous voulons juste faire appel à votre éthique ou respect des métiers, nommé cela comme vous voulez. En effet, quand on veut prouver l’efficacité d’une prise en charge, il faut fournir des preuves. Là, l’article se contente de mettre les pratiques recommandées par la HAS également sur le banc des accusés. Pourquoi ? Certes une proposition sera présentée demain. En quoi est-ce mauvais de pouvoir permettre à notre pays une prise en charge reconnue, qui pour le coup, étant une science, fournit les preuves de son efficacité, grâce aux prises de données, suivi et films faits durant les prises en charge ?

C’est en cela que nous voulions vous adresser notre réponse à cet article qui, nous le répétons, est une désinformation supplémentaire dans votre journal car loin de décrire correctement les méthodes recommandées.
 
Dans l’attente de lire votre article relatant l’Assemblée Nationale de demain, en relation avec cette proposition, veuillez agréer nos sincères salutations. »
 
 

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