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Billet de blog 18 août 2022

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Le rocher blanc de Anna Hope (The White Rock)

Comment une petite dizaine d'individus du monde entier se sont-ils retrouvés à l'intérieur d'un minibus aux confins du Mexique, sur des routes brinquebalantes et en compagnie d'un chaman ?

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« Il y a un rocher blanc là-bas, dans l’océan, où les indiens disent que le monde est né. »

Le Rocher Blanc est situé près de la côte nord de l’état de Nayarit au Mexique, non loin de San Blas. C’est un lieu atypique où personne ne vient par hasard. Et si Anna Hope a choisi d’en parler, c’est parce qu’il est intimement lié à son histoire personnelle.

Ce roman est construit à l’inverse du rocher (on part du présent et on va dans le passé, les dates sont décroissantes : 2020 / 1969 / 1907 / 1775), comme si on descendait sous lui pour creuser dans ses racines afin de mieux comprendre ceux qui y sont venus. On plonge, il y a le sommet inversé (avec un poème magnifique)

« C’est le lieu où pour la première fois, l’informe s’est épris de la forme.
Et donc, et donc, et ainsi et alors, voilà comment le monde est né. »

et on remonte de l’autre côté pour retrouver le présent.

Quatre périodes, avec des personnages très différents, tous reliés au Rocher Blanc, tous inspirés de personnes réelles. En 2020, c’est une écrivaine, avec fille et mari. Elle recherche l’inspiration et vient dire merci dans ce lieu mythique. Est-ce une mise en abyme de l’auteur ? D’autres viennent porter une offrande pour un pardon, faire un vœu, prononcer une prière.

Ce recueil n’est pas facile au premier abord. On se questionne sur ce qu’a voulu transmettre Anna Hope. Il faut alors laisser venir les mots. Écouter ce qu’ils transmettent de l’Histoire (avec une majuscule) du peuple Wixarikas, qui raconte que l’origine du monde vient du Rocher Blanc. C’est une tribu que l’auteur a rencontrée, elle est liée à eux à vie. En revisitant le passé du Rocher, Anna Hope s’efforce de cerner et de transmettre les raisons d’exister de ce bout de terre. Et puis, en quoi les événements antérieurs influencent-ils le présent ? Comment se construit l’humanité et comment avance-t-elle ?

Le livre mêle plusieurs destins, des légendes, des traditions sont évoquées, la culture Yoeme et ses souffrances. Il nous éclaire sur des existences (on pense à Jim Morrison quand on découvre le chanteur en 1969). Personnellement, j’ai beaucoup apprécié « La Fille (1907) ». Le partage entre les deux sœurs, la symbolique mangue qui représente tout leur amour…tout cela est bouleversant…. On s’aperçoit que Le Rocher permet à certains de donner le meilleur d’eux-mêmes, comme si cette entité communiquait en quasi permanence, un message de bienveillance (ce qui serait logique vu que c’est de là que vient l’origine du monde) et la question qui se pose est : qu’ont fait les hommes de ce qu’ils ont reçu ?

« Nous sommes riches de donner. Riches d’offrir – telle est la plus simple des vérités. »

L’écriture est infiniment riche (merci à la traductrice), riche de vocabulaire, de poésie, d’émotions. Chaque protagoniste cherche à donner du sens à sa vie, pas forcément de la bonne façon mais on peut progresser grâce à ses erreurs. À la fin du livre, Anna Hope explique ses recherches et c’est très intéressant.

Une lecture qui sort des sentiers battus et qui en surprendra plus d’un.

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