Réponse au billet "Quelques mots pour Esther Benbassa (et sur le journalisme)"

Geoffroy De Lagasnerie a, semble-t-il, écrit un beau plaidoyer pour soutenir Esther Benbassa. Celui-ci figure parmi les billets les plus lus, une belle opération de communication. Esther Benbassa a en effet fait l'objet d'une enquête méticuleuse des équipes d'investigation de Mediapart qui a mis en lumière un comportement intolérable de la sénatrice vis-à-vis de ses assistants parlementaires

Geoffroy De Lagasnerie a, semble-t-il, écrit un beau plaidoyer pour soutenir Esther Benbassa. Celui-ci figure parmi les billets les plus lus, une belle opération de communication. Esther Benbassa a en effet fait l'objet d'une enquête méticuleuse des équipes d'investigation de Mediapart qui a mis en lumière un comportement intolérable de la sénatrice vis-à-vis de ses assistants parlementaires.

C'est étrange cette manie qu'ont certains lecteurs à donner du crédit à certaines enquêtes et analyses de la rédaction de Mediapart lorsque ça les arrange mais à en dénoncer d'autres lorsqu'elles vont à l'encontre de leurs intérêts ou de leur idéologie. Le cas de l'article consacré à Esther Benbassa est la parfaite illustration de cette schizophrénie intellectuelle ambiante.

Lorsque Mediapart fait des révélations fracassantes sur l'affaire Sarkozy-Takkieddine, Mimi Marchand ou lorsqu'il dénonce la politique socialement mortifère du président Emmanuel Macron, nous sommes tous là à applaudir le travail fourni par les équipes du journal en ligne et voilà qu'une enquête sur une sénatrice dite de gauche exaspère quelques habitués de ce journal dont un a eu l'indécence de mettre à mal la crédibilité de l'enquête conduite par David Perrotin. C'est franchement honteux de la part d'un homme qui se dit être un intellectuel de gauche. Être de gauche, ce n'est pas soutenir contre vents et marées des individus lorsque ces derniers sont mis face à leurs actes abjects. C'est au contraire défendre les idéaux qui doivent être au dessus des hommes et des femmes qui les font vivre.

Or cet intellectuel qui semble en plus, être une éminence grise d'après son CV, essaie laborieusement de défendre l'indéfendable. Et de quelle manière! En tentant de faire croire qu'un simple article ne peut retranscrire fidèlement une collaboration de 15 ans avec ses assistants parlementaires. Merci pour l'information mais ça, les lecteurs le savent déjà. L'équipe de Mediapart aurait sans doute été ravie de faire un livre sur la principale intéressée mais il y a fort à parier qu'elle a d'autres urgences en ces temps troublés par les violences, la crise, la pauvreté et les inégalités. L'article, pour ceux qui l'ont lu jusqu'au bout, est pourtant particulièrement fourni en exemples sans équivoques et montre de façon très documentée qu'Esther Benbassa est à rebours des valeurs d'humanisme qu'elle prône face caméras dans l'hémicycle du Sénat et ailleurs. Alors oui on ne peut pas résumer une expérience professionelle de 15 ans en un article mais on peut quand même y relayer des anecdotes qui décrivent toutes une femme caractérielle et bien loin des préoccupations sociales de ses collaborateurs.

Un seul exemple suffit à comprendre que notre chère sénatrice de Paris s'est totalement disqualifiée vis-à-vis des électeurs et plus largement vis-à-vis de tous les citoyens. Celui où elle déplore la santé fragile de Dany requérant d'ailleurs une opération chirurgicale rapidement. Esther Benbassa n'a pas hésité à l'écrire explicitement et à lui demander, toute honte bue, de reporter son opération à plus tard pour une question d'agenda parlementaire. Et des exemples criants d'un manque d'empathie comme celui-ci, il y en a à profusion dans cet article mais cette femme à l'humeur très changeante parfois même exécrable dira un de ses anciens assistants trouve encore des soutiens. Un soutien qui critique l'enquête réalisée par une équipe aguerrie en remettant même en cause le journalisme de Mediapart. Rien que ça! Ce qui ne l'empêche pas en revanche de publier dans le même média son droit de réponse qui soit dit en passant noie le lecteur dans un vide abyssal.

Le harcèlement moral au travail est un mal qui ronge notre société de l'intérieur par une pression managériale de plus en plus forte, des humiliations et des brimades. Autant de pratiques rendues possibles par une précarité et vulnérabilité persistantes causées elles-mêmes par une politique qui fait inexorablement bouger le curseur juridique en faveur du patronat. Il faut donc dénoncer ce fléau de notre époque quelque soit sa provenance politique. Il semble bien qu'Esther Benbassa soit la Cahuzac des EELV en ayant prôné le progressisme et l'humanisme sans être capable de decliner ces préceptes à l'échelle de son propre cabinet. Mediapart a fait son travail comme il le fait à chaque fois et oser affirmer que l'article de David Perrotin a été rédigé selon un "dispositif journalistique qui se veut aussi frappant que définitif par désir d'audimat et de shocking news" est juste scandaleux et possiblement diffamatoire. Goeffroy De Lagasnerie ferait mieux de dire merci à Mediapart et à la liberté d'expression que l'équipe fait vivre en son sein alors que ce dernier dénigre ouvertement le journal qui héberge son blog. Mediapart dénonce les dérives, d'où qu'elles viennent, de droite comme de gauche ou même du centre, n'en déplaise à tous ceux qui voudraient que Mediapart soit une tribune de gauchistes.

Et lorsqu'un(e) élu(e) de la République ne fait plus honneur à son mandat, il(elle) s'honorerait en y mettant un terme car les agissements dénoncés par David Perrotin participent de ce climat de défiance où les élus (es) de la République ne sont plus à la hauteur de leurs beaux discours. Esther est l'une d'eux.

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